***VOIX EXTERNE***
Fifi avait couru derrière sa petite sœur, mais elle n'avait pas réussi à la rattraper. Elle revint quelques minutes plus tard, essoufflée et furieuse contre sa mère.
—Pourquoi tu as fait ça, maman ? Tu sais bien qu'Amina va encore fuguer. Elle va fuguer, maman ! S'écria-t-elle, le cœur battant à tout rompre.
Elle était si nerveuse et inquiète qu'elle ne sentit pas les larmes qui coulaient sur ses joues.
En effet, il y avait quelques années de cela, la jeune Amina avait disparu du domicile familial sans laisser de traces.
Elle était restée introuvable pendant près d'un an, plongeant sa famille dans l'angoisse et le désespoir. Cet événement traumatisant avait laissé une cicatrice profonde dans le cœur de tous, qui ne comprenaient toujours pas ce qui avait poussé Amina à agir ainsi.
Soudain, un bruit sourd retentit, la faisant sursauter. Elle se retourna vivement et vit sa mère étendue sur le sol, inanimée.
—'Yaye !' « Maman ! » Hurla-t-elle en se précipitant vers elle.
Elle la secoua doucement, mais sa mère ne réagit pas. Son visage était pâle et ses yeux fermés. Fifi sentit la panique l'envahir. Elle ne pouvait pas perdre sa mère, pas après avoir perdu sa sœur.
Elle se releva d'un bond et courut dans sa chambre. Elle débrancha son téléphone et composa le numéro de son frère. Il fallait qu'il vienne vite, il fallait qu'il les aide.
***SOULEYMANE DIOP***
Je ne reconnaissais plus ma femme !
Sophia était devenue très étrange ces derniers temps. Elle se comportait comme une parfaite étrangère envers moi, m'évitant au maximum. Elle ne me parlait presque plus, et quand elle le faisait, c'était pour me dire des banalités.
Dans notre propre maison, on aurait dit deux simples colocataires qui venaient à peine de se rencontrer. Il n'y avait plus aucune complicité, plus de tendresse, plus de passion entre nous.
Et le plus étrange dans toute cette histoire, c'était la disparition soudaine d'Assy.
Depuis la dernière fois que je l'avais vue, elle était injoignable. J'avais bien sûr demandé des explications à Sophia, mais elle m'avait simplement dit qu'Assy avait démissionné et était retournée dans son village natal de Khombol.
Pourquoi ?
Elle n'en savait rien, affirmait-elle.
Je trouvais cela trop suspect. Comment se faisait-il qu'elle soit partie sans même m'en informer, moi qui la payais ? Certes, ce n'était pas moi qui l'avais embauchée, mais j'estimais avoir le droit de savoir.
Quoi qu'il en soit, cela m'importait peu. Assy ne me servait que de temps à autre pour assouvir quelques fois mes besoins.
D'ailleurs, je m'étais depuis trouvé une nouvelle conquête, Keisha Niang. Le b****r que je lui avais donné l'autre fois n'était qu'une stratégie pour voir si cette fille hautaine et pourrie gâtée pourrait me résister.
Malheureusement pour elle, ce n'était pas le cas. Ses yeux trahissaient parfaitement le désir qu'elle éprouvait pour moi, ce qui me donnait un ascendant parfait pour l'utiliser à ma guise.
Désormais, j'allais me servir de cette faiblesse pour obtenir ce que je veux d'elle, quitte à la rendre folle de moi, à l'utiliser puis à la jeter comme une vulgaire ordure. Mais tout cela, c'était pour plus tard.
Pour le moment, mes priorités étaient ailleurs. Mon père ne cessait de me harceler d'appels pour savoir où j'en étais avec la mission qu'il m'avait confiée, une mission à laquelle je n'avais encore rien commencé.....
*FLASHBACK*
Après avoir raccroché avec celui qui me sert de père, j'ai rapidement expliqué à Karim que je devais m'absenter pour régler une urgence.
Son regard interrogateur n'a pas suffi à me retenir, j'avais hâte de quitter les lieux. Je suis sorti et monté dans ma voiture, direction la villa de mon père.
Quelques minutes plus tard, j'arrivai devant l'immense demeure familiale. Je saluai le gardien, assis sur sa chaise habituelle, puis pénétrai à l'intérieur. Mon père m'attendait dans le grand salon, un sourire narquois aux lèvres.
—Dis donc fiston, tu n'as pas traîné à ce que je vois ! Me lança-t-il d'un ton moqueur.
—Ne crois surtout pas que j'ai eu peur de toi. Il n'y avait tout simplement pas de bouchons, lui répondis-je sèchement en prenant place sur le canapé face à lui.
—Qu'est-ce que tu me veux ? L'interrogeai-je, agacé.
—Pas la peine de faire le dur avec moi, tu me connais très bien. Répliqua-t-il d'un ton paternaliste.
—Ouais, c'est ça...fis-je d'un ton ironique.
Jamais personne ne m'avait autant exaspéré que cet homme. Je le détestais, sans même savoir pourquoi. Tout en lui m'énervait au plus haut point et à chaque fois, je me disais que si l'on choisissait ses parents, Mayacine Diop ne ferait certainement pas partie de ma liste, même en tant que valet.
Il reprit quelques instants plus tard.
—Mieux vaut qu'on entre dans le vif du sujet avant que je ne m'énerve. Je t'ai fait venir pour que tu me dises exactement, ligne par ligne, sans omettre aucun détail, comment tu as fait pour retrouver les documents. Je n'arrive pas à gober les explications que tu m'avais servies la dernière fois. Déclara-t-il, d'un ton ferme.
—Pourtant, c'est la vérité. Je les ai trouvés cachés sous le siège arrière de ma voiture, répondis-je.
—Comment ça ? Tu veux dire que les documents se sont magiquement installés là-bas ? Arrête de te foutre de ma gueule, petit macaque. Je veux connaître les détails, les dé-tails ! S'énerva-t-il.
Retenez-moi, je vous prie !
Je fermai les yeux, tentant de contenir au mieux cette colère viscérale qui m'envahissait. J'avais servi cette explication bancale la dernière fois pour ne pas avoir à subir un tel interrogatoire, mais aussi pour protéger cette g***e.
Pas par intérêt personnel, mais connaissant cet homme, il n'hésiterait pas à la faire éliminer sans aucune pitié.
Ôter la vie d'un être vivant n'a pourtant jamais fait partie de mes plans. Mais face à son insistance, je n'avais d'autre choix que de lui dire la vérité.
—D'accord. Écoute bien alors. C'était le soir où nous avions signé ce contrat. J'étais parti me détendre dans une boîte de nuit et j'y ai vu une fille. Oh, une fille avec un corps magnifique et bien taillé. Sa robe mettait ses fesses en valeur et on pouvait voir ses seins à travers son décolleté, savamment dosé pour être bouleversant sans être trop osé. Elle ondulait sensuellement des hanches...
—Épargne-moi ces détails. Entre dans le vif du sujet, me coupa-t-il.
—Mais tu veux les détails, non ? Donc écoute.
—Abrège.
Je souris en secouant la tête.
—Comme tu veux. Après, on a parlé, je l'ai repoussée. Frustrée, elle m'a drogué et hop, dans ma voiture pour faire nos galipettes. Quelle délicieuse créature, soit dit en passant ! Quand je me suis réveillé, j'ai trouvé les documents là-bas. Satisfait ?
—Hum.
Il resta impassible, insondable. Voyant son mutisme s'éterniser, je me levai pour partir, mais c'était sans compter sur lui qui m'arrêta dans mon élan.
—Où vas-tu ? Je n'ai pas encore terminé avec toi.
—Moi si. J'ai des choses bien plus importantes à faire que de rester ici à te regarder. D'autant plus que ton visage n'est pas si beau à voir.
Il se leva et vint se planter devant moi.
—J'ai une mission à te confier.
—Je n'ai pas le temps pour ça. Confie-la à un de tes toutous.
—C'est toi, Souleymane Diop, qui va faire cette mission. Toi et toi seul, déclara-t-il en pointant son doigt sur ma poitrine, insistant.
—Sinon quoi ?
—Rien. Je ne vais pas te menacer, mais tu vas le faire, un point c'est tout.
Une bataille de regards s'imposa entre nous. Je fulminais.
—Qu'est-ce que tu veux ? Lançai-je, agacé.
—J'aime bien quand tu es respectueux. Ouvre bien tes oreilles et écoute-moi attentivement...
*FIN DU FLASHBACK*
Pour la première fois, la mission qu'il m'a confiée s'avérait être corsée. Mais je n'avais pas le choix que de l'accepter. Étant le fautif de la disparition de ces documents, je me devais de m'en acquitter si je voulais être en paix.
***COURA SARR***
C'était un jeudi après-midi ensoleillé, jour de congé férié. J'avais convié mon bon ami Mayacine à venir me rendre visite, car j'avais un projet bien précis en tête : le rapprocher davantage de ma fille Yama.
Oui oui, je n'avais jamais renoncé à mon idée de les voir un jour mariés. J'étais persuadée que Mayacine ferait un excellent époux pour ma fille, qui avait tant souffert avec son ex-mari.
En parlant de celle-ci, elle avait décidé de tourner définitivement la page et de reprendre sa vie en main. Cela me remplissait de joie.
Que pouvais-je demander de plus ?
Je n'avais jamais aimé l'ex-mari de Yama. Dès le début de leur relation, il m'avait paru louche et hypocrite. Sa façon de parler, d'agir, tout semblait faux chez lui.
Et puis, un beau jour, il était parti sans donner le moindre signe de vie. Je m'étais doutée que tout cela était trop beau pour être vrai. C'est pourquoi j'avais toujours voulu séparer ce couple.
Mais finalement, je regrettais d'avoir gaspillé tant d'efforts pour briser leur union. Si j'avais su que Bireume allait m'épargner cette peine en épousant une femme blanche, je n'aurais pas fait tant de manœuvres.
Lorsque Mayacine arriva, je l'accueillis chaleureusement dans mon salon.
—Mayacine, comment vas-tu ? Lui demandai-je.
—Ah ma très chère, je vais bien. Et toi, comment vas-tu ? Me répondit-il.
—Ça peut aller aussi. Et les affaires, ça marche ? Poursuivis-je.
—Oui oui, on se débrouille pas mal, m'assura-t-il.
Nous continuâmes à discuter de nos vies et de nos projets respectifs. Il en profita pour me réaffirma une fois de plus son désir ardent d'épouser Yama.
Je lui promis que cela se ferait bientôt, dès que le divorce de Yama serait prononcé. J'attendais avec impatience de pouvoir commencer les préparatifs de la cérémonie.
'Dama sakh nameu xéw' « J'ai même hâte de réorganiser une cérémonie dans ma maison ! M'exclamai-je.
Quelques minutes plus tard, Aïsha vint étaler la nappe et poser les couverts et les serviettes. Puis Yama entra dans la pièce, tenant fièrement un bol de riz aux poulets bien garni.
Je lui adressai un sourire rayonnant et jetai un regard complice à Mayacine, qui ne quittait pas ma fille des yeux.
—'Aythieu leine niou agn' « Venez manger »nous invita Yama.
Nous nous levâmes aussitôt pour nous installer à table.
***YAMA KHADY MAR DIAGNE***
Ah, ma mère !
Quelle comédienne exceptionnelle elle faisait !
Tout au long de ce déjeuner familial, je n'ai cessé de l'observer du coin de l'œil, partagée entre une profonde exaspération et un amusement teinté de lassitude.
Je n'étais pas dupe un seul instant de ses manigances. Je savais pertinemment ce qu'elle cherchait à faire : me caser avec son vieil ami, alors qu'elle connaissait mieux que quiconque les sentiments encore vifs que j'éprouvais pour Bireume, ce s****d qui m'a lâchement trahie.
Depuis notre rupture déchirante, il n'a eu de cesse de me bombarder de messages et d'appels, tantôt pour s'excuser platement, tantôt pour tenter de se justifier longuement.
Mais à part les lire, sans même daigner y répondre, je reste de marbre. Je suis bien trop déçue et profondément en colère contre lui pour lui accorder la moindre attention.
La confiance inébranlable que j'avais autrefois placée en lui s'est envolée comme un souffle de vent. Maintenant, ma mère, dans une vaine tentative de me consoler, cherche à me forcer à épouser ce vieux barbon. Lol, quelle piètre et risible manœuvre !
Après le délicieux déjeuner préparé par ma sœur et moi-même,Aïsha a servi le dessert, les fruits frais et le thé parfumé.
La conversation allait bon train entre ma mère et son ami, mais je n'y participais pas, assise dans mon coin, mon téléphone à la main, écoutant distraitement leurs échanges.
Le vieux n'a pas directement parlé de moi, mais il n'a pas cessé de me lancer des regards insistants, empreints d'un désir que je jugeais fort déplacé.
—'Xamna damay nieuw daw rék' « Je crois qu'il est temps que je rentre, déclara-t-il finalement.
—Il était temps, oui, murmurai-je avec agacement.
Ma sœur Aïsha m'adressa un regard entendu et esquissa un discret sourire. Je crois qu'elle m'avait entendue.
—D'accord. Yama va le raccompagner, me dit ma mère en me gratifiant d'un sourire enjôleur.
J'ouvris la bouche pour protester, mais devant son regard insistant, je me ravisai. Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Je bouillonnais littéralement de colère face à ce comportement qui commençait sérieusement à me gonfler.
Certes, c'est ma mère, mais il y a des limites à ne pas franchir. Le pire, c'est que cet homme souriait comme si la situation lui plaisait grandement.
À contrecœur, je me levai et chaussai rapidement mes sandales avant de le suivre jusqu'à l'extérieur. Une fois dehors, il s'adressa à moi avec un large sourire.
—Yama tay mom dama contane si yaw masha'Allah. Sa togu bi néxx na trop' « Aujourd'hui je suis très contente pour toi Yama. Ton plat était vraiment délicieux », me dit-il d'un ton mielleux.
—Merci beaucoup tonton. 'Na réss ak diam rék' « Ce fut un grand plaisir que je l'ai fait », lui répondis-je en insistant bien sur le mot "tonton" pour lui montrer indirectement qu'il pouvait être mon père et que je n'étais nullement intéressée par cette relation que ma mère voulait me forcer à avoir.
Malheureusement, la réaction que j'espérais obtenir de sa part ne vint pas. Il se contenta d'élargir davantage son sourire, visiblement ravi de la situation.
—En tout cas, je ne pense pas que je mangerais un plat comme celui-ci. À moins que... tu ne deviennes ma femme, lança-t-il d'un ton provocateur.
Je fis un petit sourire forcé et secouai lentement la tête. Au fond de moi, je savais bien qu'il allait sortir ce genre de propos tôt ou tard. Je n'attendais que le moment opportun pour lui faire part de mes véritables sentiments.
Pendant que j'étais perdue dans mes pensées, il ouvrit sa voiture et en sortit une enveloppe de sa boîte à gants.
—Ça, c'est pour te remercier de m'avoir permis de remplir mon petit ventre, déclara-t-il d'un air satisfait.
Du bout des doigts, je pris l'enveloppe et y jetai un bref coup d'œil. Je ne comptai pas l'argent, mais je savais que c'était une grosse somme.
—Merci beaucoup, c'est vraiment gentil de votre part, mais désolée, je ne peux pas l'accepter, répondis-je fermement.
—Mais pourquoi ? C'est pour toi, insista-t-il, semblant surpris de mon refus.
Agacée de devoir faire semblant plus longtemps, je décidai finalement de ne plus tourner autour du pot.
—'Yaw nak yakar nani wakh ak yaw diot na' « Bon, je crois qu'il est temps d'avoir une conversation sérieuse avec vous », dis-je calmement mais fermement. Vous voyez, ma mère m'a fait part de vos prétendues intentions de mariage, mais laissez-moi vous dire les choses clairement dès maintenant : je n'ai absolument pas l'intention de lier ma vie à la vôtre. Si c'est parce que vous avez entendu que je suis en instance de divorce que vous venez jouer les prétendants, sachez que vous perdez simplement votre temps. Je n'ai même pas le loisir de fréquenter un homme de votre âge. Et pour être tout à fait honnête, ma situation financière ne nécessite pas que vous m'offriez quoi que ce soit non plus. Ma mère seule pourrait peut-être s'offrir vos attentions, mais certainement pas moi. Sur ce, je vous souhaite une bonne journée.
Sans aucune autre forme de politesse, je balançai l'enveloppe dans sa voiture avant de lui tourner le dos pour rentrer dans la maison.
Mais avant que je ne pénètre à l'intérieur, il me lança ces derniers mots :
—Tu seras à moi, jeune fille. Je te promets que tu vas être celle qui passera tes nuits derrière moi. 'Mane xalei momay deikou mais magg momay dane' « Tu verras qu'avec Mayacine, rien n'est impossible. Tu verras. »
Je lâchai un long soupir exaspéré avant de claquer violemment la porte derrière moi.
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À suivre...