Pour l’avoir observée plus d’une fois tous les jours aux alentours de midi, elle s’adonne à ce qu’elle appelle son quart d’heure de plaisir. Après avoir allumé sa pipe, elle en tire trois longues bouffées. Vigoureusement, voluptueusement. Elle regarde disparaître les volutes de fumée. L’une après l’autre. Puis, tandis qu’elle repose la pipe sur le sol, un sourire d’intense plénitude illumine son visage. Tout son être alors se fige pour sombrer dans un état de prostration. D’exquise prostration. Ces instants, ma mère les répète. Silencieusement, sentencieusement, insensible à toute présence humaine. C’est cela son quotidien, tel un rituel immuable. En chérissant le diyamba – le chanvre –, ma mère pense-t-elle à sa vie passée ? Aux hommes qu’elle a aimés, haïs, sans doute parfois même trahi


