Ewokpe, sentait l’étau se resserrer autour d’elle mais elle ne se pensait pas abandonner aussi facilement.
Toutes ces idées défilaient lentement dans la tête de la jeune femme. Elle se versa une rasade de whisky puis le but aux trois quarts. Ewokpe sentit que cela lui montait dans la tête. Ses yeux devenus rouges étaient en larme mais elle se versa encore une bonne dose qu’elle but d’un trait en faisant des grimaces. Une soudaine chaleur se mit à s’irradier dans ses veines. Cela la réconforta un peu. Elle alla se rasseoir dans l’un des sofas blancs, s’allongea puis paupières baissées, se mit à réfléchir. Ewokpe resta dans cette position trente minutes environs. Quand elle se leva, elle alla d'un pas décidé dans sa chambre faire ses bagages. Sa décision était prise. Elle ne resterait pas un jour de plus dans cette maison seule à attendre dans l’incertitude quand son mari rentre pour l'humilier et cracher son mépris.
Mais où aller ?
Débarquer chez son père finirait par dissiper le doute qui résidait encore dans l’esprit de certaines personnes mais elle était décidée à partir. Elle ne se voyait plus le courage d’affronter le regard de Tognawo.
***
- Pourquoi ce sont toujours les enfants des riches qui aiment faire baver leurs familles ? s’écria Tanti en jetant un journal sur le lit où était couché Tognawo.
- Telle est ton idée ?
- Je ne le cache pas
- J’aime ta franchise mais penses-tu vraiment que je fais souffrir ma famille en ne leur donnant pas de mes nouvelles ?
- S’ils étaient désintéressés de toi je ne vois pas pourquoi ils passeraient cette annonce à la radio, la télé et dans presque toutes les presses locales !
- Ah, c’est donc cela qui te donne des idées.
- Attends.
Elle vint s’asseoir au bord du lit.
- Je ne te comprends pas. Excuse-moi de le demander mais qu'as-tu contre ta famille. Tu t’obstines à ne rien me dire. Tu n’as même pas daigné me dire avoir laissé ta voiture à l’entrée nord du grand marché. Je l’ai appris dans un journal. C’est tout comme si tu étais fatigué de vivre.
- Oui c’est cela . C’est le mot juste. Je suis fatigué de vivre. Tu comprends.
- M’en voudrais-tu donc de t’avoir sauvé de la mort ?
- Ne soit pas ridicule Akpene si tu savais ce que j’endure, tu ne m’accablerais pas de toutes ces questions ! trancha Tognawo d'une voix rude. C'est vrai que maintenant mes souvenirs me reviennent après ces quelques jours à baigner dans le vide de l'amnésie mais je ne veux voir ni entendre personne qui soit de ma famille. Je te préviens que si tu te force à avertir qui que ce soit du lieu où je me trouve, je me suiciderai dans les vingt-quatre heures qui suivront.
- Tu me fais . . .
- Peur n’est-ce pas ?
- Oui mais aussi pitié.
- Tu ne pourrais pas comprendre.
- Soyons franc je ne veux pas ...
- Ecoute Akpene. Après quarante-huit-heures dans le coma, tu te réveilles dans un lit d’hôpital avec des gens en blouse autour de toi. HOPITAL. Ce mot que tu fuyais, voilà qu’il te fait retrouver tout l’effroi de l’événement qui t’avait conduit là. Tout ce que tu tentais d’oublier ressurgit avec force pour s’imposer à toi. Voudrais-tu l’embrasser ? Renouer immédiatement avec ce passé que tu fuyais ? Non tu voudras te refaire une morale en t’isolant pour pouvoir mieux affronter ce passé et c’est ce que je fais.
- Je ...
- Non ne me répond pas. Garde-la dans ton cœur mais s’il te plaît arrête de me juger.
- C’est bon je ne te jugerai plus mais parle-moi un peu de toi. Je ne sais rien de toi et cela me met mal à l’aise de devoir . . .
- Mentir ?
- Tu cherches à me faire du mal n’est-ce pas ? Es-tu marié
- Loin de moi l’idée de te faire du mal.
- Pourtant c’est bien ce que tu fais. J’ai l’impression que tu souffres de ma présence comme si tu ne voulais pas me voir. Je t'importune certes avec mes questions mais saches que je ne puisse faire autrement.
La jeune femme baissa ensuite les yeux.Tognawo la regardait avec pitié. Il fit un petit effort pour se redresser et s’asseoir. Il glissa sa main dans celle de la femme et remarqua qu'elles étaient moites de sueur.
- Pourquoi ? murmura le jeune homme.
Elle s’enhardie et plongea son regard dans le sien. Elle était troublée par autant de charme. Ce regard pénétrant...ces yeux d’or. La magie de l’amour restait impuissante entre eux.
- Pourquoi ? répliqua-t-elle sans afficher le moindre signe d’amusement.
- Restons bons amis ! plaida Tognawo ayant compris les sentiments muets qu'essayait en vain de masquer sa compagne. Je n’essaie pas de te faire souffrir et je lutte contre ce sentiment qui naît en toi parce que lui te fera souffrir. Je suis marié et je tiens à rester fidèle à celle que j'ai pris comme épouse devant Dieu et devant les hommes. Ne sois pas offensée par mes paroles car je le sais, tu es une bonne personne.
- Donc tu es marié...
- Je comprends les sentiments qui t’animent mais je n’ai rien d’aussi exceptionnel pour te mériter. J’ai de l’estime et de l’affection et surtout beaucoup d’amitié pour toi. Il faut me comprendre j’ai trop de soucis en ces temps pour me lancer encore dans une aventure amoureuse extraconjugale. Tu es pimpante et je ne reste pas insensible à ton charme je l’avoue mais il ne faut vraiment pas de cela entre nous.
- Je te comprends mais ce ne serait pas facile pour moi ! déclara-t-elle d'une voix qu'elle voulait neutre mais au coin de ses yeux perlait déjà un diamant liquide.
Tognawo touché, se pencha et posa un savant b****r sur sa joue. Elle en frissonna avant de sourire Son sourire était si éclatant...
- Voilà une semaine entière que nous nous connaissons et tu m'as vraiment aidé. Je te revaudrais tout ton appui. Maintenant je suis presque guérit mais je n’ai pas vraiment envie de rentrer chez moi...
- Pour ce qui est de rentrer, tu devrais repenser à ta décision, dit le docteur Hervé en entrant dans la pièce. Je ne pense pas que soit une très bonne idée de faire languir ton père de la sorte mon ami. Il vient de parler à la radio promettant une fortune à qui lui donnera un indice pour vous retrouver. Quand je dis vous, j’inclus ta femme qui serait apparemment introuvable elle aussi.
Akpénè qui s’était retournée vers le docteur Hervé à son entrée, relâcha la main de Tognawo aussi discrètement que possible et se leva. Tognawo écarquillait les yeux et s’écria :
- Ma femme ?
- Oui selon ce que j’ai entendu dire, elle aurait disparu depuis deux jours.
Tognawo se tourna vers Akpene puis vers le docteur Hervé qui avait ses deux mains plongées dans les grandes poches de sa blouse.
- Elle ... elle a vraiment disparu ?
- Je m’excuse de t'avoir passé l’information de cette manière désinvolte mais je crois qu'elle se serait lancée à votre recherche.
- Vous rendez vous compte que ma femme a disparu ? s'alarma Tognawo, troublé. Elle ne serait jamais partie toute seule. Oh mon Dieu j'espère qu'elle n'a pas été chez son père pensant que j'y suis allé à nouveau !
- Comment ? que racontes-tu ? questionna Akpénè qui ne comprenait pas.
Les images rétrospectives de sa tentative d’assassinat lui revinrent. Tognawo se vit guettant son beau-père. Si seulement il avait réussi son coup...
- Qu'est-ce que tous ces mystères ? Tu ne me réponds pas ? reprit Akpénè vut qu'il n'avait réagit à ses questions.
Pris de court, Tognawo essaya d’arrêter les battements accélérés de son cœur. Il essaya de parler, d’étaler d’une certaine manière la situation à ses interlocuteurs mais il ne put le faire. Sa gorge restait nouée.
- Tu pourrais au moins répondre à cette jeune dame qui t'assiste depuis des jours! reprocha le docteur au vu de son silence. Nous pouvons peut-être t'aider...
- C’est bon, je rentre tout de suite. Merci pour tout, arriva-t-il soudain à formuler.
Il se levait déjà.
- Tu pars ? questionna la jeune femme d'une petite voix.
- Oui.
- Ok
Son "ok" était des plus cinglants.
Le docteur Hervé s'éclipsa en faisant savoir à Tognawo qu'il l'attendait dans son bureau avant qu'il ne parte. Il ferma ensuite la porte derrière lui. Un silence pesant comme un velours de soie s’installa entre eux. Tous deux semblaient gênés. Ne voulant plus d'une potentielle question de la pars d'Akpénè, Tognawo se mit à s'habiller. Sur un coup de tête, Akpene décida de l'y aider. Elle se mit à l’œuvre en ajustant le col de sa chemise puis elle fit le nœud de sa cravate. Tognawo se laissa faire priant intérieurement pour que ce cauchemar qu'il ne cessait de vivre s'arrête enfin.