Synopsis, quatrième de couverture, chapitre I
L’histoire de ce roman relate la vie miséreuse et pauvre d’une population analphabète et rustre, viscéralement attachée à ses fausses croyances et traditions spécifiques, vivant dans un Douar composé d’un pâté de taudis et de huttes construits en torchis.
La majorité de ses habitants sont des ouvriers d’une ferme appartenant à un étranger, mal rémunérés, vivant dans la promiscuité et souffrant des conditions difficiles de travail où ils subissaient les âneries abusives, l’ignominie latente, le népotisme et le clientélisme exercés par un clan restreint d’individus immondes, perfides, choquants et désagréables qui ont réussi à s’insinuer dans les bonnes grâces de leur gérant.
Les faits divers varient entre meurtre commis froidement, mort accidentelle, réaction de la population face aux inondations d’une rivière, complicité et obséquiosité, proxénétisme et mouchardage, comportement aberrant et pervers, viol de filles vierges dupées et braderie en mariage forcé, permutation d’épouses provoquée entre maris, mariage et remariage échoués à cause de la fornication capricieuse et la trahison conjugale, vol et maraudage, querelles intestines, promiscuité, jeu de cartes, addiction aux stupéfiants et consommation occasionnelle de boissons alcoolisées, agression et affrontement à main armée de gourdins et de fourche et enfin revirement de situation qui tourne au profit des uns et au désavantage des autres.
Quatrième de couverture
C’est l’histoire d’une tranche de vie, émaillée de fragments de faits divers que Chakib simulait avoir vécu véridiquement quand il était dans la fleur d’âge.
L’idée d’envisager la possibilité d’en faire un roman lui germait dans la tête depuis presque une décennie. Elle n’en finissait pas de le tellement hanté en permanence qu’il se mettait à les transcrire selon l’ordre chronologique imposé par le fil conducteur de son imagination.
Toute coïncidence avec des faits réels ou des personnages mis en scène n’entre pas en ligne de compte de ce qu’il est relaté dans ce livre.
CHAPITRE I
Le terrain de jeu où se déroulait l’histoire de ces événements n’en est rien d’autre qu’un patelin, appelé Douar Doume, situé à une dizaine de kilomètres au sud d’un village et au voisinage immédiat d’une rivière et d’une ferme.
C’était une sorte de groupement de campagnards, installé sur une partie d’une superficie de presque deux mille cinq cent kilomètres carré d’un terrain pratiquement plat, arable et fertile.
Ses habitants qui constituaient une centaine de foyers de familles nombreuses exerçaient un travail manuel et forcé dans le secteur agricole.
Ce Douar est traversé d’une ligne de pylônes de fils électriques de haute tension sur lesquels se posaient habituellement aussi bien des hirondelles que des tourterelles et que les petits enfants, lorsqu’ils jouaient, tentaient de grimper, mais par peur de courir le risque de mort par électrocution, ils n’osaient pas dépasser la ligne rouge.
Il était entouré d’un décor naturel verdoyant composé de vergers de figuiers, d’un nombre restreint d’arbres d’oliviers, de figuiers de barbarie, de pommiers, de jujubiers sauvages. Sur les arbres d’eucalyptus de dimensions variées, étaient agglutinés plusieurs nids d’oiseaux.
Ce Douar est composé d’un pâté de taudis et de huttes, couvertes de chaume, construits en torchis tout comme en pisé, avec des moyens de fortune rudimentaires, bâtis à l’aveuglette et sans aucune touche d’architecture, d’une sorte de treillage roseaux, du bois et de la paille cernés de touffes et de brindilles de jujubier sauvage et de bambous piqués et entrelacés , mis en place en guise de haies défensives contre l’infiltration de voleurs et de chiens errants, dont quelques uns étaient surmontés toits en mansarde, dépourvus de la moindre touche d’esthétique ni mesure de salubrité.
Sur presque tous les toits leur servant de support, de nombreuses cigognes blanches juchaient majestueusement dans leur nid. Quand elles se mettaient à claqueter, chaque fois qu’elles se retournaient à leur nid, on comprenait à priori que ces claquements, mesurés et bien rythmés, signalaient leur présence familière au sein de cette peuplade.
En dépit du poids si lourd de la misère qu’elles enduraient, ces familles étaient généreuses et hospitalières. Elles partageaient si souvent avec leurs voisins ou invités d’infortunes même le strict minimum d’un repas préparé pour leurs enfants.
Pour ne pas faillir aux traditions et à l’esprit d’hospitalité et de convivialité, elles prenaient soins des visiteurs qui arrivaient à l’improviste pour un motif quelconque dans leur zone.
Parmi les gens qui venaient à ce Douar, on pouvait citer un groupe de musiciens chanteurs de chaabi, un petit marchand ambulant à dos d’âne ou de mule, vendant des baguettes et d’épingles à cheveux, bagues, bracelets et boucles d’oreilles de pacotille. Il arrivait aussi à ce bled des personnes qui n’en manquaient pas moins d’utilité en l’occurrence une voyante assidue, un herboriste, un guérisseur, un cordonnier et un soudeur de gamelles, de marmites et de théières usagées. Toutes ces gens dressaient leur petite tente dans un coin du Douar pour y passer au moins trois nuits consécutives.
Les habitants qui se montraient très accueillants à leur égard, se faisaient un grand plaisir de leur préparer quelques plateaux emplis de couscous, bien assaisonné, composé de semoule de blé, de courgettes, d’oignons et tomates, de pois chiche, de navets, de carottes et de la viande de poulet rouge, renforcé parfois, si la visite coïncidait avec le jour du souk, de tajine de viande de moutons fraîchement achetée auprès du boucher habituel, préparé aux légumes verts.
Avant le moment de ces repas, on leur servait un verre de thé à la menthe que l’un des membres de la famille, connu par son dextérité, préparait avec minutie et savoir-faire. Tout ceci présentait une image positive et adéquate qui donnait, au premier visiteur étranger, doué d’un tant soit peu de bon sens et de lucidité d’esprit, l’envie spontanée de deviner le genre de mystère susceptible de régner en un lieu pareil, les conditions de vie et les ressources de subsistance permettant à cette population de vivre au quotidien, qui pouvait ensuite, par étonnement et encore moins par simple curiosité, se poser maintes questions de savoir si le mode de vie qu’elle menait pouvait le déconcerter ou le mettre à l’aise , au fur et à mesure qu’il s’en approche.
CHAPITRE II
La population du Douar Doum était composée des premiers habitants considérés comme étant autochtones en plus d’autres personnes venues de plusieurs régions. Elle était, par coutume et conviction, attachée indéfectiblement et fidèlement à certaines traditions rituelles. Elle célébrait chaque année, pendant la saison d’été, une cérémonie pompeuse et de grande envergure.
Elle invitait un groupe de Jilala. Celui-ci donnait, comme à son habitude, un spectacle de transe, l’hadra, que certains habitants que l’on qualifiait de dissidents voyaient comme une auto-flagellation, contrairement à ses adeptes disant que c’était une sorte d’expression pour surpasser la douleur physique et morale.
Ce spectacle était toujours animé par deux flûteurs, jouant aux flûtes de roseau appropriées, et deux autres éléments qui jouaient chacun au bendir bien résonnant. Cet instrument de musique à percussion fait partie des membranophones. Confectionné généralement de peau de chèvre tendue sur un large cercle en bois, il ne comporte qu’une seule face de percussion. Ce groupe est encadré par un Chrif qui se disait descendant fervent de quelque marabout.
La cérémonie s’ouvrait dans l’après midi par le port de deux amples drapeaux de couleurs vert, à partir de la maison du Mokadem où on les déposait habituellement pour les conserver par respect de leur valeur intrinsèque de sacré. Deux hommes, imbus de sentiments de fidélité et de croyance, affectés à cette mission, se chargeaient de les porter en bandoulière et de les brandir ostensiblement de temps en temps en signe de dévouement et de vénération rituelle.
Sous le bruit bourdonnant des bendirs et le son harmonieux des flûtes accompagnés des youyous de femmes, habillées proprement et décemment pour l’occasion, le cortège, qui scandait à tue tête le Nom d’Allah, marchait pied nu et à pas lents et réguliers vers le point d’arrivée habituel.
Deux hommes bien bâtis emmenaient le sacrifice, à l’aide d’une corde attachée au niveau des cornes, qui ne pouvait être qu’un bœuf dont on coiffait la tête d’un foulard traditionnel multi-couleur neuf.
Tout au long du circuit de progression, on s’arrêtait de temps en temps pour recevoir des oboles et psalmodier des prières pour les donateurs. Au retour à la grande tente dressée à cet effet, on déposait les drapeaux dans un coin de la tente et on égorgeait le bœuf. Après l’avoir dépecé, on le partageait en rations égales.
Chaque famille se chargeait de préparer le repas du couscous avec la viande du bœuf. Pendant ce temps, le groupe de Jilala animait la soirée avec un peu de musique. Au moment du dîner, tout le monde se rassemblait. On constituait des tables de huit personnes. On se mettait à manger dès que les repas arrivaient. Les Jilala, les invités de marque venus d’autres Douars et le Chrif étaient les premiers à servir. Le reste des hommes avec seulement un de leurs enfants attendaient l’arrivée des autres plats pour être servis à leur tour. Juste après le dîner, le spectacle de musique commençait. L’ouverture du ban débutait comme toujours par le premier numéro, c’était un homme sexagénaire, qui scandait haut et fort le Nom d’Allah en pleine transe. Il était suivi par un deuxième, qui s’auto-flagellait le dos avec un ceinturon de cuir, le troisième se donnait des coups de couteau, à l’horizontale, sur le bras gauche sans se rendre compte du sang qui lui en coulait. Le quatrième numéro buvait à petites gorgées de l’eau bouillante. Les suivants, pas tous, mais deux ou trois présentaient un spectacle horrible et affreux. Ils faisaient irruption devant les Jilala, avec de grandes branches de figuiers de barbarie, pleines de cladodes épineuses. Ils faisaient la transe en les serrant à bras-le-corps, tandis que d’autres se mettaient à en broyer des morceaux épineux. A les regarder agir de la sorte, on pouvait dire qu’il s’agissait bien de personnes anormales ou extra-terrestres.
Quand la cérémonie prenait fin, on fermait le ban par la psalmodie de prières par lesquelles on invoquait la bénédiction de Dieu pour les organisateurs de cette fête et les donateurs qui ne se lésinaient pas sur les moyens pour combler d’oboles et d’offrandes le groupe de Jilala et le Chrif.
Concernant les fiançailles, les parents du prétendant accompagnés de l’imam de la mosquée du Douar et de cinq ou six personnes les plus proches de la famille du futur marié se présentaient chez les parents de la fille concernée juste après le coucher du soleil.
On leur servait un thé à la menthe avec des gâteaux et des crêpes feuilletées. Après une courte introduction faite par l’imam, les familles marchandaient le prix de la dot et ce n’était qu’au bout de longues tractations qu’ils arrivèrent à une conclusion. Les présents récitèrent la fatiha coranique et le fquih psalmodia une prière par laquelle il souhaita que le nouveau couple resterait uni contre vents et marées et que rien ne les séparera jusqu’à la mort.
Le jour du souk, les deux fiancés, accompagnés de leurs parents, se présentaient devant les adouls pour l’élaboration de l’acte de mariage et l’achat des vêtements et bijoux de la mariée ainsi que quelques meubles nécessaires.
Les mariages tout comme les fêtes de circoncision se célébraient habituellement en été. Pendant le premier jour de la cérémonie, le marié, entouré de jeunes célibataires de son âge se tenait dans une salle ou une tente dressée dans un coin à part. Un de ses amis les plus proches à lui le représentait et traitait en son nom de toutes les choses qui le concernaient.
Les familles invitées faisaient des offrandes qui se composaient de quinze à vingt unités de pain rond, de trois à six pains de sucre et deux à quatre l****s d’huile de table. On les faisait dans la matinée dans un cortège qui se déplaçait vers le lieu de la cérémonie sous le son des ghaytas et le bourdonnement des tambours.
Afin de remercier les apporteurs des offrandes, on leur remettait en retour deux pains ronds, quelques morceaux de sucre et quelques touffes de menthe. On égorgeait à l’occasion un bœuf ou à défaut une jeune vache qui n’avait jamais tombée en gestation. Une femme ou un homme qui s’y connaissait en cuisine se chargeait de la préparation du repas dont la distribution par rations égales se faisait en début d’après midi.
Le soir, après avoir amené la mariée à son nouveau foyer conjugal, les invités et spectateurs se rassemblaient autour du marié et on procédait à la réception des offrandes pécuniaires pour aider les organisateurs du mariage à pouvoir en supporter les frais.
Au moment où le marié rejoignait sa nouvelle femme dans sa chambre, le groupe des ghayatas chargé d’animer la nuit des noces formaient devant le Douar un grand cercle autour de la piste de danse.
Ils jouaient différents airs et la mélodie variait entre un chant ancien ou des chansons en vogue. Certains spectateurs dansaient de façon rythmique et bien agencée. Après quelques minutes, un groupe de femmes toutes souriantes et joyeuses portait un morceau de tissu blanc tacheté de liquide vermeil, faisant preuve de la chasteté et la pureté de la mariée, entraient dans la piste de dance et faisaient des tours en déployant le tissu en question. Femmes, hommes, filles et garçons se mélangeaient et sautillaient de joie et d’enthousiasme et le spectacle continuait jusqu’à une heure tardive de la nuit.
CHAPITRE III
Ce Douar était implanté par nécessité impérieuse à proximité de cette rivière, qui avait une importance primordiale pour l’ensemble de la population. En période d’été, les filles tout comme les garçons allaient à la rivière et s’en donnaient à cœur joie. Ils se mettaient à apprendre la natation dès leur jeune âge.
Les hommes de tout âge trouvaient eux aussi le plaisir de pêcher au filet, à la ligne, de se permettre une grande baignade, en compagnie de leur femme, ou de laver leur linge sale, composé de couvertures, de draps et de vêtements variés.
Certains habitants transportaient de l’eau dans des tonneaux à dos d’âne ou de mule pour s’en servir dans différentes tâches tandis que les femmes et les filles adolescentes se servaient, quotidiennement et à des heures fixes et régulières, des jarres qu’elles portaient à même le dos, à l’aide d’une corde.
L’eau de rivière qui était propre à la consommation pour toute la population servait également à l’abreuvage régulier de tout le bétail. Tout le monde était habitué à emmener au petit matin ses brebis et moutons à la rivière pour s’y abreuver avant de les garder, en compagnie de deux ou trois chiens, au pâturage.
Les vaches et bœufs conduits au pâturage dans la matinée, étaient amenés vers midi à la rivière pour s’y abreuver à leur tour. Chaque matin, les femmes adultes suivaient le troupeau de vaches pour ramasser de la bouse fraîche et la déposer à l’abri pour pouvoir l’utiliser plus tard. Aussitôt qu’elle devenait bien sèche, elles l’employaient comme produit combustible de premier choix permettant à attiser le feu destiné à la cuisson du pain, des repas ou à faire chauffer de grandes marmites d’eau pour pouvoir se laver le corps.
Certains habitants débrouillards prenaient la peine de la recycler dans la construction des huttes et ce en la mélangeant avec de la terre sèche et d’une quantité suffisante de la paille fine. Pendant l’hiver, quand les pluies torrentielles, qui s’abattaient sur la région, perduraient, le niveau d’eau augmenta de volume plus qu’il n’en fallait et la rivière déborda dans la majorité des cas.
Malgré le danger que représentaient les inondations et les crues d’eaux impétueuses qui se formaient par endroits, le courant d’eau qui coulait vers la direction de mer, à une vitesse rapide, charriait d’importants bûches et matériaux susceptibles de servir aux besoins impérieux des habitants.
Profitant de cette situation, toutes les familles, joignant l’utile à l’agréable, hommes et femmes, garçons et filles, équipées de fourches, de pelles, de râteaux, de pioches terrassiers emmanchés et de sacs à terre, se mobilisaient pour récupérer tout objet flottant, ou voguant sur les eaux en plus des branches de bois mort transportées, elles aussi par les eaux.
Les personnes, initiées à cette pratique de ramassage, utilisaient des faucilles fixées au bout de longs manches, des crochets de fer, attachés au bout de longues cordes qu’elles lançaient sur toutes les choses qu’elles voulaient recueillir et récupérer.
Le travail effectué par les uns et les autres était passionnant et incitait même certains à se targuer de leurs exploits et capacité de ramasser le maximum de bois mort et de matériaux divers flottants.
Les risques de s’aventurer dans de telle situation étaient tellement imminents que par manque de précaution, certaines personnes imprudentes et non avisées furent mortes noyées accidentellement dans cette rivière. Leur famille endeuillée souffrait le martyr à cause de leur mort surprenante et inattendue qui devenait sujet à discussion.
Au moment où la nouvelle du drame survenu se mit à se propager de bouche à oreille dans toute la région, des procédures d'enquête furent lancées par les autorités compétentes pour s’assurer de leur noyade.
Quelques jours après, leur corps furent repêchés dans d’autres endroits de la rivière. Une opération d’autopsie fut faite sur leurs dépouilles. Leurs funérailles et enterrement furent effectués dans le cimetière relevant de la population.
La situation devint intenable quand la rivière commença à déborder juste au moment de la tombée de la nuit. Faute d’éclairage électrique, l’intervention des hommes, pour surélever les parties basses du remblai, érigé à cet effet, et colmater toutes les brèches afin d’endiguer le flot des eaux impétueuses, s’annonça de plus en plus difficile.
Cependant pour mener à bien cette opération, on se contenta d’utiliser les moyens de bord disponibles. Ainsi pour braver la nuit lourdement ténébreuse et permettre aux uns et aux autres d’effectuer ce travail nocturne, on allumait de nombreuses lampes torches et des dizaines de lampes à pétrole dont la mèche à feu qui frémissait résista mal au souffle v*****t et continu du vent glacial.
Malgré les conditions d’un climat aussi ténébreux, pluvieux et glacial, les hommes, qui étaient physiquement bien bâtis, réussirent à endiguer parfaitement les eaux avant d’avoir atteint les maisons les plus proches du danger.
En dépit de la confiance qui leur revint, les habitants tout apeurés et paniqués restèrent sur le qui-vive et ne dormirent pas bien de la nuit. Ils s’inquiétèrent beaucoup plus de leur sort et n’espérèrent pas perdre leurs biens et voir leurs maisons détruites par les eaux. Une vingtaine de jeunes, physiquement forts, se furent portés volontaires pour monter la garde et s’assurer de l’évolution de la situation.
Tandis que le Douar baignait dans l’obscurité totale, les somnambules n’arrêtaient pas leur va-et-vient et ne cessaient guère de ressasser l’imminence du danger des inondations qui les guettaient.
Les chiens ne s’arrêtaient pas d’aboyer, les vaches entre autres éloignés de la zone dangereuse poussaient des beuglements comme si elles voulaient exprimer à leur manière leur appréhension.
Les bébés qui ne trouvaient pas le sommeil à cause de ce vacarme dérangeant poussaient des vagissements et ne cessaient de pleurer que quand ils trouvaient le sein de leur mère.
Tout le monde avançait que les eaux stagnaient, mais rien n’était encore sûr malgré les efforts collectifs combinés. Certains colporteurs de mauvaises nouvelles disaient que la rivière « morte » était sur le point d’inonder et que l’on était apparemment entouré par les eaux.
Au bout de trois jours d’affilée passés dans la stupeur et l’appréhension, les habitants se rassemblaient pour évaluer les dégâts des inondations. Ils se montraient plus ou moins optimistes bien que leurs petites parcelles de terre semées de céréales aient été submergées par les eaux.
Les routes qui menaient vers le village et les localités avoisinantes étaient coupées. A l’issue de chaque débordement de la rivière et après avoir pleuré ses pertes et dégâts collatéraux, la population, si fervente et pleine de croyance soit-elle, prenait son mal en patience et agissait avec résilience pour surmonter l’adversité de la nature.
Au nom d’un culte rituel, elle égorgeait, au bord de la rivière, un bœuf pour implorer la puissance divine de l’épargner et la protéger contre le risque des aléas de la nature et en particulier de ce genre d’inondations malencontreuses.
Après avoir partagé en rations égales toute la viande et réciter la Fatiha coranique, tout le monde rentrait chez lui avec l’idée que ces événements fâcheux que l’on avait vécus seraient dépassés et que les choses reprendraient leur cours normal.
CHAPITRE IV
Les élèves inscrits aux écoles et collège ne pouvaient pas rejoindre leur classe pour y assister au cours. Les responsables n’hésitaient pas à les porter absents. Le jour où ils retournaient aux établissements pour reprendre leurs études, on les mettait à la porte. Le directeur, malgré leur motif valable d’absence, les renvoyait pour aller chercher leurs parents. Les professeurs qui enseignaient à l’époque étaient pour la majorité des coopérants étrangers. Ils faisaient leur travail judicieusement. Ils ne se permettaient en aucun cas de perdre la moindre minute du temps imparti au cours. Ils étaient intransigeants et ne donnaient à aucun élève le droit de sécher son cours ou de s’absenter pour quelque raison que ce soit. Il aura fallu quinze jours pour que la route goudronnée redevienne carrossable.
« Nous étions, raconta Chakib, plusieurs groupes d’élèves à des niveaux variés. Nos seuls moyens habituels de transports, ce n’étaient que des vélos vétustes, dépourvus de freins, de phares et de réflecteurs de lumière ainsi que de garde-boue.
C’était toujours le frère aîné qui prenait le guidon tandis que son frangin s’installait sur le tube horizontal du cadre. Il aidait souvent avec un pied posé sur une pédale pour augmenter l’effort et permettre de gagner de la vitesse et par conséquent du temps.
Bien que l’on se levât tôt le matin, on arrivait à peine à temps. Le jour où nous étions en retard, le surveillant général, accompagné de l’un des répétiteurs, se tenait debout devant le portail pour intercepter les retardataires et guettait simultanément ceux qui essayaient de faire le mur pour échapper à la punition.
A maintes reprises, il nous tabassait. Nous recevions cinq coups de bâton sur chaque main comme si l’on était encore au primaire où ce fut le maître d’école qui nous traitait à sa façon. On supportait notre souffrance en patience sans jamais broncher ou aller pleurnicher auprès de nos parents et se plaindre de la punition infligée.
On passait toute la journée à l’école pour assister aux cours. Notre repas de déjeuner, on le prenait à la cuisine de l’école même. On nous servait des repas tellement suffisants et appétissants que l’on mangeait à notre faim.
Mais au collège, on n’avait malheureusement pas le privilège de manger au même titre que les internes qui bénéficiaient à part entière d’un droit de bourse. Nos mères nous préparaient nos repas le matin de bonne heure. C’était un bocal rempli de café au lait, des rondelles de pomme de terre frite et un pain rond que nous portions avec nous.
A la fin des cours de l’après-midi, on reprenait le chemin du retour pour rentrer chez nous. On roulait souvent dans l’obscurité et sous les coups de la pluie tapante et le souffle des vents froids et glacials. Tous les véhicules à moteur qui nous croisaient nous éblouissaient avec leurs phares au point qu’il nous arrivait à maintes reprises de sortir de la route et finir par nous renverser sur le bas côté ou par malheur dans un fossé plein d’eau boueuse et sale.
Des fois, quand il nous arrivait d’avoir une que nous avions une crevaison et que l’on ne réussissait pas à la réparer faute de moyens, on ne pouvait faire autrement que de continuer notre chemin à pied pour arriver tard à la maison.
Au lieu de prendre son dîner et réviser ses leçons, on se mettait à la réparer. Pour ce faire il fallait avoir une trousse à outils qui devait contenir à tout le moins une monte pneu, quelques rustines de différentes tailles, rondes et rectangulaires, ainsi qu’une petite râpe et un tube de colle à rustines. »
« Je ne pouvais jamais oublier, continua-t-il, ce que m’avait appris mon père sur la réparation d’une crevaison d’une chambre à air de mon vélo en m’expliquant un jour :
— Je vais te montrer, Chakib, comment procéder pour réparer une crevaison. Râpe légèrement tout autour de la crevaison repérée. Dépose une goûte de colle et étale-la. Tu me suis ?
— Oui, je te suis, mon père !
— Alors, je continue, dit le père. Tu attends l’évaporation des solvants. Quand la colle devient un peu sec, pose la rustine sans la faire glisser et attends à ce qu’elle soit bien collée pour enlever le film de protection. Est-ce que tu as compris ?
— Oui, j’ai compris, mon père. Ne t’inquiète pas pour moi, je peux me débrouiller tout seul, dit Chakib.
— Puisque tu as bien compris la méthode pour la réparer par toi-même, j’en suis content, dit le père. Ramasse maintenant tous ces outils et mets-les dans ta musette à outils. Prends aussi cette clé à molette, tu en auras besoin pour serrer ou desserrer, le cas échéant, les boulons des roues et des pédales.
— Entendu mon père, dit-il ! Je peux disposer maintenant ?
— Non, ce n’est pas encore fini, dit le père. Ecoute, feston ! Si jamais tu as une quelconque panne que tu ne peux pas réparer tout seul, va chez le cycliste qui pourra te faire le nécessaire et dis lui que je passerai le lundi, lors du souk hebdomadaire, pour lui payer le prix de la réparation.
— Je le ferai, mon père ! Mais le cycliste Ahmed refuse parfois de me dépanner, faute d’argent. Il m’exige de lui payer au moins la moitié en me disant que les pièces de rechange coûtent plus chers et qu’il ne peut pas m’en faire crédit.
— Ne te mets pas dans l’embarras, feston ! Je lui reparlerai à ton sujet, dit le père. Il va comprendre la situation. Son beau frère, mon collègue de travail, va intercéder en notre faveur pour lui demander de nous faire crédit. Il acceptera, j’en suis sûr. C’est un homme bien. Il a un bon cœur. Tous les villageois qui réparent leurs motocyclettes ou vélos à son atelier, louent ses services et parlent beaucoup mieux de ses compétences et de ses meilleures qualités humaines.
— Oui, c’est un homme gentil, mais je le trouve un peu triste et mélancolique, dit Chakib. Il n’est plus comme avant.
— Tu ne savais pas pourquoi ? demanda le père en soupirant de regret et désolation.
— Non, je n’en sais rien, répondit Chakib. Qu’est ce qu’il a au juste ?
Le cycliste avait un fils. En sortant de chez lui, une voiture qui roulait à toute vitesse l’a écrasé. Il a succombé à ses graves blessures et a rendu l’âme en l’espace de quelques minutes. Ce fut un petit garçon très mignon, qui n’avait que douze ans. Il comptait beaucoup plus pour ses parents et encore moins son père. Il l’aidait
Je t'invite, cher lecteur, à ne pas abandonner la lecture de la suite des épisodes. Elles ne manquent pas d'intérêt et pourraient vous intéresser en ce qui concerne la vie des autres. L'auteur.