Chapitre 1 : Retour à la case départ
Je m'appelle Rose, je suis orpheline depuis mes quatre ans. J'ai actuellement 16 ans et je ne sais pas ce que c'est d'être dans une famille qui nous aime vraiment, je ne sais pas ce que c'est que s'endormir sur ses deux oreilles. Quand je suis dans une famille, il ne se passe pas un soir où je me dis que c'est peut-être la dernière nuit dans ce lit.
J'ai arrêté de vouloir m'attacher au gens qui m'accueille, car j'ai déjà trop donné en larmes, mon cœur à appris à s'endurcir ou du moins à rester fermé.
Mes parents ne me manquent pas, je ne me rappelle pas vraiment d'eux. Certaines personnes pensent à tort qu'en parler me rend triste. Mais comment être triste de quelque chose dont on ne se souvient pas ?
Pour faire court, je ne suis jamais resté très longtemps dans une famille pour la considérer comme ma famille et comprends ce que c'est que d'avoir un véritable chez soi.
Je n'irai pas jusqu'à dire que je déteste ma vie, mais je ne peux pas dire que je l'aime non plus.
Dernièrement, je suis de retour à l'orphelinat. Les raisons sont toujours les mêmes, on ne pensait pas qu'on réussirait à avoir un bébé, tu n'es pas exactement comme on espérait, on a plus les moyens de te garder, ... Et j'en passe. Le dernier couple qui me gardait à décider de divorcer et je faisais partie du divorce semble-t-il. Donc retour à la case départ.
Je n'en veux à personne, je suis déçue oui, mais je ne leur en veux pas. J'ai moi-même compris que je n'étais pas l'enfant idéale, je suis réservée, j'ai un manque de confiance en moi et ce que j'aime n'ai pas du goût des parents qui rêve d'avoir une fille. J'aime les jeux vidéo et j'ai un goût pour réparer des objets. Alors qu'ils rêvent tous d'une princesse qui veut de belles robes.
Je ne souhaite pas changer, ni m'adapter, car je sais que faire des efforts ne portes pas les fruits non plus. J'ai essayé maintes et maintes fois de m'adapter, être la fille qu'ils désiraient. Je ne suis que plus triste quand on m'annonce, qu'ils ne me gardent pas.
Actuellement, j'attends dans le couloir que le directeur me demande d'entrer. Il va sans doute me faire la morale comme souvent, même s'il sait bien que je n'y suis pour rien dans le divorce. Je vais devoir me faire à l'idée de vivre mes dernières années à l'orphelinat avant ma majorité. Et en soit ça me va, c'est ici que j'ai passé le plus de mon temps et en y repensant, c'est sans doute ici ma seule maison.
La porte s'ouvre et le directeur me fait signe d'entrer. Son bureau n'est pas très grand, mais il y a des bibliothèques à chaque mur rempli de livre. On s'installe, lui a son bureau et moi en face de lui.
"Rose, sais tu pourquoi je t'ai fait demander ce matin ?" Il croise ses jambes et ses mains se posent sur son bureau. Il est un légèrement plus corpulent que la moyenne et son visage rond lui donne l'air gentil. Son regard est toujours doux également, je sais qu'il n'est pas méchant. Parfois, il punit, mais vraiment quand c'est une très grosse faute.
"Oui, je pense que c'est pour le divorce de mes anciens adoptants. Je n'y suis pour rien Monsieur Grant." Il a toujours été gentil avec moi et je sais bien que s'il me sermonne c'est aussi pour mon bien.
"Je sais bien que cela n'est pas de ton fait. Je ne te reproche rien." Il reste silencieux un instant "Je vais aller droit au but, tu sais qu'à 16 ans moins de parents seront intéressés pour t'adopter. Et pour une raison qui m'est inconnue, ma femme est moi avons décidé de te proposer de venir chez nous pour le temps qu'il te reste avant ta majorité. Si cela te convient ?"
Je suis choquée,... S'il y a bien une chose à laquelle je ne m'attendais pas, c'est bien celle-ci. Je connais bien madame Grants, elle est gentille. Elle passe parfois à l'orphelinat, mais elle s'occupe plus des associations. C'est d'ailleurs grâce à elle que j'ai pu aider parfois l'association qui représente les orphelinats.
Voyant que je reste muette, monsieur Grants ajoute "Pour tout te dire, ma femme a toujours eu un faible pour toi. Mais il s'avère que nous avons beaucoup de travail et peu de temps à te consacrer. Alors, à jamais voulu te faire cette proposition. Cependant, à chaque départ dans une nouvelle famille, Constance est triste également quand tu reviens, elle est contente et triste à la fois. Je ne lui ai encore rien dit et c'est son anniversaire bientôt. Ne te méprends pas sur mes intentions, je t'apprécie beaucoup et je ne prends pas cette adoption à la légère. Je tiens aussi à te dire que je suis d'abord sur un placement et si tu t'intègres bien. Je pense que l'adoption pourrait vraiment se faire."
Moi... Chez le directeur... "Euh... Je... D'accord monsieur le directeur." Que dire d'autres, je l'apprécie beaucoup. J'espère juste ne pas redescendre de ce petit nuage sur lequel je viens de monter.
"Très bien alors, tu rentres avec moi ce soir. Je sais que tu as des appréhensions, tu penses que cela se passe comme chaque adoption, mais mon choix est mûrement réfléchi. Depuis 12 ans avec ma femme, on en parle. Nous sommes âgés et nous n'avons jamais réussi à avoir un deuxième enfant. Notre fils Kurtis à 20 ans, il est adulte désormais et il fait sa vie bien qu'on habite toujours ensemble. C'est probablement notre seul point noir, il n'est pas au courant de rien. Ni Constance bien sûr, mais elle en sera ravie à coup sûr."
Kurtis, oui, ils m'ont déjà parlé de leur fils. Mais je ne me rappelle pas l'avoir déjà croisé.
Je me lève pour aller préparer mes affaires, le directeur me connaît et il sait que je parle très peu, mais avant de sortir, je décide de le rassurer "Ne vous en faites pas, si ça ne marche pas, je reviendrai à l'orphelinat et je m'y sens vraiment bien ici, c'est comme ma maison. À ce soir monsieur." Et je quitte son bureau, avec le souvenir de tristesse dans le regard de monsieur Grant.