ÉPISODE 04
Mon oncle ne s’arrêta pas là, il m’a conseillé d’entamer au plus vite la procédure de mariage avec Madame Anissa, ma patronne, « le plus vite sera le mieux » disait-il et me conseilla aussi de refuser catégoriquement la séparation des biens, et qu’il fallait privilégier le partage des biens, ce qui me donnerait accès à la moitié de la fortune de Madame Anissa.
Ça allait totalement à l’opposé de ce que moi j’avais en tête, néanmoins c’était méthodique et très intelligent. Mais à la fois très difficile à faire, elle n’est pas née de la dernière pluie ma patronne, elle se douterait de quelque chose et pourrait m’écraser d’un simple claquement de doigt, il fallait être très prudent et méticuleux, créatif et imprévisible. Hors de question de me prendre un échec et mat à nouveau. J’allais tout faire pour continuer de mener la danse.
C’est alors que me vint une idée, une idée digne du Prince Machiavel lui-même, cette idée je la déconseille mais bon. Elle était tellement bonne que je ne sus comment faire pour ne pas m’y adonner. L’idée était très simple et naturelle. Elle consistait à me procurer de la nicotine. De la nicotine, oui mais pourquoi faire ? Vous vous demandez et bien je vais vous le dire. Avec mon petit flacon de nicotine, je comptais rendre totalement addicte Madame Anissa à ma présence. Rien de bien sorcier.
Ça consistait juste à l’inviter à diner, elle penserait évidemment que je la considère et cela la mettrait dans tous ses états, mais non ce n’était pas là mon intention, l’inviter à diner pour mettre dans son verre des petites doses de nicotine, ça par contre oui ! Mais comment ? Et qu’est-ce que cela pourrait bien lui faire de la nicotine ? Hahahaha, c’est la nicotine qui rend accro les fumeurs, et si vous ne voyez pas où je veux en venir laissez-moi donc vous expliquer. C’est très simple, j’avais, à chaque restaurant, chaque cafétéria, où je l’invitais, un serveur, qui était mon complice, bien entendu je le rémunérais avec l’argent que je me donnais si gracieusement ma patronne en échange de quelques vulgaires faveurs pas très catholiques que vous connaissez.
Le rôle du serveur consistait à ingérer la nicotine dans le verre, bien avant qu’il n’arrive à notre table, et c’était fait tellement méticuleusement que cela se voyait à peine, mais même dans le cas où cela échouerait j’avais toujours mon parfum, dans lequel je me pliais en quatre pour ingérer les doses de nicotine, tout était en place. Elle était prise au piège, même si elle me rejetait, la nature addictive de la nicotine, qu’elle confondrait avec ma présence, la ferait revenir vers moi en me suppliant de ne pas l’abandonner, elle serait totalement folle de moi, et assimilera son manque de nicotine à ma personne, l’odeur, le goût de la nicotine masquée par ma présence lui ferait penser qu’en fait c’était moi qui lui produisais cet effet de manque. Ce qui marcha même si au début ce ne fut pas de toute joie, à ma grande surprise, mon plan fonctionnait à mes merveilles, tout s’est passé comme prévu. Nous nous sommes mariés sous mes conditions, elle s’y est pliée de peur que je ne disparaisse.
Voilà comment très simplement j’ai réussis à avoir la main mise sur tout ce qui appartenait à ma patronne. On était marié grâce aux conseils de mon oncle que j’avais méticuleusement suivi à la lettre. Elle m’obéissait au doigt et à l’œil, de peur que je ne l’abandonne. Il lui faudrait une intervention divine pour se rendre compte qu’en réalité, c’était la nicotine qui la rendait aussi addictive à ma présence. Comment pourrait-elle le savoir même ?
J’ai fait mes devoirs et je connaissais tous les petits secrets gênants de tous mes complices qui ne tenaient évidemment pas à ce que ça se sache. Les conséquences seraient bien trop lourdes pour ces pauvres types. Madame Anissa aurait pu m’écraser de tous les côtés où elle mettait les pieds, mais sur ce coup j’avais été plus malin. Que pouvait-elle bien faire maintenant ? Rien du tout ! À part obéir comme un Médor bien dressé. Echec et mat. J’avais gagné. Qu’est-ce qu’elle croyait celle-là ?
Quand je repensais à tout ce que j’ai enduré, les humiliations, la tentation, le licenciement, c’était un sourire malin qui se dessinait sur mon visage, parce que maintenant, c’est moi qui allais lui rendre la monnaie de sa pièce. Elle qui autrefois était tellement fière que je l’appelle patronne et qui avait été jusqu’à me demander de passer sous le bureau. Elle était maintenant très observatrice de tout ce que je disais. Nous avions une femme de ménage et un chauffeur, mais je voulais que ce soit elle qui fasse le linge, la vaisselle et me conduise à l’entreprise. Je n’allais pas lui demander de faire la cuisine. Qui est fou ? Ces plats sont tels des poisons qui ne vous tuent pas sur le champ mais vous font regretter d’avoir osé les gouter ou de la chloroquine. Bon j’abuse un peu du bail, mais la cuisine n’était vraiment pas son truc. Quoique madame Anissa ou plutôt Anissa, ma femme n’était pas si méchante que ça d’ailleurs. Elle était très bonne au lit et je commençais même à m’attacher à elle. Je crois qu’on passait de bons moments. Elle était certes un peu plus âgée que moi, mais elle était belle et radieuse. Elle avait un de ces sourires qui ne la rendait que plus belle et désirable. Mon Dieu ! Quelle femme magnifique ! Surtout qu’en plus de tout ça, elle était soumise, riche et obéissante. Je repensais à mon idée de la déposséder de ses biens. Je n’avais pas le cœur de le faire et il m’arrivait même parfois de penser à fonder une famille avec elle ou de la présenter à mes parents. Ressaisis-toi mon gars ! Ressaisis-toi ! Je me le répétais chaque fois que de telles idées me traversaient. Mon Dieu ! Il me fallait au plus vite reprendre les rênes. Hors de question d’être doux ou gentil avec elle. Je n’ai jamais prévu d’être un amoureux avec cinq enfants ou je ne sais quelle autre idée sordide dans le type. Moi ce que je voulais, c’est vivre libre et avoir tout ce que je désirais. Hors de question de faire la moindre concession pour qui que ce soit. Mais ma femme de ménage commençait elle aussi à être un peu trop proche de moi. Ça m’agaçait. Il fallait régler au plus vite ce problème également…