Victor hausse les sourcils, surprit :
" Un dealer ?" Alex regarde sa montre :
" il est quatorze heure..." le commissaire leve les yeux au ciel... et se tourne vers son lieutenant :
" tu as quel âge Alexis ?... bref... quel rapport avec Diana, William ? Et puis explique moi à nouveau cette histoire de menus ?
- un homme a commandé un menu que seule Diana commande... et une femme blonde, avec un accent de l'est est venue la recuperer, et notre dealer a dit qu'une femme blonde avec un accent de l'est egalement lui a acheté regulierement des anxiolitiques et lui a demander du cbd... et qui consome du cbd ?
- Diana... mais pourquoi le kidnapeur lui donnerait du cbd alors qu'il a apparement de quoi la calmer ?
- peut etre pour des douleurs... pas forcement pour le mental... mais certe, le cbd c'est pas une piste fiable mais le menu lui prouve qu'elle est toujours en vie... il faut absolument retrouver la femme qui est passée au restaurant et qui a acheté les drogues, si on l'identifie on pourrait la retrouver.. et elle nous conduirait surement au kidnappeur...
- hum... de toute façon on a pas le choix... il y a des cameras dans le restaurant ?
- malheureusement non... et pas de nom non plus... les gens appellent, reserves et viennent chercher en disant simplement ce qu'ils ont commandés... mais peut etre dans les rues alentours...
- bon, je vais reinterroger notre dealeur...
- quatorze heure dix...
- Alexis... ton humour est irresistible... tu ne devais pas retourner au bar toi ?
- j'y vais... en attendant demande lui si il a de l'humour en stock, t'en aurais bien besoin...
- je lui demanderais plutot de la maturité pour toi. Tu es un adulte ou un gamin ?
- William en a deja demandé.... à plus tard, je vous appelle si j'ai du neuf." William sourit.
Heureusement que son ami est là. Il laisse Victor interroger le dealeur, et demande à Jordan de se mettre avec lui sur les cameras des rues alentours. Ses maigres élèments lui font esperer que bientôt, il retrouvera sa Foxy..
Diana se sent faible. Le manque d’air frais est devenu insupportable. Elle a beau faire du sport, son corps ne répond plus comme avant. L’énergie ne revient pas. Les machines lui semblent hostiles, incompréhensibles, presque cruelles. Ces engins de torture ne sont pas pour elle. La salle de sport, c’était un truc pour Alex…William, lui, se contentait de la boxe, de temps en temps, sans jamais se forcer à aimer ça.
Son ravisseur lui avait promis de revenir tôt. Il devait passer voir Catherine…Allait elle comprendre ? ou l'avait elle déjà oublié et remplaçé par une autre autiste ? Et William, et Alexis, étaient-ils allés au restaurant ? Pourquoi personne ne venait ? L’attente était interminable, étouffante. Elle revoyait son corps à lui, sentait son regard peser sur ses formes, ses mains qu’elle n’arrivait pas toujours à repousser. Les coups. Les tranquillisants. Les journées vides, immobiles. Son ventre la faisait souffrir aussi. À force d’avaler des aliments qu’elle n’aimait pas, son corps se rebellait. Les vomissements s’espaçaient, mais les crampes persistaient. Les migraines, elles, étaient toujours là, lancinantes.
Elle avait hâte de sortir, même si ce n’était que pour un minuscule parc à chiens. Juste respirer. Marcher. Elle repensa au spa. À quel point il était ridicule à se persuader qu’il était bien bâti. Il n'était pas laid, mais il se dégageait de lui, quelque chose de malsains qui lui donné des nausées. Il n'était pas beau non plus. C'était un médecin, pas un homme d'action.
Certes, il était plus fort qu’elle, mais il était loin du corps de William, ou même de celui d’Alexis. Le commissaire, lui aussi, était bien mieux conservé. Un peu plus jeune que son ravisseur, certes, mais pas tant que ça.
Un souvenir lui revint, vif. Ce soir où elle était allée attendre William à la salle de boxe. Victor était là. Elle l’avait vu dans ce t-shirt de sport moulant, un corps sec, sans graisse, impressionnant. Il avait mis plusieurs camarades KO sur le ring. Elle se souvenait de la peur qui l’avait saisie quand il avait affronté William.
Jordan, un collègue qu’elle croisait souvent au commissariat, était venu la rassurer : un faux combat, des coups retenus… « en principe ». Il avait ri en voyant son expression. Trop de testostérone dans cette salle. Une seule femme : Sophie, insistante, lourde, avec ses questions et ses regards appuyés.
Puis Victor avait retiré son t-shirt. Trop de muscles. Un tatouage qu’elle n’aurait jamais imaginé : une ancre, sur les côtes. Elle avait détourné les yeux, le cœur serré, troublée malgré elle. William avait fait de même, sans que cela lui fasse le même effet. Elle s’était enfuie dehors, mal à l’aise, troublée, honteuse de l’être.
Aujourd’hui, enfermée, elle soupire. Si on lui avait dit qu’un jour, même le corps du commissaire lui manquerait… Les feuilles tombent de plus en plus des arbres, visibles à travers la vitre. Pour la millième fois depuis son réveil ici, elle tente d’ouvrir la fenêtre.
En vain.
Les souvenirs affluent. Le corps parfait de Victor, son clin d'oeil quand il l'avait surprise en train de le regarder essuyer sa sueur.
Les taquineries d'Alex, qui l'avait vu. La douceur de William quand ils faisaient l'amour. Symboles d’un autre temps, d’une vie libre. La comparaison s’impose, cruelle. Le corps de son agresseur, imparfait, lourd, imposé.
Cette opposition ravive sa nostalgie… et accentue son dégoût.
elle essuit une larme et se sert un verre d'eau.
Ça ne fait, après tout, qu’une journée depuis qu’elle a commandé son plat au restaurant… ou deux ? Elle ne sait plus. Le temps se dilue ici, sans repères. Et puis, elle est bien placée pour le savoir : certaines enquêtes prennent du temps. Le bornage des téléphones, l’analyse des fragments d’ADN, la recherche de suspects… La vraie vie n’est ni un film ni un roman. Rien n’est instantané.
Dans sa première prison, lors de rares éclairs de lucidité, elle avait pensé à laisser des traces. Des cheveux, des fragments d’ongles. Des miettes d’elle, volontairement abandonnées. Elle avait espéré qu’il en laisse aussi, qu’il soit fiché. Mais c’était l’ami de Victor… Peut-être que son nom n’apparaissait plus nulle part. Peut-être qu’il était déjà effacé.
Elle n’a pas le choix. Elle doit prendre son mal en patience. Rester calme. Garder la tête froide. Faire confiance à William. La résilience et la résignation sont devenues ses deux meilleures alliées. Attendre le bon moment pour fuir. Attendre une occasion de laisser un indice. Attendre. Elle n’a que ça à faire.
Elle ne se voit pas comme une victime. Elle préfère se répéter qu’il vaut mieux perdre du temps que perdre la vie. Se battre maintenant ne servirait à rien, pas tant qu’elle est faible. Elle doit économiser son énergie, se reconstruire lentement. Jouer la comédie s’il le faut. Surtout, ne pas sombrer. Ne pas laisser la dépression gagner, ni la folie s’installer.
Le jardin sera bientôt prêt. Peut-être pourrait-elle creuser ? Une idée absurde… mais pas totalement. Elle aurait peut-être dû lui demander un chien, finalement. Un chien aurait pu être utile. Ou appeler à l’aide ? Laisser un message au sol, quelque part ? Elle soupire. Des idées ridicules, irréalistes. Ou peut-être pas… Elle ne sait plus très bien.
Diana s’allonge sur le canapé. Sa tête tourne légèrement, la migraine s’intensifie, pulsatile. Son espoir vacille, fragile, presque transparent… mais il est toujours là. Têtu. Vivant. Une sieste s’impose. Dormir, reprendre un peu de forces. Il la laissera peut-être dormir un peu.
Alex était adossé à l’angle du bar, immobile, comme s’il faisait corps avec le bois usé. Le môme qui lui était rentré dedans à la sortie de la soirée devait habiter dans le quartier. Le patron lui avait dit qu’il était entré demander à utiliser les toilettes. Alex avait repensé au chien attaché au lampadaire, ce détail anodin qui, sur le moment, lui avait semblé logique. Le gosse promenait sans doute son chien ce soir-là. Tout semblait cohérent. Trop cohérent, peut-être.
Il alluma une cigarette et tira une longue bouffée, les yeux perdus dans le vide. Didi lui manquait. Terriblement. Ne plus pouvoir la taquiner, rire avec elle du commissaire, se confier sans filtre… Elle avait dû paniquer, seule, enfermée dans ce lieu sordide. Cette pensée lui serrait la poitrine. Il se rassurait comme il pouvait : si son ravisseur avait pris soin de commander son plat favori, c’est qu’il la traitait sans doute mieux qu’à l’asile. Une maigre consolation, mais il s’y accrochait.
Et ce p****n de téléphone.
Pourquoi n’avait-il rien vu ? Pourquoi l’avoir laissé dans sa poche arrière ? Rien de tout ça ne serait arrivé s’il l’avait glissé devant, comme elle le lui répétait sans cesse.
« Arrête de mettre tes affaires dans ta poche arrière, c’est tellement facile à voler… Tu devrais le savoir, pour un flic ! »
Pour appuyer ses propos, elle lui avait piqué son portefeuille plus d’une fois, en riant. Il n’avait jamais changé cette habitude stupide. Son portable, pourtant, il ne le quittait presque jamais. Toute sa vie sociale était dedans.
Un souvenir s’imposa à lui, doux et douloureux à la fois. Les vacances en Bourgogne. Il était affalé dans un canapé confortable avec Will, faisant défiler distraitement ses applications. Il avait soupiré, agacé, en enchaînant les profils. Trop ci, pas assez ça, jamais ce qu’il cherchait. Puis son regard s’était posé sur Diana, en sweat trop large et jogging informe, occupée à dévorer une part de pizza.
Will avait plaisanté.
Puis il était parti en ville, les laissant seuls.
Ce qui avait suivi avait été maladroit, abrupt, presque stupide. Elle avait cru à une blague. Puis elle l’avait giflé. Il s’en souvenait encore. Et pourtant… elle était revenue. Un pas en arrière, un soupir, un regard fuyant. Ils avaient franchi cette ligne étrange, sans promesses, sans mots inutiles.
Ce n’était pas de l’amour. Pas comme celui qu’elle partageait avec William. C’était autre chose. Une parenthèse brute, intense, presque animale, mais jamais violente. Il avait fait attention. Toujours. Il connaissait ses limites, ses fragilités, ses silences. Ils avaient ri, surtout. Ce rire-là, il lui manquait aujourd’hui plus que tout.
Après, ils s’étaient blottis l’un contre l’autre, simplement. Un b****r sur la joue, comme pour dire merci. Rien de plus. Chacun avait pris soin de l’autre, naturellement. Un bain, un café, des gâteaux. Quand William était rentré, rien ne trahissait ce qu’ils avaient partagé. Sauf peut-être Diana, étrangement lumineuse, soupirant de contentement pour des détails insignifiants.
Will lui avait offert un renard en peluche. Elle l’avait serré contre elle comme un trésor. Alex les avait entendus courir dans la maison, monter à l’étage en riant, pendant qu’il sombrait dans une sieste réparatrice.
Aujourd’hui, au fond de ce bar, ce souvenir lui revenait avec une force inattendue. Diana lui manquait plus qu’il ne voulait bien se l’avouer. Ce n’était plus seulement l’amie. Plus seulement la complice. Quelque chose remuait à nouveau en lui, dangereux et tendre à la fois
Il souffle sa fumée. Déjà une heure qu’il attend. Depuis la soirée, il a laissé pousser sa barbe et enfilé un blouson de cuir marron, histoire que le gamin ne le reconnaisse pas tout de suite. Il observe les adolescents et les enfants de l’école du coin défiler devant lui, sans revoir celui qui lui avait foncé dedans.
Dans son souvenir, il avait une tête d’ange, des cheveux plutôt blonds, et arrivait à peu près à sa taille. Finalement, Alex s’assoit à la terrasse du bar et commande un café.
C’est au moment précis où il s’apprête à le boire qu’un enfant arrive en promenant son chien, les yeux rivés sur son téléphone. Alex soupire, se lève, et, arrivé à sa hauteur sans qu’il ne l’ait vu venir, lui attrape le portable.
— Sympa ton téléphone… C’est pour remplacer celui que tu m’as chourré ?
— HÉ ! FILS DE PU—
Alex sort sa plaque. Le gamin s’arrête net.
— Heu… pardon…
— Holà. Laisse ma mère en dehors de ça, ou j’appelle la tienne pour qu’elle vienne te chercher au poste.
— J’ai rien fait, m’sieur !
— Et mon portable, alors ? Qui t’a demandé de me le voler ?
— Je vois pas de quoi vous parlez…
— Ah oui ? Dis-moi… c’est une protection en verre trempé, ça ?
Il fait mine de le lâcher. Premier sursaut. Le gamin ne lâche toujours rien. Alex passe alors à une autre méthode.
— Oh… Lyla… joli prénom. Ta copine, j’imagine ? Si je lui envoie un petit message du genre : « Je te quitte, t’es vraiment… »
Il tapote rapidement sur l’écran.
— … vraiment trop moche, et je préfère ta copine aux gros seins. Pas mal, non ?
— C’est ma meilleure amie !
— Ah oui ? Alors écoute bien. Le portable que tu m’as pris a servi à envoyer un message pour faire enlever ma meilleure amie.
Le gamin blêmit.
— Sérieux ? Enlever ?
— Oui. Ça fait des semaines qu’on la cherche. Et toi, tu peux m’aider. T’as pas l’air d’un mauvais garçon. Dis-moi juste qui t’a demandé de voler mon téléphone.
Il baisse la tête.
— Vous allez me mettre en prison ?
— Non. Et je fermerai même les yeux sur la merde de ton clebs que tu comptes visiblement pas ramasser. Pourtant, je devrais te mettre une amende.
— C’était une dame… Elle a dit qu’elle était votre amie, et qu’elle voulait vous faire une blague. Elle m’a donné vingt euros.
— Elle ressemblait à quoi ? Grande ? Brune ?
— Heu… grande comme vous, je crois. Blonde. Avec un accent… je comprenais pas tout.
— Un accent de l’Est ? Ou plutôt du Sud ?
— Peut-être russe… Elle était bien habillée, mais un peu court. Quand je suis revenu, elle était au téléphone, avec un homme je pense. Elle a raccroché vite et m’a dit de partir… Désolé, monsieur.
— Hum… t’inquiète. Redis-moi tout ça là-dedans.
Alex sort un enregistreur. Une preuve, sans traîner le gosse au poste. Il lui rend ensuite son téléphone et sort trente euros de son portefeuille.
— Tiens. Souviens-toi que dire la vérité et avouer rapporte toujours plus que mentir. Et ramasse les merdes de ton chien la prochaine fois.
Il s’éloigne sans attendre de remerciement et file droit au poste.
Ça, William allait trouver ça intéressant. C’était certain.
Diana se réveille en sursaut.
— Merlin !
Son souffle est court, affolé, avant qu’elle ne se souvienne brusquement. Merlin n’est pas là. Rien n’est là. Ce n’était qu’un cauchemar. Elle porte la main à sa tête et grimace, juste au moment où une voix s’élève derrière elle.
— Tu as mal à la tête ?
— Oui… Je pensais qu’en dormant, ça passerait…
— Mon ange… le sommeil n’est pas un remède. Où as-tu mal, exactement ?
— Partout… Et j’ai mal aux yeux aussi. Sans mes lunettes…
— Je sais. L’opticien a appelé. Tes nouvelles lunettes seront prêtes lundi, j’irai les chercher. En attendant, continue de mettre tes lentilles. Je vais te donner quelque chose pour la douleur.
— J’ai mal… J’en ai marre !
Les larmes coulent sans qu’elle puisse les retenir. La douleur est trop forte, trop envahissante. Il lui tend un cachet, la prend doucement par le bras. Elle ne résiste pas lorsqu’il la guide vers la chambre.
— Tu aurais dû dormir dans le noir. Tes yeux sont sensibles à la lumière.
— Je croyais que le sommeil n’était pas un remède…
— Le sommeil non. Mais l’obscurité, oui. Et puis tu dors dans de mauvaises positions sur le canapé. Ça va finir par te ruiner le dos.
Il marque une pause, puis ajoute, plus sec :
— Et cesse d’être de mauvaise humeur. J’ai été gentil de ne pas te réveiller.
Elle sanglote.
— Je ne veux pas redormir… J’ai fait un rêve horrible. Merlin se faisait écraser. Je veux savoir s’il va bien.
— Je suis sûr qu’il va très bien. Ne t’en fais pas.
— Non ! Je dois en être sûre ! Je dois savoir !
Elle se débat, le griffe, puis s’effondre contre le mur, étourdie.
— J’ai la tête qui tourne… Je veux sortir. J’ai besoin d’air…
Il sourit avec une douceur presque parfaite et essuie ses larmes.
— Le médicament va faire effet. Tu es agitée, mon ange. La solitude te pèse, je le sais. Bientôt, j’aurai plus de temps pour toi.
Sa voix devient rassurante, enveloppante.
— Allons, sèche tes larmes. Tu te rends malade. Je ne vais quand même pas devoir te donner un calmant supplémentaire ?
— Non…
— Ton jardin sera bientôt prêt. Encore quelques détails. Tu verras, ça ira mieux. Nous serons une vraie famille. Je vais m’occuper de toi. Viens… allonge-toi un peu. Je t’apporterai à manger, puis on ira au spa. Ça te fera du bien.
Elle se laisse prendre dans ses bras. Elle sait qu’il vaut mieux ça que la menace d’un calmant ou d’un coup. Il la serre contre lui.
— Si je te ramène une preuve que Merlin est vivant, ça ira mieux ?
— Oui…
— Bien. Alors j’excuse tes humeurs pour ce soir. Allonge-toi maintenant.
Elle obéit sans discuter. Elle s’allonge, le laisse l’aider à se changer, enfile une nuisette de satin. Il part lui chercher à manger.
Le temps se brouille. Elle a dormi. Longtemps. Peut-être tout l’après-midi. Le cauchemar lui revient par flashes. Une question la ronge : comment pourrait-il lui prouver que Merlin est vivant ? Et si le chat l’oubliait ? Et s’il ne la reconnaissait plus ?
L’étiquette de la nuisette la démange. Elle tire dessus machinalement. Et soudain, une idée germe. Lente. Prudente. Calculée.
Quand il revient avec le plateau, elle lui adresse un sourire timide. Mange à peine. Soupire.
— Pourquoi es-tu si triste ?
Il semble agacé. Elle le sent. Elle ajuste aussitôt son attitude. Plus douce. Plus fragile.
— Je suis désolée… Je suis de mauvaise compagnie. Vous devriez aller voir votre ami.
— Je ne vais pas te laisser seule alors que tu es souffrante. C’est ta migraine qui te rend ainsi ?
— Non… ça va mieux. C’est juste que… j’ai peur que Merlin m’oublie. Je ne lui ai laissé aucun vêtement avec mon odeur. Sans ça, il va m’oublier. Les chats n’ont pas la même mémoire que nous…
Elle relève les yeux vers lui, hésitante.
— Peut-être que si vous alliez le voir… vous pourriez lui déposer une de mes chemises de nuit ? Il a un coin à lui, dans une grange abandonnée, en face de là où nous vivions. C’était notre secret. À lui et moi. Et puis… il ne risque pas de parler. Ce n’est qu’un chat.
Il réfléchit. Évalue. Soupèse les risques.
Il a étudié son cas pendant des mois. L’autisme. Les routines. Les réactions. Il l’a observée, suivie, analysée. Il a essayé la dureté, les menaces, la contrainte. Mais elle lui échappe encore. Insondable.
Peut-être a-t-il été trop brutal.
Eugénie, elle, était soumise. Prévisible. Malléable.
Diana… non.
Après le repas qu’elle avait exigé, elle s’était montrée plus douce, plus affectueuse. Alors peut-être…
— Hum…
Elle pose la tête contre son épaule, presque confiante.
— Ce rêve était si réel… C’est la douleur qui m’a réveillée.
— Tu es migraineuse. Je l’ai lu dans ton dossier. Ce que je t’ai donné est adapté. Tu ne devrais plus avoir mal pendant un moment.
— Merci…
Elle termine son repas, encore un peu affamée.
Si jamais il accepte, se dit-elle, alors il est soit terriblement attaché… soit dangereusement naïf.
" Qu’allez-vous.. Que vas tu faire demain.. ?
— Victor m’a invité… mais tout dépendra de ton état.
— Je crois que je n’ai jamais eu de cachets aussi efficaces. Je n’ai presque plus mal.
— C’est normal. Ce sont des médicaments sous ordonnance. Le médecin du coin ne peut pas les prescrire. Tes IRM ne montrent rien d’anormal, mais il faut surveiller.
— Ne te prives pas de ton ami pour moi. Victor a des défauts, mais il a le mérite d’être un bon ami.
— Vous ne l’appréciez pas beaucoup, je me trompe ? ni toi.. ni l'autre..
— Il est prétentieux. Arrogant. Je préfère son frère, il est bien plus drôle.
— Daniel… Il a fait beaucoup de mal à Catherine en la quittant pour cet homme.
— Il a fait ce qu’il devait faire. Lui mentir et rester avec elle par convenance les aurait fait souffrir tous les deux. Et puis Victor a su la consoler très vite.
— Il avait le béguin pour elle depuis longtemps.
— Bien sûr… c’est un grand romantique.
Il la regarde, attentif.
— Ne t’inquiète pas. Si tu ne l’aimes pas, je ne t’obligerai pas à le voir. Et puis, il ne chercherait plus à te remettre dans son lit.
Elle se redresse brusquement, surprise.
— M’y remettre ? Je n’ai jamais couché avec lui !
Il éclate de rire, presque amusé.
— Allons… tu n’as pas à rougir. Je sais bien que c’est de l’histoire ancienne. Je sais ce qu’il a découvert ce soir-là.
Diana se fige.
Découvert ?
— Moi aussi, j’avais été surpris quand je t’ai vue le soir de notre mariage. Mais je t’aimais trop pour m’en formaliser.
Il sourit, satisfait.
— Au moins, aujourd’hui, tout est mieux. Même Tom… il n’a plus de séquelles.
Le cœur de Diana se serre. Elle garde le silence, mais son esprit s’emballe.
Qu’est-ce que Victor avait bien pu découvrir ?
" Je vais préparer le spa. Je t'y attend."
Elle soupire une fois qu'il a quitté la piece... il semble vraiment convaincude cette histoire de reincarnation... et Tom ? le bébé sur la photo ? il était mort lui aussi.. elle avait vu un faire part de décés..
Comment arrive t il à cacher au commissaire qu'il l'a sequestre chez elle ?
Gregory allume le spa et repond à un appel :
" Oui... tu es folle de m'appeler !? J'ai dit pas d'appel sur ce numero ! Je te verrais plus tard !".
Il repond egalement au message de son ami :
" je viendrais si Nadia se sent mieux, ton enquete avance ?
- tout nous ramene à une femme... mais on a pas de nom et pas de descriptions vraiment poussée... mais elle est vivante c'est rassurant...
- oui, c'est bon signe, j'espere que ton fils et son ami tiennent le coup ?
- Alexis me tient pour responsable de l'enquete qui pietinne mais ils sont determinés... tu sais que tu peux venir avec elle si elle se sent mieux ?
- elle est un peu reservée, elle prefererais que vous veniez ici dans quelques temps, peut etre dans la semaine ?
- tu en parleras à Catherine demain alors, elle seras ravit de la rencontrer, ça lui changera les idées
- j'ai essayé de lui parler la derniere fois... elle m'a dit qu'elle aimait simplement le fait que ton fils et ses amis lui font du bien au moral...
- hum... elle a gardé un chiot pour elle, elle l'a appelé Fenrir parceque Diana aime les loups et la mythologie vicking... elle est convaincue qu'elle va revenir... j'ai du refuser de lui donner le telephone de sa mere, elle voulait l'appeler tout les jours...
- c'est d'un psy qu'elle a besoin, tu le sais... nous en reparlerons demain si tu veux".
Il range son téléphone, protégé par un code, dans sa poche et commence à se déshabiller.
Diana inspire profondément.
Elle sait bien que son portable est sécurisé. Pourtant, une pensée s’impose, obsédante : si elle parvenait à l’attraper pendant qu’il dormait… Mais pour ça, il faudrait d’abord qu’il oublie son rituel. Le coffre. Le taser. Les clés. Chaque nuit, tout y passe. Même pour aller aux toilettes, elle doit le réveiller, et il l’accompagne.
Elle frissonne.
Ce qu’elle va devoir faire pour obtenir ne serait-ce qu’un minuscule avantage lui donne la nausée. Pour qu’il accepte de porter la nuisette à Merlin, il faut qu’elle aille plus loin. Encore. Toujours un peu plus loin.
Un stylo.
Il en a toujours un dans la poche intérieure de sa veste.
Sans un mot, elle s’approche et l’aide à déboutonner sa chemise.
— Tu n’as plus mal ?
— Non… grâce à vous.
Elle hésite une fraction de seconde, puis se lance.
— Attendez… je ne veux pas que la chemise de nuit porte une autre odeur que la mienne. Je vais la mettre de côté.
Elle fait glisser lentement le tissu, assez lentement pour qu’il regarde. Elle a gardé ses sous-vêtements. C’est calculé. Tout l’est. Il sourit. Il aime ça. Cette attention feinte. Cette proximité qu’elle subit.
L’endormir.
Prendre le stylo.
Le cacher.
Écrire sur l’étiquette.
Elle se répète mentalement les étapes comme une prière.
— Vous ne devriez pas laisser votre veste par terre, dit-elle d’une voix douce. Catherine me disait toujours que ce genre de tissu est fragile. Il faudrait la mettre sur un cintre… Je peux m’en occuper ?
— Si ça te fait plaisir. Mais ne tarde pas, l’eau est prête.
— Le médicament n’est pas compatible avec l’alcool, j’imagine ?
— Pas tout de suite. Mais dans quelques heures, si tu en as envie, tu pourras prendre ce que tu veux.
Elle sourit. Trop vite. Trop docilement. Puis elle se hâte vers la chambre.
Cette pièce lui donne une étrange sensation. Trop semblable à la sienne. Trop différente aussi. Une imitation. Un décor volé. Elle ouvre la veste, sent son cœur cogner dans sa poitrine, glisse la main dans la poche intérieure.
Ses doigts se referment sur le stylo.
Un instant, elle a peur qu’il entre.
Puis elle le cache sous le matelas, comme un trésor dérisoire, et retourne dans la salle de bain.
Il enlève son dernier vêtement. Elle détourne les yeux… puis se force à parler. Les mots lui brûlent la gorge.
— Vous…tu pourrais m’aider à dégrafer mon soutien-gorge ? Je n’y arrive pas.
Le dégoût lui monte à la bouche. Elle se hait de l’avoir dit. Il s’exécute avec une lenteur presque respectueuse, pose les mains sur ses hanches.
— Je passerai voir le chat promis. Mais tu es sûre que tu n’en veux pas un autre ici ?
— Non… Il s’ennuierait.
Il dépose un b****r sur sa joue.
— Je suis souvent dur avec toi, avec elle.. mon Amour… mais c’est pour ton bien. Je vais essayer d’être plus doux. Je rentrerai sûrement après être passé chez Victor. Je te porterai ton repas avant d’y aller. Tu veux quelque chose en particulier ?
— Non… choisis. Tu connais mes goûts maintenant.
Elle se débarrasse de sa culotte et se glisse dans l’eau. Il la rejoint.
— Je me sens tendu… Le b****d de Victor, saurait peut-être me conseiller un kiné. Dommage qu’il ait arrêté.
— N'utilisez pas ce mot !". Elle ravale sa colère. Se force à rejouer son rôle. Lui faire croire qu'elle lutte.. Que Diana reprend le dessus sur Eugénie. Elle inspire... Puis Sourit :
" Je peux te masser, si tu veux.
— C’est toujours agréable, venant de sa femme. Je t’en prie.
— Où as tu mal ?
— Aux épaules.
Elle se place derrière lui. À portée. Trop près.
Un instant, une image la traverse : lui briser la nuque. L’étrangler. Que tout s’arrête.
C’est impossible.
Physiquement. Mentalement. Elle n’en est pas capable.
Il pose la main sur sa cuisse. Elle ravale un haut-le-cœur et commence le massage, reproduisant machinalement les gestes qu’Alex lui avait appris autrefois. Ses mains tremblent à peine. Assez peu pour qu’il ne s’en rende pas compte.
Une larme menace de couler. Elle la retient.
Le stylo est caché.
Le message viendra.
Elle s’accroche à cette pensée comme à une bouée.
Son plan pourrait fonctionner.
William finirait bien par la retrouver.