***KARIM GUEYE***
Assis dans ma chambre, je défilais une à une les photos de shootings des mannequins que je consultais sur mon ordinateur.
Je passais en revue ces clichés avec un œil expert, à la recherche du visage parfait qui incarnerait le mieux l'image de ma prochaine marque de mode.
En tant que directeur de casting dans ce milieu, c'est un exercice que je pratique quotidiennement depuis près de dix ans maintenant. Al-hamdoulilah, je peux dire que je m'en sors plutôt bien dans ce métier passionnant.
Alors que j'étais plongé dans mon travail, concentré sur le choix de la prochaine égérie de la marque, mon téléphone vibra soudain.
C'était un message urgent de Sophia. Elle me demandait de la rejoindre au plus vite chez elle. Immédiatement, un sourire illumina mon visage et mon cœur se gonfla de plaisir.
Pourquoi une telle réaction, me demanderez-vous ?
Eh bien, c'est que depuis des années, j'ai le béguin pour cette ravissante jeune femme. Je sais, c'est moche, car elle est la femme de mon meilleur ami Jules, mais je n'y peux malheureusement rien.
C'est plus fort que moi. J'ai beau avoir essayé à maintes reprises de camoufler mes sentiments, je n'y suis jamais parvenu. Parfois, j'en viens même à envier Jules, me demandant comment il fait pour toujours avoir toutes les plus belles femmes de Dakar City à ses pieds.
Pourtant, je suis tout aussi beau que lui, j'ai les moyens également. Mais je me dis que parfois, on n'a que ce qu'on mérite. Cette pensée me fait souvent redescendre sur terre.
Quoi qu'il en soit, je mis en pause tout ce que je faisais pour partir au plus vite répondre à l'appel de ma douce Sophia. Qui sait, peut-être que cette fois-ci, j'aurais la chance de lui ouvrir mon cœur et de lui dévoiler mes véritables sentiments.
***SOPHIATOU LAYE SARR***
Je faisais les cent pas dans ma chambre, le cœur battant la chamade. Mes pensées s'entrechoquaient, formant un tourbillon confus dans mon esprit.
Comment allais-je bien pouvoir me sortir de cette situation désastreuse ?
J'étais à la fois inquiète et complètement déboussolée. À cause de ma jalousie maladive, je venais de commettre l'irréparable.
Le poids de la culpabilité pesait lourdement sur mes épaules. Je revoyais encore la scène se dérouler dans ma tête, comme au ralenti.
Cette querelle, cette gifle virulente qui a dégénéré, et finalement ce geste fatal...
Tout s'était enchaîné si rapidement, dans un flou indescriptible que je n'arrivais toujours pas à y croire. Comment avais-je pu en arriver là ?
La sonnerie de la porte me fit sursauter, m'arrachant à mes sombres pensées. Mon cœur s'emballa, redoutant que ce ne soit Jules qui rentre plus tôt que prévu. Priant pour que ce ne soit pas lui, je me précipitai pour ouvrir. À mon grand soulagement, c'était Karim.
—Bonjour, dis-je d'une voix enrouée par mes cris et mes pleurs précédents.
—Wa ma femme, c'est comme ça que tu m'accueilles ? Fit-il, surpris par mon attitude glaciale.
—Oh excuses-moi, répondis-je en esquissant un sourire crispé.
Je le pris maladroitement dans mes bras, cherchant à dissimuler mon trouble intérieur.
—Viens ! Entre, l'invitai-je.
Je le conduisis rapidement au salon et lui servis un verre d'eau, la main tremblante. Puis je m'assis sur l'autre fauteuil, lui faisant face.
—Karim...sniff....Karim je viens de commettre une grosse erreur, lâchai-je finalement, les larmes aux yeux.
—Une erreur ? Laquelle ? Demanda-t-il, intrigué, en buvant une gorgée d'eau.
Je pris une profonde inspiration, rassemblant mon courage pour lui avouer la terrible vérité.
—J'ai tué une personne, avouai-je dans un sanglot.
Karim recracha l'eau qu'il avait dans la bouche et me regarda, stupéfait.
—'Lane ?' « Quoi ?» s'exclama-t-il, sous le choc.
Un silence pesant s'installa. Il était clairement surpris et semblait chercher ses mots.
—'Bilae tayoumako sniff...tayoumako' « Je te jure que je l'ai pas fait intentionnellement. C'était un accident », tentai-je de me justifier.
Karim vint s'asseoir à côté de moi, posant une main réconfortante sur mon épaule.
—C'est qui ? Demanda-t-il avec douceur.
J'hésitai un instant, craignant qu'il ne me dénonce à la police. Le simple fait d'imaginer les conditions de détention déplorables, entre moustiques promiscuité et insalubrité me glaçait d'effroi. Mais je ne pouvais pas garder ça pour moi indéfiniment.
—Sniff...c'est ma bonne, répondis-je finalement.
—Hum. Où est Jules ? Questionna-t-il, soucieux.
—Il est sorti, répondis-je. Oh mon Dieu ! Et....et s'il venait à savoir cela ? 'Ayyyy mane dii yakouna' « Suis f****e !»
L'angoisse me submergeait à nouveau. Jules ne me pardonnerait jamais un tel acte.
—Arrête de dire ça ! Tu n'es pas la première à avoir commis l'irréparable, tu sais, rétorqua-t-il d'un ton qui se voulait rassurant.
Je le regardai avec méfiance, surprise par son étrange nonchalance face à une telle situation.
Comment pouvait-il aborder le sujet avec autant de détachement, comme si tuer quelqu'un relevait de la banalité ?
—Je veux dire... il y'a beaucoup en réalité beaucoup de gens qui ont ôté la vie par accident, sans pour autant que leur crime n'ait jamais été dévoilé, poursuivit-il pour se rattraper. Jules va te couvrir, t'inquiète pas, ajouta-t-il.
—C'EST À CAUSE DE LUI SI J'AI TUÉ CETTE FILLE ! m'écriai-je, sentant la colère monter en moi. Ils entretenaient une relation, tu comprends ? Il ne va certainement pas m'épargner !
Il parut désarçonné par ma réaction véhémente, et se tut un instant, réfléchissant visiblement à une nouvelle approche.
Après un moment de silence, il releva la tête, un début de solution semblant germer dans son esprit.
—J'ai une idée, finit-il par dire d'un air énigmatique..
***VOIX EXTERNE***
Le salon était noyé dans un silence pesant, seul rompu par les regards incendiaires que Ndeye Lisoune lançait tour à tour à sa fille Fifi et à son fils Bireume.
Son visage était crispé, ses sourcils froncés, trahissant une colère à peine contenue. L'atmosphère était électrique, chargée de tension, comme si la moindre parole, le moindre geste risquait de faire exploser la mère.
Finalement, Bireume prit son courage à deux mains pour briser ce silence glaçant.
—Maman, dis quelque chose, s'il te plaît, la supplia-t-il d'une petite voix. Je ne t'avais pas manqué khana ?
Ndeye Lisoune le foudroya du regard, une veine pulsant sur sa tempe.
—Eh xam ! « Tu te tais ! » Vous m'avez déçus, tous les deux, surtout toi Fifi, lança-t-elle d'un ton cinglant. 'Bou Yama yeugué ni ya ngui done déguanté ak dieukeuram loumou niouy waxx han ?' « Si Yama venait à savoir que tu as parlé au téléphone avec son mari, que va-t-elle penser de nous ? » Je me demande juste s'il vous arrive de réfléchir, parfois ! s'emporta-t-elle.
En vérité, Bireume s'était un jour rappelé qu'il conservait précieusement dans son agenda le numéro de sa sœur et de quelques autres proches.
Saisi d'une impulsion soudaine, un jour, Bireume s'était alors empressé de contacter sa sœur, bien décidé à prendre de leurs nouvelles et à se tenir au courant des derniers événements familiaux.
Il avait hâte de renouer ces liens distendus et de revoir les siens. Lors de cet appel, il l'informa de son retour imminent, sans pour autant mentionner le jour, voulant ainsi faire une surprise à sa famille.
Mais évidemment, tout cela était resté parfaitement inconnu de Ndeye Lisoune, qui ne venait que d'en être informée.
—Je croyais juste, juste bien faire, se justifia Fifi en lançant un regard mauvais à son frère. Mais j'étais loin de me douter qu'il allait amener une autre femme ici.
—Non mais arrêtez ! Rétorqua Bireume, irrité. Pourquoi ce comportement avec moi ? Je n'ai pas le droit d'épouser une autre femme ? Ou bien ça, l'islam l'interdit ? Vous ne savez pas ce que j'ai vécu là-bas, ni comment était mon mode de vie !
—Tu ne donnais pas régulièrement de nouvelles de toi, donc on ne pouvait pas savoir, répliqua sa mère d'un ton acerbe. Rares sont les fois où on arrivait à te joindre ; au cas contraire, on t'appelait jusqu'à épuisement de notre crédit. Et aujourd'hui, quand on s'y attend le moins, tu débarques avec ta soit-disant "femme". 'Yaw Bireume ko yapp ?' « Tu te fous de qui, au juste ? »
***YAMA KHADY MAR DIAGNE***
Ayant passé la veille au chevet de mon père, qui par la grâce de Dieu se sentait mieux maintenant, j'avais décidé de retourner à la maison pour me changer et prendre quelques affaires afin de passer quelques jours dans notre maison familiale.
Cela faisait longtemps que je n'y avais pas séjourné, et je pensais que ça me ferait du bien de retrouver ces lieux chargés de souvenirs.
Comme toujours, ma sœur Aïsha fut celle qui m'accompagna. Nous partîmes en voiture, le trajet étant ponctué de discussions légères et de rires. Après quelques minutes de trajet, nous arrivâmes enfin à destination. Elle décida de m'attendre dans le véhicule pendant que je sortais.
Je pénétrai dans la maison et me dirigeai instinctivement vers ma chambre. Cependant, la voix de ma belle-mère, provenant du salon, attira mon attention.
—Aujourd'hui, quand on s'y attend le moins, tu débarques avec ta soi-disant "femme". 'Yaw bireume ko yapp ?' « Tu te fous de qui, au juste ? »
Je m'arrêtai net dans ma démarche, mon cœur bondissant dans ma poitrine dès que j'entendis le nom de mon mari. J'étais persuadée d'avoir mal entendu. Je changeai donc immédiatement de direction et me dirigeai rapidement vers le salon.
Là, je le vis assis dans un fauteuil, habillé avec élégance, une barbe soignée et les cheveux teints d'un bleu océan. Il avait pris du poids et développé légèrement sa musculature par rapport aux mois précédents. Tout avait changé chez lui, à l'exception de son regard, de son charme et de son teint noir d'ébène qui s'étaient embellis, m'envoûtant littéralement.
*Mon Dieu ! Qu'il est beau !* pensais-je. Avec ses lèvres roses et charnues, il donnait envie de les embrasser sans fin. Le gars était totalement séduisant, pour récapituler.
Nos regards se croisèrent et un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il se leva et, comme si nous nous étions donné un signal, je courus vers lui, le serrant fort dans mes bras, humant son parfum enivrant.
—Tu m'as tellement manqué, lui murmurais-je.
—Toi aussi, mon amour. Toi aussi...
Lorsque je me détachai de lui, mon regard se posa sur la silhouette de la jeune femme assise sur le fauteuil. Les questions se bousculèrent alors dans ma tête.
—Yama, ma chérie, viens t'asseoir ! Me dit ma belle-mère, remarquant mon air interrogateur.
J'obéis et m'assis à ses côtés. Je ne savais pas pourquoi, mais je sentais que je n'allais vraiment pas aimer ce qui allait suivre.
—Comment va ton père ?
—Il va bien, al-hamdoulilah. Je suis venue me changer et je dois retourner le voir tout à l'heure.
—C'est une bonne nouvelle alors. Bireume ?
Elle lança un regard à son fils. Celui-ci ouvrit la bouche pour parler, mais se ravisa à plusieurs reprises. Une boule d'angoisse se forma dans ma gorge, mes mains devinrent moites.
Il répéta ce mouvement plusieurs fois avant de se décider à parler.
—Euh... eh bien... Yama, je te présente Noémie. Ma deuxième femme, enchaîna-t-il.
—QUOI ?! M'écriai-je en me levant d'un bond.
J'étais sous le choc, incapable d'assimiler ses mots. Je le regardai fixement, incapable de m'empêcher de me poser des questions.
Ai-je bien entendu ? Suis-je devenue folle, paranoïaque ou sourde ?
Est-ce un cauchemar ?
Ou bien l'a-t-on tout simplement échangé avec un autre ?
Oui, c'est ça, sans doute.
Il fixait le sol, évitant ainsi mon regard, les mains entrecroisées.
Non, l'homme qui se tenait devant moi n'était pas celui que j'avais épousé il y a presque un an.
NON !
Je refuse tout simplement de le croire.
—Je suis désolé, reprit-il. Je ne voulais pas que tu l'apprennes ainsi, mais je suis un homme après tout, j'ai le droit d'avoir quatre femmes, répondit-il, l'air de rien.
Je ne dis absolument rien et laissai mes pensées s'envoler pendant plusieurs minutes qui me parurent une éternité.
Tout ce que je désirais à ce moment précis, c'était que la terre m'engloutisse, pour ne plus ressentir cette douleur dans mon cœur et dans mes yeux.
C'était difficile, extrêmement difficile.
—Dis quelque chose, s'il te plaît, me dit-il.
-Je suis censée te dire quoi à ce sujet ? Tu veux peut-être que je te félicite ? Ou que je t'applaudisse en chantant tes louanges ? Dis-moi vraiment ce que tu attends de moi, répondis-je, laissant échapper deux grosses larmes.
—Ne pleure pas...
Je le coupai.
—'NOPIL LALA WAKH !! LOY WAKH ? Yaw tay amo loma waxx, mane mi kay maka yélole' « TAIS-TOI !! Tu n'as absolument rien à me dire. C'est plutôt à moi de parler. »
—Yama, ma fille... intervint ma belle-mère.
—Non, maman, s'il vous plaît. Ne me retenez pas, je vous en supplie. Que personne ne m'empêche de parler. (En me tournant vers Bireume) Après tout ce que j'ai enduré pour toi, c'est comme ça que tu me remercies ? POUR MANE SÉNÉGAL BA SÉNÉGAL DATHIE MAFI GUEUNE DIEUKEUR WAYÉ YAW NAKATÉ DO DARA(Sniff)... LOU NÉK MA KOY DÉF NGUIR NÉXAL SAMA SEUY BI, DAMA BAYI LEPP NGUIR TOPPOU LA. SAMA YAYE DAFF MA KHASS BA SONOU NGUIR MA BAYILA WAYÉ MANI DÉTT TOGU RÉK DILA KHAR, SAMAY XARIT BAYI NAGN MA NGUIR IOE. YAW NAK TAY AMO LOMAY FAYÉ LOUDOUL LI. WAW GOORÉ WAY NILA DÉH !!! WAXOUMALA NAK NGUA DÉF SA NIOMBÉ BA PARÉ NANE MA DIOULITE LA AMNA DROIT AME NIENTI DIABAR. (Soupire) Mane sakh nak sama wakh dousi beuri kham ngua louma lay beug khamal moy k biss niki tay diapal ni béne diabar ngua ame té mouy sa ki. Sama baat nak la beug ngua mayma ko si nimou gueuneu gawé.
« Pour moi, j'avais le meilleur mari parmi tous les hommes, mais je me trompais. J'ai tout fait pour que notre mariage réussisse. J'ai tout abandonné pour venir ici. Ma mère me mettait la pression pour que je t'abandonne en divorçant, mais j'ai refusé et gardé l'espoir que tu reviendrais sain et sauf afin que nous reprenions notre vie. Même mes amies m'ont abandonnée à cause du choix que j'ai fait. Et à ma grande surprise, tu reviens avec une autre femme pour me dire "C'est ma deuxième femme". Le pire, c'est que tu te dédouanes de tes fautes en invoquant le droit d'avoir quatre femmes. (En soupirant) Pour en finir avec ça, je te dis que désormais tu peux considérer cette fille comme ta seule et unique femme. Maintenant, je veux que tu me répudies », dis-je, furieuse et humiliée.
—Yama, calme-toi, intervint Fifi. Tu es en colère, tu ne sais pas ce que tu dis.
—Oh que si ! Je sais très bien ce que je dis. Je t'attends chez moi demain et peut-être qu'en présence de ma famille, tu auras le courage de le faire.
Après cette tirade, je sortis en trombe de la pièce, entrai dans ma chambre et commençai à ranger mes affaires dans une valise. Le reste, je viendrais le récupérer plus tard, car il fallait que je m'éloigne de lui pour respirer un air sans étouffer. Je ne pouvais plus retenir mes larmes, qui coulaient librement sur mes joues.
Je réfléchissais encore à ma vie et à tous les sacrifices que j'avais dû faire pour mon mari.
Comment avait-il osé me faire ça ? Ce n'était pas le fait d'avoir une co-épouse qui me dérangeait, car être un homme c'est synonyme de polygamie.
Mais ce qui me faisait mal, c'était qu'il avait donné raison à ma mère sans le savoir. Mais bon, il fallait que je m'y fasse, car après tout, tous les hommes sont pareils, comme le dit le proverbe sénégalais :"kou ni goor bonoul rék sa baye motax" « Quiconque dit que tous les hommes ne sont pas pareils, c'est parce qu'il veut épargner son père».
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À suivre.....