Matilda
L'atmosphère de ma chambre était tellement électrique qu'on aurait pu y visser une ampoule. Fabien était affalé sur mon bureau. Son sourire figé, plaqué sur son visage, m'irritait.
« Je n'ai pas peur de toi, espèce d'abruti.»
« Écoute, la p*****e, arrête de manger des bonbons, sinon la balance va bientôt casser », dit-il d'une voix traînante.
Il ricana, me regardant comme s'il m'avait déjà achetée. Je serrai l'aiguille en argent laissée sur la table après avoir essayé de coudre un bouton sur ma veste en jean.
« Ça ne te regarde pas, s****d! » dis-je en m'approchant. « Tu te prends trop pour qui, Fabien. »
Sans réfléchir, je lui enfonçai l'aiguille d'un coup sec dans l'avant-bras. Fabien poussa un cri strident et recula d'un bond, se tenant la piqûre.
« Tu es complètement folle ?! » Il aboya en me fusillant du regard.
« Écoute-moi bien, toi », dis-je en m’approchant de lui et en plongeant mon regard dans le sien, stupéfait. « Souviens-toi-en une bonne fois pour toutes. Tu ne seras jamais mon frère. Même pas après des parents se marient. Pour moi, tu n’es qu’un malentendu passager, compris ? Sors de ma chambre.»
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais en voyant mon regard, il se tut et sortit en claquant la porte si fort que des morceaux de plâtre se détachèrent des murs.
Le lendemain matin, je tremblais. Assise à la cafétéria de l’université, j’engloutissais machinalement une part de tarte, la troisième d’affilée, je crois. J’étais à cran, le sucre n’arrangeait rien, et j’avais l’impression d’avoir un mauvais pressentiment.
« Hé, Matilda, qu’est-ce qui ne va pas ?» Katya, ma seule amie normale, jeta un coup d’œil inquiet à mon assiette. « On dirait que tu as passé la nuit à combattre des démons. Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Cet idiot de Fabien me gâche la vie. Il m'a vraiment énervée, Katya. J'en ai marre de lui ! » Je m'interrompis, le voyant entrer dans la cafétéria.
Fabien marchait d'un pas assuré, comme s'il était le maître des lieux. La cafétéria était bruyante et bondée d'étudiants, mais lui, sans prêter attention à personne, se dirigea droit vers notre table. S'arrêtant à quelques mètres, il jeta un regard appuyé autour de lui, attirant l'attention des autres.
« Les gars, un instant ! » annonça-t-il à voix haute, affichant ce même sourire qui me donnait la chair de poule. « J'ai une bonne nouvelle. Matilda craint qu'on ne s'entende pas. Après tout, cette charmante jeune grosse sera bientôt ma demi-sœur. »
Un murmure parcourut la cantine. J'ai senti mon visage s'empourprer, de colère ou de honte. Fabien m'a fait un clin d'œil si effronté que j'ai failli lui jeter une assiette à la figure.
« Alors, la sœur ? » ajouta-t-il d'une voix plus basse tandis que la foule commençait à se disperser.
« Es-tu nerveuse ? Et ce n'est que le début. Pour vivre chez moi, tu devras te prostituer. Comment vas-tu payer ton séjour ? »