SOSPIRI
Le Liseron des champsJe suis une pauvre Fleur qu’on laisse se flétrir sur sa tige. Aucune jeune fille ne vient me cueillir pour se parer le dimanche.
Mon cousin le Coquelicot mie méprise ; mon frère le Bluet, tout fier de servir de guirlande aux bergères, ne m’adresse jamais la moindre parole de consolation. Il n’est pas jusqu’à mon voisin le Pied-d’Alouette qui ne me regarde d’un air dédaigneux en se dandinant sur ses longues jambes.
Et pourtant, l’autre jour, je me suis glissé hors du sillon natal ; j’ai traversé le pré en silence, je suis arrivé jusqu’au bord de l’eau, et là, passant ma tête entre les roseaux, je me suis miré tout à mon aise.
Je ne suis pas plus laid que mon cousin le Coquelicot, que mon frère le Bluet et mon voisin le Pied-d’Alouette.
Personne ne prend garde à moi cependant, on me délaisse ; le Grillon lui-même s’enfuit quand je l’appelle. Il me fixe un moment avec ses yeux effarés, secoue ses longues antennes, et ne fait qu’un saut jusqu’à son trou.
Je suis la plus malheureuse de toutes les Fleurs, personne ne m’aime !
Ainsi parlait le Liseron des champs en poussant de longs soupirs.
Une Coccinelle, un de ces jolis insectes tachetés que les enfants appellent Petites Bêtes du bon Dieu, passait près de là ; elle entendit les lamentations du Liseron.
– Pourquoi murmures-tu contre ton sort ? lui dit-elle. Depuis quand les hommes comprennent-ils la grâce qui se cache dans la solitude et dans la pauvreté ? Ils passent auprès d’elle sans l’apercevoir, mais Dieu la voit et en jouit ; c’est pour lui seul qu’il a fait des cœurs humbles et les petits Liserons des champs.
Fleur de Capucine, ep., éperon.