Révélations: alors toi aussi tu souffres comme moi ?

2233 Mots
Nul ne peut empêcher la nuit de tomber et quand elle nous bénit de ses ténèbres elles se retrouvent agresser, doucement tuer par l'agressivité de la lumière  des lampadaires, les perles lumineuses qui ruissellent tel des filaments par les orifices des fontaines illuminées. Moi, envers la nuit je ne ressens aucune animosité. Tout au contraire, je la comprends, je lui ressemble.  En elle, depuis un si court moment, je vois de la beauté.  Je crois en la nuit et en sa poésie.  Un souffle léger, dénonçant une réflexion profonde m'échappe tandis que je me laisse m'enfoncer un peu plus dans le cuir noir du siège passager. Armin a insisté pour conduire alors j'en profite pour me relaxer un peu.  - A quoi tu penses ? Me demandes-tu alors que mon expression rappelle la mélancolie.  - Rien de spéciale. Je me disais juste que nous vivons dans une belle ville.  Tu me souris, semble réellement émerveillé par ma sensibilité.  Je te donne une tape sur l'épaule, te renvoi ton sourire  avant de me mettre à éclater de rire.  - Arrête de faire ça ! Te dis je un peu embarrassée.  - Mais qu'est ce que j'ai fait ? Je n'ai plus le droit d'apprécier la pureté de ton âme ? Ou bien devais-je répondre en philosophant sur la beauté de la ville nocturne ?    Tu prends un ton dramatique digne de la prestation de Shakespeare la nuit de sa mort.   Je me contente de te répondre en levant les yeux aux ciels.  Laisse volontairement le silence s'installer entre nous, surprise par le fait que tu ne le brises pas, que tu laisses cette atmosphère familière me rappeler le passé, ce qu'il y'a eu entre nous s'installer encore plus profondément. J'entreprends l'initiative d'aborder un sujet, n'importe lequel, du moins  le plus proche de nous en ce moment.  - Tu ne changes pas.     Je ne te le dirais surement jamais, mais je dois avouer que ça me rassure de voir que tu n'as pas changé. C'est égoïste mais ça fait en sorte que je puisse me sentir moins larguée, moins seule, moins éloigné de vous tous que j'ai abandonné il n'y a pas si longtemps que ça. A peine un an, s'est écoulé depuis mon retour parmi vous mais je continue de me sentir en un sens si loin de vous. - Tu voulais que je change ?  Pourquoi ton ton de voix est-il si sérieux ?  - Non... En fait ce n'est pas à moi de décider si tu devrais changer ou non.  - Oui c'est vrai, mais je veux avoir ton avis.  - Armin je n'ai pas d'avis.     Je me tourne vers toi, qui est de profil en train de conduire, m'arme d'un ton sérieux quand je te dis ses mots que tu ne veux surement pas entendre.  - Ne rentrons pas dans ce jeu là.  Tu soupires.  - Je ne joues pas. Malgré la conduite, tu me lance un regard, quand tu me dis ses mots que je ne veux pas entendre. - Je ne joues pas quand il s'agit de toi, Mikaela.  - Maintenant tu arrêtes ! Je refuse de continuer cette discussion.  - Toujours aussi dramatique, tu n'as pas changé toi non plus.  Je voulais sérieusement m'énerver, mais merde ! Je n'arrive jamais à m'énerver contre toi.  - Tu as fini ?  Je ne te cache pas mon exaspération, en enfonçant un peu plus mon cou le long du dossier du siège passager.  - Je suis passé à autre chose tu sais.  - Je n'en doute pas.  Depuis quand est ce que je sais mentir aussi bien quand il s'agit toi ?  - Sérieusement ! Je suis passé à autre chose.  Insistes-tu évidement alerté par la grandeur de mon mensonge. Je me disais aussi que je ne savais pas te mentir.  - Armin ! Je ne sais pas comment le formuler pour que tu le comprennes mais ça ne me regarde absolument pas.  - Comme d'habitude tu fuis toute conversation. J'aimerais lui dire qu'il ment.  - Oui Armin je fuis, tu peux respecter le fait que je ne veux pas en parler ?  - Je pourrais mais je n'en vois pas l'intérêt.  Là je sens que je risque vriller vers le mauvais côté de la force. - Bien ! Parlons ! Parlons du fait que ça fait trois ans que je suis partie et que depuis cet instant tu n'as jamais pu te remettre en couple. Parlons du fait que se soit la première fois que l'on soit seul aussi longtemps toi et moi, sans que Alex ou Kathie nous interrompent, et si ils le font systématiquement il y'a bien une raison tu ne penses pas ? Et surtout parlons du fait que ton comportement me semble vraiment déplacé.  Nous arrivons juste en face du Parking de mon immeuble. Je te lance un regard pour savoir si tu auras le courage de garer cette voiture.  Tu n'en fais rien, laisse le moteur ronronner, au beau milieu de la route.  - Tu es sérieux ? Te demandais-je sur le point d'exploser !  - Ce n'était pas si compliqué de dire ce que tu penses. Tu passes ton temps à tout prendre sur toi, tu te laisses tout le temps bouffer par tes angoisses et ça me rendait fou de ne pas pouvoir t'aider !  - Armin ... Je ...  - Non !  Ne dit rien.        Remplit de frustration, tu laisses échapper une larme, une minuscule, insignifiante presque invisible, larme transparente atteint le bord de ta rétine.  Je te l'enlève du bout de mon pouce, terrifiée à l'idée de te voir pleurer.  Je déteste quand mes peurs se réalisent. Je déteste avoir raison, je déteste savoir que toute cette peine que tu ressens c'est moi qui te l'ai infligé. J'ai été égoïste, et je t'ai fait souffrir. Et le pire de tous, c'est bien le fait que tu continues de souffrir, tu souffres en silence, tu souffres de ton incapacité à pouvoir m'aider, mais il faut que tu saches, Armin il faut que je te le dise, tu as besoin de l'entendre :  - Ce n'est pas de ta faute.  Je caresse ta main essaie de te réconforter à ma manière.  - Ce n'est pas de ta faute, tu as tout fait pour moi, tu as été la plus belle relation quelque qu'elle soit que je n'ai jamais eu. En ce qui concerne ma vie amoureuse, si tu te demandes pourquoi je ne voulais pas d'une relation stable, c'est juste parce que je ne voulais pas que tu aies à supporter une fille par pitié le restant de tes jours.  - Je ne ressentais pas de la pitié. Je t'aimais ... Je t'aimais tellement. Tes yeux se lèvent vers moi, tu me laisses lire en toi, toute cette fragilité que tu caches derrière toutes ses nuits interminables de travail, que tu t'imposes pour ne plus avoir à dormir tout seul dans un lit . Toutes ses séances beaucoup trop brutales de musculation qui te permettent d'oublier tes souvenirs le temps d'un instant, toutes ses relations qui n'ont pas duré plus d'une nuit, tous ses rendez-vous de minuit qui te permettaient d'oublier ta solitude, le temps d'une seule et unique nuit. Toi aussi Armin, tu souffres des même blessures que moi, les plus difficiles à soigner, voir impossible; Celle du cœur.  - Tu méritais mieux, tu méritais mieux que moi, et tu continues de mériter mieux que moi.    Tes paumes de main saillantes, masculines, s'emparent de mes joues. J'aimerais avoir la force de te repousser, mais je me sens si coupable que je suis dans l'incapacité de ne pas te laisser m'embrasser. Je haïs te voir si désespéré, tu agis comme si il t'était impossible de croire encore au bonheur. Tu me brises le cœur, mais le plus drôle c'est bien le fait que je ne pensais plus en posséder un.  C'est peut être pour ça qu'il m'est impossible de te donner ce que tu attends de moi. Tout te donner à cet instant précis, de laisser avoir accès à mon corps, reviendrait à t'empoissonner encore un peu plus, se serait une catastrophe.  Armin ne vois tu pas à quel point je ne suis pas faite pour toi ?  Je t'empoisonne, lentement et surement. Tu te noies dans l'agonie de ta souffrance, la voile dans des plaisirs malsains. Tu n'as jamais été comme ça. Je suis la seule responsable de ce que tu es devenu.  Et ça Armin ... ça me détruit à un point où j'ai l'impression que toutes les cellules qui forment les tissus qui composent les muscles de mon cœur se ramifient à une vitesse exponentielle avant de se retrouver leur forme initiale toujours à la même vitesse mais que cette fois de manière difforme et incontrôlée, elles ne s'arrêtent pas de grossir encore et encore tel un monstre en pleine transformation.  Et d'ailleurs comme tout être qui ne sait se mesurer et qui vit dans l'excès, elles, ses cellules qui forment les tissus de mon muscle cardiaque, implosèrent en mille morceaux tué à cause de leur insatiabilité, et ne laissent derrière elles que des lamelles de chair sans vie, bonne à jeter.   Mais même si je n'ai plus rien à donner, même si mon cœur vient littéralement d'exploser, qu'il ne reste qu'à cet emplacement un énorme vide béant. Armin même si ma vie est vide de sens, et que de ce fait je me sens si illégitime de vivre une vie sans souffrance. Je t'interdis de faire comme moi. Je t'interdis de tout foutre en l'air. Doucement, je me détache de toi, de ton emprise; te regarde droit dans les yeux quand je te dis ses mots que tu as besoin d'entendre :  -  Tu n'as pas le droit d'être malheureux, ou du moins pas à cause de moi, tu as encore tant de belles choses à vivre, à faire. Tu es un homme si plein de vie, je n'ai pas le droit de te retirer cette joie de vivre, tout comme tu n'as pas le droit de renoncer à qui tu es si je ne suis pas avec toi. Tu es plus fort que ça, plus intelligent que ça, alors arrête.  - Mais tu ne m'enlèves rien, au contraire je ne sais pas, j'ai juste l'impression que tu es mon âme sœur.  Je soupire.  - Non c'est faux, regarde toi, je ne t'apporte rien de bon, absolument rien. Je ne suis pas faite pour toi ! Et il est temps que tu l'admettes, Je ne rêve pas de vivre dans un chalet à la montagne avec trois gosses et un Labrador,  je n'étais pas prête pour ça, et encore moins avec toi, je t'aurais détruit, on se serait détester parce que je suis insupportable.  - Pas à mes yeux. Le problème c'était moi, je n'ai pas su te comprendre, je n'ai pas su t'écouter, quels mots te dire.     Je ne te laisse continuer ton pitoyable monologue.  - Armin pitié arrête ! Tu as été parfait, tu es parfait, tu prends carrément le temps de m'aider avec mes idées merdiques, alors qu'il est évidant que je n'ai pas les épaules pour arriver à gérer ma vie ! Mais merde ! Tu n'as pas le droit de dire ça, tu es un mec incroyable, s'il te plaît donne toi l'autorisation d'être heureux.  Je me bats contre moi même pour ne pas me mettre à pleurer. Je ne peux pas le faire, c'est lui que je dois aider, et non moi qui doit me retrouver consoler.  - Mikaela ... Me murmures-tu à court d'arguments.    Je dépose le dos de mon index sur tes lèvres, te fait signe de te taire.  - Arrêtons les frais, c'est vrai qu'on en a jamais discuter, mais soyons amis juste amis.  - Tu m'en demandes beaucoup.  - Je sais, je suis désolée.  Ton regard ne décroche pas du mien. Je peine à respirer, mais en même temps je n'ai pas peur, je ne ressens aucune ambiguïté entre nous, aucune attraction du moins en ce qui me concerne je me sens tellement à l'aise à côté de toi. Je veux tout sauf gâcher ça, ce que l'on partage toi et moi.  - Et toi essaie d'être heureuse.  Je te souris, te réponds sur le même ton que toi il y'a à peine quelques secondes.  - Tu m'en demandes beaucoup Armin.     C'est dans la tranquillité du moment, que nous nous prenons dans les bras, malgré le frein à main qui nous sépare, tu me serres fort dans tes bras. Ton corps est si chaud, ton étreinte est remplie d'amour... La mienne se cantonne à de l'amitié.  Lentement, je te relâche. Au moment où nous sommes face à face, ta main glisse sur le bas de ma nuque, ton dos s'abaisse, tes lèvres se rapprochent des miennes. Un b****r d'adieux tu en aimerais tellement un. Je pense que je te dois bien ça, alors je ferme les yeux.  Mais il faut croire que mon corps se rebelle contre mon cerveau quand à la dernière minute, je fais basculer mon cou vers le côté et tes lèvres se posent sur ma joue à la place des miennes.  Et c'est à cet instant précis, à cet instant même où il m'était impossible de pouvoir te donner ce que tu voulais, sans ressentir un élan de culpabilité, et de dégoût que je me suis rendue compte du fait que je suis amoureuse d'Adrian.                
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