Dixième nouvelle Le piègeLa lettre que Bardon m’avait écrite pour solliciter un rendez-vous piquait ma curiosité. Que pouvait me vouloir ce policier chargé si longtemps de me surveiller ? Quand il se fut assis en face de moi, frileux dans son imperméable froissé, j’éprouvais pour lui une première bouffée de sympathie. Il sentait la mort et portait ses défaites comme des cicatrices. Dire que je suis fasciné par la mort serait trop simple. Disons que c’est le jeu de l’Homme avec elle qui m’intéresse, car c’est un jeu étonnant dans lequel on entre toujours comme si on pouvait gagner, alors qu’on sait très bien qu’on finira par perdre. La seule chose qu’on y gagne sans doute est d’avoir une mort bien à soi. - Que puis-je faire pour vous, lui demandais-je ? - Beaucoup de choses, me répondit


