***VOIX EXTERNE***
Les jours s'écoulaient inexorablement depuis la disparition mystérieuse d'Amina. Ni sa famille ni les forces de l'ordre n'avaient réussi à trouver la moindre piste ou indice quant à son sort. L'inquiétude grandissait de jour en jour.
Depuis son plus jeune âge, Amina avait toujours mené une vie plutôt recluse, n'ayant que très peu de liens sociaux.
Ce manque de réseau rendait les recherches encore plus ardues, personne ne semblant en mesure de fournir la moindre information susceptible de faire avancer l'enquête.
La situation devenait de plus en plus préoccupante pour Ndeye Lisoune. Celle-ci, envahie par l'angoisse, en était même venue à refuser toute alimentation et toute activité, au grand désarroi de ses autres enfants, notamment de la jeune Fifi.
Malgré les nombreuses tentatives de leurs proches pour la raisonner, rien ne semblait pouvoir la sortir de cet état de prostration.
De son côté, Bireume, avait fait appel à deux personnes pour épauler les recherches. Il mettait un point d'honneur à tout mettre en œuvre pour retrouver sa sœur, quitte à en négliger quelque peu son épouse Noémie.
Aujourd'hui encore, il passait la majeure partie de ses journées aux côtés de sa mère, dans l'espoir d'obtenir la moindre piste.
Alors que Fifi s'était endormie dans sa chambre, Bireume était assis sur un matelas déployé dans la cour de la maison, veillant sur sa mère.
Un calme apparent régnait sur les lieux, jusqu'à ce qu'il soit soudainement brisé par la voix rauque d'un jeune homme.
—Assalamou Anleykoum, dit-il.
—Wahanleykoum Salam. Répondit spontanément Bireume et Lisoune quelque peu surprise par cette visite inattendue.
La mère de famille scruta l'homme de haut en bas avec une mine inquisitrice, méfiant face à son accoutrement suspicieux. Sa peau d'un noir d'ébène et son visage inquiétant donnèrent la chair de poule à la jeune femme. Voyant que l'homme commençait à être agacé par leur regard, il reprit la parole.
—J'ai besoin de parler avec Mina. Est-elle là ? Questionna-t-il, visiblement pressé.
—Amina ? S'exclama Lisoune en se levant illico presto de son matelas. 'Da ngua xam foumou nék ?' « Savez-vous où est-ce qu'elle se trouve ? »
-'Yaye dalal ! Boul gagn sa bopp' « Maman calme-toi ! N'aggrave pas ton état de santé » intervient Bireume d'un ton apaisant.
—Mère, je ne sais pas de quoi vous parlez mais j'ai besoin de voir Amina toute suite. Dit le jeune homme.
—Ma sœur n'est pas là ! Qu'est-ce que tu lui veux ?
—'Sa way bou féké Amina mi ngui si biir démal ngua waxx ko mou guéneu nieuw wakh ak mane. Beugouma fi indi beine thiow' « Frère, si Amina est à l'intérieur, mieux vaut que tu ailles lui dire de sortir parler avec moi. Je ne veux aucunement faire un boucan ici ».
—Yaw tu fais exprès d'être sourd ou tu me prends pour ton menteur ? Amina n'est pas là. Si tu as quelque chose à lui dire, vas-y et je lui transmettrai ton message. Répliqua Bireume, agacé
—D'accord. Si elle revient, dis-lui que Ousmane est passé pour récupérer son argent. Et elle ferait mieux de m'appeler si elle ne veut pas finir en prison.
Les mots lâchés, il tourna les talons et s'en alla aussi vite qu'il était venu. Bireume et Lisoune échangèrent un regard perplexe, l'incompréhension se lisant sur leur visage. Le cœur de Lisoune faillit sortir de sa poitrine à l'évocation de la prison
—Ay Bireume dans quoi Amina s'est fourrée ? S'inquiéta-t-elle.
—Je ne sais pas Maman. Je ne sais pas. Fit-il plus troublé que jamais.
***NOÉMIE LAPORTE***
Oh là là !
Dans quelle famille suis-je donc tombée ?!
Alors que je m'étais imaginée un séjour serein et paisible au Sénégal aux côtés de mon mari Bireume, la réalité s'avère bien différente.
À quoi ai-je donc pu penser en décidant de l'accompagner dans son retour sur sa terre natale ?
Assise devant le miroir de la chambre d'hôtel, je ne cesse de me poser ces questions, complètement déboussolée face à la situation dans laquelle je me trouve.
Je n'aurais jamais cru que quitter Paris pour venir découvrir ce pays si "beau et sympathique", comme on me l'avait tant vanté, se solderait par un tel désastre.
Pourtant, tout avait semblé si simple et idyllique lorsque Bireume m'avait proposé de l'accompagner. J'étais emballée à l'idée de découvrir ses racines et de rencontrer sa famille.
Mais dès notre arrivée, j'ai vite déchanté. La famille de Bireume a pris toute la place, me reléguant au second plan. Ses journées sont désormais passées dans leur maison familiale, me laissant seule la plupart du temps.
Au début, je faisais preuve de compréhension, espérant que la situation s'améliorerait. Mais les jours passent et se ressemblent tous.
Maintenant, il est presque impossible de voir mon mari de la journée. Il part très tôt le matin et ne rentre que tard le soir, juste le temps de dormir un peu avant de repartir.
J'ai l'impression d'être invisible à ses yeux, comme si sa famille passait avant moi.
Malgré tout, par amour pour lui, je tente de garder mon calme, mais il semble s'en moquer complètement.
Je fus tirée de mes profondes réflexions par la sonnerie soudaine de mon téléphone portable posé sur la table à côté de moi. J'ai jeté un coup d'œil sur l'écran affichant un appel entrant w******p, et j'ai rapidement décroché dès que j'ai reconnu le nom affiché.
—Salut Sébastien, dis-je d'une voix un peu tendue, anticipant déjà ce qui allait suivre.
—Ah enfin, j'arrive à te joindre ! Salut Noémie. Comment vas-tu ? Répondit-il d'un ton pressant.
—Ça va, je vais bien, merci. Et toi ? Répondis-je, essayant de rester calme et polie malgré son ton direct.
—Boff, comme-ci comme-ça hein. Et tes vacances ? Ça se passe bien j'espère ?
Je ne pus m'empêcher de faire une petite grimace de dépit en entendant le mot "bien".
Ce n'était clairement pas le mot qui convenait pour décrire ce que je traversais ces derniers jours. Mes vacances étaient tout sauf "bien" à mes yeux.
—Oui, oui, mentis-je malgré moi, ne voulant pas entrer dans les détails de ma situation actuelle.
—Mmh, c'est cool alors. Bon, vois-tu, je ne t'ai pas appelé pour ça. Je voulais te demander quand est-ce que tu allais te décider à rentrer ? Oublies-tu que nous avons des dossiers à traiter ? lança-t-il d'un ton autoritaire.
Je retins un soupir d'exaspération. Bien sûr que je n'avais pas oublié le travail qui m'attendait, mais mon mari avait besoin de moi en ce moment et je ne pouvais pas l'abandonner.
—Oui, je sais, je ne l'ai pas du tout oublié. Mais il me faut encore rester quelques jours ici avant de revenir. Mon mari a besoin de moi à ses côtés, répondis-je calmement.
—D'accord. Si je comprends bien, tes vacances avec ton mari sont beaucoup plus importantes que ton avenir ? Tes projets ? Tu comptes rouler d'un coup de pied tout le travail dont tu t'es donnée arrache-pied juste par pure plaisir ? Et le procès de Mme Gradel ? Je te rappelle que c'est pour bientôt.
Sa voix devint plus virulente, trahissant sa colère. Bien sûr, en tant qu'homme amoureux de moi, le fait que je parle de mon mari le contrariait au plus haut point.
—Oh, Sébastien, arrête, d'accord ? Je suis désolée de te le dire, mais mêle-toi de tes affaires. Ma vie et mon travail me regardent. Je ne vois donc pas pourquoi tu devrais t'en mêler. Je t'ai dit que je ne pouvais pas venir avant d'avoir réglé ce que j'avais à faire. Si tu veux, tu peux prendre ma place et plaider pour elle, je ne t'en empêche pas, répliquai-je d'un ton ferme.
—Toi mieux que quiconque sais que je ne peux en aucun cas prendre ta place. L'affaire est déjà entre les mains du procureur, et tu t'es présentée comme son avocate. De plus, cette femme a placé sa confiance en toi, et je te rappelle que tu lui as aussi donné la tienne. Donc, ne viens pas me dire le contraire. Et pour finir, tu m'excuseras si tu trouves que je me mêle de ta vie.
Je posai mes doigts sur ma tempe en fermant les yeux, ne sachant plus quoi répondre pour argumenter, et je sortis.
—Très bien, je t'ai entendu. Maintenant, je vais raccrocher. Ciao.
Chose dite, chose faite. Bien que j'étais en colère contre son comportement déplacé, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même.
Depuis que je suis devenue Noémie, avocate reconnue, personne n'avait jamais osé me parler avec autant d'audace, encore moins me rappeler mes obligations professionnelles.
Cependant, tout cela me dépassait à présent, et je ne savais plus où donner de la tête. Rester ou partir était un véritable dilemme auquel je devais faire face.
Bon sang, que suis-je censée faire maintenant ?
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À suivre...