ÉLÉGIE La Fleur blesséeLes pleurs de l’aurore m’ont fait éclore ; je me suis ouverte avec les premiers rayons du soleil. J’ai vu passer ce matin une jeune fille ; elle s’est arrêtée pour me regarder ; moi, je la trouvais belle, et je lui souriais ! Elle passait sur mes feuilles sa main caressante ; mes feuilles frissonnaient de bonheur. Tout à coup une douleur aiguë m’a fait tressaillir jusqu’au fond de ma corolle, je me suis inclinée sur ma tige à demi brisée. Pourquoi ne m’as-tu pas cueillie tout de suite, jeune fille ? Déjà je ne souffrirais plus, je reposerais doucement ensevelie dans ton sein virginal. Mon sang coule lentement de ma blessure, un froid mortel fait pâlir mes feuilles, ma corolle se resserre ; j’entends à peine le doux bourdonnement de la brise dans le feuillage. Le


