Chapitre 4

1174 Mots
La nuit était sans étoile. Une nuit noire chargée des forces du mal. L’obscurité semblait être faite de tôle. Elle était opaque, effrayante. Assis devant son petit écran de télé, Tognawo qui n’arrivait toujours pas à trouver son sommeil attendait patiemment l’aube qui verrait son départ. A jamais il avait perdu son amour, le premier de toute son existence. La pluie s’était arretée depuis belle lurette. Perdu dans sa pensée il n’entendit pas frapper à la porte. Le coup à la porte doubla d’intensité et le bruit se fit plus distinct. Il se leva nonchalamment et ouvrit l’un des battants de sa porte l’image qui se dessina sur sa rétine le surprit un moment. Cela paralysa sa langue. Il écarta le rideau pour laisser place au visiteur nocturne. Ewokpe se glissa dans la chambre comme une couleuvre et brisa le silence qui devenait presque palpable. Elle ne lui laissa pas le temps de s’inquiéter ou de se réjouir de cette visite plus qu’inattendue. - Sauve moi je t’en prie je veux rester avec toi j’ai assez souffert.   Elle leva les yeux sur lui et il vit qu’elle avait le visage pavé de larmes il la feuilleta du regard se régalant de tant de beauté oubliant presque l’air perdu de la jeune femme. Elle était habillée d’un simple pagne sans dessin au couleur d’un rouge aveuglant et des perles anciens lui cintraient et le haut des bras et les mollets. Son précaire habillement s’avérait encore plus insolite avec ses petits pieds sans chaussures. - Sauve-moi, s’il te plait ! reprit-elle. Aide moi. Je ne veux plus retourner au couvent - Quel est le problème ? questionna Tognawo inquiet. Calme toi et assied toi s'il te plait. Raconte-moi tout.   Ewokpe essuya furtivement du revers de la main les larmes qui commençaient par sécher sur sa joue puis posa la sacoche qu'elle tenait en main.  - C’est mon père... Mon père veut m’envoyer dans un autre couvent mais je ne veux plus retourner au couvent. Là, on nous fait boire d’horribles breuvages. La vie y est intenable avec tout une chaîne de privation.  - Mais comment ! Vous avez été libéré de… - Oui mais il veut m’envoyer dans un autre couvent pour d’autres cérémonies. En m’enfuyant je peux réveiller la colère des dieux mais je ne veux pas y retourner. J’ai trop souffert tu sais ? - Euh… mais qu’est ce que… qu’est ce que nous allons faire maintenant ? - Est-ce que je peux rester avec toi le temps de trouver un abri ?  Le jeune homme s’assit en face d’elle.   - Je ne sais pas comment t’aider mais tu me vois mal te laisser repartir dans toutes ces horribles choses que tu viens de me décrire. Quel risque je coure en te gardant avec moi ? - Euh... je veux m’enfuir très loin. - Ewokpe, m’aimes-tu ? Je t’aiderais bien sûr mais j’ai aussi besoin de savoir si j’ai une chance avec toi. - Tu as bon cœur. Mais je ne veux pas te créer des ennuis. - Mais non ! je suis avec toi et je ne te laisserais pas tomber ; surtout pas maintenant que tu as besoin d’aide. J’ose espérer que tout ira bien. Je te l’ais déjà dit que demain je quitte pour aller continuer mes études en médicine. Accepterais-tu de venir avec moi ?  Elle le regarda timidement et sourit.  - Je te suivrai partout ; je te serai toujours fidèle. [...] Aujourd’hui ce serment sonne faux pour qui donnerait cher pour retrouver l’amour de sa femme. Depuis la chambre, on entendait les pleurs d’Ewokpe. Est-ce que tout ceci, n’est qu’un cirque ? Comment peut-elle pleurer si elle ne l’aimait plus ? Sinon pourquoi alors la trahison ? Pourquoi l’infidélité ? Le goût de l’aventure ! Mais elle n’est pas de ses femmes frivoles qui butinent un peu partout, voulant goûter à la saveur de tous les hommes qui croisent leur chemin. Tognawo se versa une autre rasade de sa liqueur quand elle revint le rejoindre. Ses yeux étaient rougis signe qu’elle avait vraiment pleuré mais elle se tenait droite ; très digne et sa voix avait quelque chose de contrôlé.  - J’ai déjà mis la table. - Je n’ai aucune envie de manger, répliqua-t-il d’un ton cinglant.  La blessure était encore trop vive pour oublier. Comment sa femme pouvait-elle le tromper avec son ennemi ? Il l’avait bien vue sortir de chez le docteur Atsè qui de plus vivait seul. La question qu’il se posait était ce qu'elle était allé faire là chez un homme qui  à sa connaissance, n'avait aucun lien de parenté avec elle. Que pouvait-elle bien avoir à faire avec Atsè si ce n’était une relation extra-conjugale ? Tognawo avait commencé par soupçonner l’existence d’une relation secrète entre sa femme et le docteur Atsè alors qu’elle aimait l’introduire dans leurs conversations pour l’amener, lui, à une réconciliation avec ce vil homme. Une fortuite opportunité lui fit un jour découvrir la triste réalité. Alors qu’ il était revenu de service pour récupérer quelques dossiers il surprit une communication téléphonique où Ewokpe insistait pour rencontrer le docteur Atsè. Il l’avait espionné et avait découvert que sa femme le trompait avec celui qui était son ennemi depuis fort longtemps. Jamais il n'aurait pu faire comme si de rien n'était après cela.  - Tu ne veux vraiment même pas gouter à ce que j’ai cuisiné ? j’ai aussi fait les gâteaux que tu aimes. Tu veux que je te les apporte ? reprit Ewokpe d'un ton  doucereux.- Si tu le veux. Mais j’ai dis que je n’avais pas faim ! Elle s’éclipsa silencieusement puis revint avec un plat argenté qu’elle posa sur une table basse devant lui. Elle était toujours aussi belle mais il n’avait plus pour elle que du mépris qu’elle s’obstinait à ne pas comprendre. Il éprouvait un sentiment de regret comme s’il perdait son temps en la compagnie d’une femme infidèle indigne qui ne méritait plus la dénomination d’épouse. Mais elle autre silencieusement, sans pouvoir ouvrir la bouche et poser la question, se demandait ce qui pouvait bien tout dernièrement changer son si tendre mari en un homme aussi insolent et irrespecteux. Elle voulait qu’il continue de l’aimer alors, elle se donnait la peine de jouer le jeu qu’elle s’était promis de jouer. Raison pour laquelle elle le regardait sans embarras visible et même continuait à sourire en promenant une main sur son ventre. Ils pataugèrent ainsi dans le silence chacun se murant de son coté dans ses idées et attendant que l’autre brise la glace. Tognawo Ne comprenait pas et même trouvait étrange qu’Ewokpe puisse s’être nouée d’amitié avec ce docteur qui n’avait rien de son goût à elle. Lui poser la question, serait-ce la meilleur manière de dissiper le doute ; de palier au problème ? De ramener la paix et l’entente d’alors ? Mais comment s’y prendre comment poser le problème ? Comment demander à sa femme si vraiment elle vous trompe avec votre collègue de travail, qui plus encore est votre ennemi.
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