Partie 1 â La maison ouverte au ciel
Le matin sâĂ©tirait lentement sur la mer.
Une brume dorée dansait au-dessus des vagues, comme un voile léger.
La maison du vent, celle quâĂlena et Adrien avaient bĂątie autrefois, sâĂ©tait transformĂ©e.
Les volets bleus étaient grands ouverts.
Des rires sâĂ©chappaient des piĂšces.
Des pinceaux séchaient au soleil.
Et, sur la terrasse, Alizé écrivait.
Son carnet était couvert de phrases à demi effacées par la rosée.
Des mots simples, comme ceux de sa mĂšre : âle vent parle Ă ceux qui se taisent.â
Elle leva les yeux vers la mer, inspira profondĂ©ment, et sentit cette paix rare qui nâappartient quâaux Ăąmes rĂ©conciliĂ©es.
LĂ©o sortit de lâatelier, les doigts tachĂ©s de peinture.
â Tu travailles dĂ©jĂ ?
â Si je ne le fais pas, le vent sâen chargera.
â Il Ă©crirait mieux que nous deux rĂ©unis, rĂ©pondit-il en riant.
Elle sourit. Ce rire, désormais, faisait partie de la maison.
Ils sâĂ©taient apprivoisĂ©s sans sâen rendre compte, comme si le vent avait dĂ©cidĂ© pour eux.
Il peignait, elle écrivait.
Il parlait de lumiĂšre, elle parlait dâĂąme.
Et chaque soir, leurs voix se mĂȘlaient au mĂȘme silence.
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Partie 2 â LâĂ©cole du vent
à la rentrée, la fondation rouvrit sous un nouveau nom :
âLâĂcole du Vent Libre.â
Des enfants venus dâailleurs y apprenaient Ă peindre, Ă raconter, Ă Ă©couter.
Alizé et Léo ne se disaient jamais directeurs.
Ils se prĂ©sentaient comme âles gardiens du souffle.â
Un matin, une fillette aux tresses sombres sâapprocha dâAlizĂ©.
â Madame, pourquoi on appelle ça lâĂ©cole du vent ?
â Parce quâici, tu peux apprendre Ă voler sans quitter le sol.
â Et si on tombe ?
â Le vent te relĂšvera, rĂ©pondit-elle avec un sourire.
LĂ©o, depuis la terrasse, peignait cette scĂšne : AlizĂ© penchĂ©e vers lâenfant, les cheveux portĂ©s par la brise.
Il savait que câĂ©tait ce tableau-lĂ , plus que tous les autres, qui raconterait leur histoire.
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Partie 3 â Le retour des saisons
Les années passÚrent, douces et pleines.
Lâhiver blanchissait les falaises, le printemps repeignait les champs, lâĂ©tĂ© rallumait les rires.
Chaque saison apportait sa chanson, et chaque chanson devenait un souvenir.
Un soir, alors que le ciel se teintait dâor, AlizĂ© demanda :
â Tu crois quâils nous voient ?
â Qui donc ?
â Eux.
Léo leva les yeux vers le couchant.
â Oui.
â Et tu crois quâils sont fiers ?
â Ils le sont depuis longtemps.
Elle hocha la tĂȘte.
Dans le vent, elle crut sentir une chaleur ancienne â une main, une voix, une promesse tenue.
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Partie 4 â Le chant recommence
Ce fut un matin de printemps.
Le vent sâĂ©tait levĂ© plus tĂŽt que dâhabitude.
Il entrait par toutes les fenĂȘtres, soulevant les feuilles, les rires, les souvenirs.
Sur la terrasse, Léo installa sa toile, Alizé ouvrit un nouveau carnet.
Elle regarda la mer, immense, et murmura :
â Câest Ă©trange. On dirait que le vent veut nous dire quelque chose.
â Ăcoute, dit LĂ©o simplement.
Alors, ils se turent.
Et dans le souffle qui montait de la mer, ils entendirent une mĂ©lodie â lĂ©gĂšre, mouvante, infinie.
Le mĂȘme chant que celui quâĂlena entendait jadis dans son sommeil.
Le mĂȘme qui avait guidĂ© Adrien vers elle.
Alizé ferma les yeux.
Des images affluĂšrent : les rires de ses parents, la lumiĂšre sur leurs visages, la mer en feu, le vent sur leurs doigts.
Tout était là .
Tout continuait.
Elle se tourna vers Léo, un sourire dans les yeux.
â Tu entends ?
â Oui.
â Câest le vent. Il recommence Ă chanter.
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Partie 5 â LâhĂ©ritage du souffle
Des années plus tard, un visiteur venu de loin traversa le village.
Il chercha la maison du vent, guidĂ© par les histoires quâon racontait sur les falaises.
On disait quâun couple y vivait, capable de faire parler le vent et la lumiĂšre.
Mais lorsquâil arriva, la maison Ă©tait vide.
Seulement ouverte sur la mer, baignée de soleil.
Sur la table, un carnet reposait, gonflé de pages.
Sur la premiĂšre, il lut :
> âLe vent ne sâarrĂȘte pas.
Il voyage de cĆur en cĆur, de rĂȘve en rĂȘve.
Si tu lis ces mots, écoute.
Le chant du vent commence avec toi.â
Il leva les yeux.
Le vent se leva.
Et pour la premiĂšre fois, il crut entendre une voix â ni celle dâun homme, ni celle dâune femme, mais celle dâun amour devenu Ă©ternel.