Chapitre 7 : Le matin suspendu

563 Mots
Christian se réveille en premier. La lumière filtrant par le volet dessine des motifs paresseux sur le visage de Liliana. Il la regarde — pas comme un client du bar, pas comme le fils du PDG, juste comme un homme surpris par la beauté tranquille d’un être humain qui dort. Ses boucles, son souffle régulier, ce pli entre les sourcils quand elle rêve : tout lui paraît parfait. Il se surprend à sourire comme un adolescent qui a trouvé un trésor. Liliana ouvre les yeux, se redresse en sursaut, réalise où elle est et panique — pas par embarras, par habitude : l’école, les horaires, la course. Elle se lève à la vitesse d’un petit volcan en activité, enfile vite des vêtements, ramasse son sac. Christian (encore allongé, narquois-doux) : Pourquoi tu as l’air si pressée ? Liliana (en s’habillant, essoufflée) : L’école. Et… merci pour hier soir, c’était… agréable. Vraiment. Elle s’apprête à partir quand il lui tend la main, comme un chevalier qui aurait oublié son épée. Christian (à voix basse) : Au moins… donne-moi ton prénom. Elle sourit, un sourire qui casse la fatigue. Liliana : Lili. Il répète, doucement, comme s’il apprenait un sort. Christian : Lili. Quel joli prénom. Mais déjà elle est partie — légère, leste, et avec une petite démarche de fille qui, pour la première fois depuis longtemps, a dormi mieux que prévu. Sur le chemin, Lili s’arrête à la pharmacie. Deux gestes rapides : la pilule du lendemain, et un cachet pour calmer l’angoisse — parce que la vie lui demande souvent d’être pragmatique. Elle se rappelle le message du bailleur et serre les lèvres. Puis elle rentre chez elle pour se changer avant les cours, sans oser se retourner. Christian prend une douche à l’hôtel, laisse l’eau rincer la nuit et les idées noires. Il appelle Julian. Dix minutes plus tard, Julian débarque avec une chemise propre et sa voiture. Il gare comme un roi, remet la chemise à Christian — geste d’ami, sans commentaires — et file en klaxonnant. Ils arrivent au siège de Cleve Corporation au même moment que Daniel. Comme d’habitude, Daniel se gare sans se prendre la tête… mais aujourd’hui il gare sur la place habituellement réservée à Christian. Surpris, Christian ouvre la bouche — mais Daniel ne fait aucune remarque, il sourit, léger comme s’il avait pris un cours intensif de zen. Christian (intrigué) : Depuis quand tu es si… philosophe ? Daniel (avec ce sourire qui faisait râler sa sœur) : C’est bientôt Noël. Ambiance festive. Pourquoi être grognon quand on peut être confit ? Christian rit, un rire vrai qui change un peu la physionomie du bureau : il est plus détendu, marche plus droit, parle plus facilement. L’atmosphère devient presque… humaine. Les employés échangent des regards étonnés : Christian est charmant et efficace — l’effet “bonne nuit + pizza + Lili”, peut-être. Daniel, qui a encore l’écho de la dispute d’hier avec leur père, s’approche à un moment. Daniel (sincère) : Qu’est-ce qui t’a pris ? Hier, tu étais… ailleurs. Christian (avec un clin d’œil) : J’ai passé une bonne nuit. Et puis, c’est l’esprit de Noël, non ? Faisons des sourires, au moins aujourd’hui. Daniel le dévisage, pas entièrement dupe, mais intrigué. La compétition se tait un instant — comme s’il se demandait si la partie venait de changer de règles.
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