CHAPITRE 12

2405 Mots
***SOKHNA DIARRA TAVARÉZ*** Quel cauchemar ! L'odeur âcre de l'éther mélangé à l'alcool me donnait littéralement la nausée. Je n'ai jamais été à l'aise dans les hôpitaux et me voilà contrainte de subir toutes sortes d'examens et de tests médicaux. Mais comment en suis-je arrivée là me demanderiez-vous ? En fait, j'avais un important procès à plaider hier et la fatigue commençait à se faire sentir. Une heure avant l'audience, prise d'une fringale, j'ai décidé d'aller dans le restaurant du quartier où j'avais l'habitude de m'arrêter de temps à autre pour boire une tasse de café. J'ai préféré cela plutôt que de rentrer chez moi pour un déjeuner rapide. Quel terrible choix j'ai fait là ! Comme nous le savons tous, le métier d'avocat peut s'avérer périlleux. Il y a toujours des gens qui ne veulent en aucun cas nous voir gagner et qui n'hésiteront pas à des moyens déloyaux pour nous nuire si jamais ils venaient à essuyer une défaite cuisante. Et c'est visiblement ce qui m'est arrivé. Après ce repas, je suis montée dans ma voiture et me suis rendue au tribunal. Mais à la tombée de la nuit, j'ai commencé à souffrir de violentes douleurs abdominales, allant jusqu'à vomir du sang à m'en couper le souffle. N'eut été l'intervention rapide de ma mère, qui habite à proximité, je serais probablement déjà six pieds sous terre à l'heure qu'il est, incapable que j'étais de porter secours à moi-même. On m'a conduite en urgence à l'hôpital où le médecin a décelé la présence d'une petite quantité de tétrodotoxine, un puissant poison dérivé du poisson-globe, dans mon organisme. Cette substance agit sur le système nerveux en perturbant ou inhibant l'influx nerveux. Autrement dit, quelqu'un a tenté de m'empoisonner dans l'intention de me rendre folle ! Nom de Dieu, quelle horreur ! Le pire, c'est que je n'ai aucune idée de l'identité du ou des responsables. Mais cela ne saurait tarder à être élucidé. Pour l'heure, je dois d'abord me concentrer sur mon rétablissement et ma guérison. ***KEÏSHA NIANG*** Après un dernier coup d'œil dans le miroir de ma chambre, ajustant une dernière fois ma tenue soignée, je saisis mon sac à main et mes clés avant de sortir résolument. J'avais pris la ferme décision d'aller aujourd'hui même affronter ce s****d de Mayacine dans son entreprise. Cela faisait des jours que cette idée me trottait dans la tête, mais la douleur et la souffrance qui me rongeaient m'en avaient jusqu'alors empêchée. Depuis la petite dispute que j'avais eue avec Charlotte, je n'étais en effet plus retournée au bureau, n'ayant ni la force ni la volonté d'y faire face. Charlotte avait ravivé en moi de vieux souvenirs douloureux, ce qui m'avait profondément touchée, mais m'avait aussi fait prendre conscience que j'avais déjà trop attendu. Il était temps d'entrer dans la bataille et d'en finir une bonne fois pour toutes. Quelques minutes plus tard, j'arrivai devant les locaux imposants de DIOP DYNAMICS TECH. Le bâtiment en verre et en acier reflétait les rayons du soleil de cette belle journée. D'un geste bref, je saluai le gardien à l'entrée et me dirigeai vers l'accueil. Une jeune femme au teint clair, la tête coiffée d'une perruque frisée, était assise là, en train de pianoter avec animation sur son téléphone, éclatant de rire de temps à autre, visiblement absorbée par une conversation ou un média en ligne. —Bonjour, j'ai besoin de voir M. Mayacine Diop, dis-je rapidement pour attirer son attention. —Le PDG n'est pas encore arrivé, répondit-elle sans même lever les yeux de son écran. Si vous n'êtes pas pressée, vous pouvez l'attendre ici. Je fronçai les sourcils, stupéfaite de son attitude désinvolte et de son manque de considération. La colère commença à monter en moi et, sans crier gare, j'arrachai le téléphone de ses mains, la faisant sursauter. Elle ouvrit la bouche pour protester, mais quand elle croisa mon regard déterminé, elle se ravisa aussitôt, balbutiant des excuses confuses. —Euh... Mademoiselle Niang... je... je suis désolée... —Épargne-moi tes excuses ! Tu fais moins la maligne maintenant, hein ? Je te parle et tu restes scotchée sur ton fichu téléphone, à rire comme une possédée, et après vous voulez remporter des marchés ? C'est du foutage de gueule ! Elle se tut, baissant la tête d'un air penaud. Je savais bien qu'au fond, mes paroles acerbes ne l'avaient pas réellement touchée. Ce n'était qu'une énième tentative de me duper, mais je ne me laissais pas facilement berner par ses manœuvres. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois que nous nous affrontions ainsi. Comme dans n'importe quelle entreprise, la concurrence était rude entre nos sociétés respectives. Nos deux compagnies se livraient une véritable guerre sans merci pour décrocher les contrats les plus juteux et les plus lucratifs. Et la plupart du temps, je travaillais d'arrache-pied pour que ma société soit celle qui l'emporte, surtout face à celle de Mayacine qui, malgré tout, n'hésitait pas à utiliser des méthodes parfois douteuses et déloyales dans le but de me devancer. —Où est Souleymane ? Ai-je demandé d'un ton sec. —Il... il est dans son bureau. Attendez, je vais le prévenir que vous êtes là, a-t-elle répondu d'un air nerveux. —Ce n'est pas la peine, j'irai le voir moi-même, l'ai-je coupée sèchement. J'ai reposé son téléphone sur le bureau et me suis dirigée vers le bureau de Jules. Mais elle m'a suivie, m'appelant pour tenter de me dissuader. Je l'ai ignorée complètement et suis entrée dans le bureau sans même frapper. Comme par hasard, Jules était de dos, le combiné collé à l'oreille. Il s'est retourné, les sourcils arqués, pour s'enquérir de l'identité de l'intrus. —Je te rappelle plus tard, a-t-il lancé à son interlocuteur, sans me quitter du regard. —M. Diop, j'ai essayé de l'arrêter, mais... a commencé la secrétaire, confuse. —Ce n'est pas grave, Aïda. Vous pouvez y aller, l'a-t-il congédiée d'un geste de la main, sans me lâcher des yeux. Une fois seuls, il a affiché un large sourire narquois. —Quelle agréable surprise ! La très belle et charmante Keïsha dans mes propres locaux ! S'est-il exclamé en plongeant les mains dans ses poches. —Oh, merci pour les compliments ! Cependant, je ne suis pas là pour tisser des liens d'amitié avec toi, alors calme ta joie, ai-je lancé en m'asseyant nonchalamment sur un fauteuil. Il a esquissé son éternel sourire d'imbécile, secouant la tête. —Ne te gêne surtout pas, hein. Alors, qu'est-ce qui me vaut l'honneur de ta visite ? A-t-il demandé. J'haussai les épaules avec un dédain non dissimulé. —Je passais dans le coin et j'ai soudain eu envie de venir voir la tronche du roi des enfoirés, soit ton père. Mais à ma grande surprise, j'ai plutôt trouvé le petit l***e-c*l en train de téléphoner, tout comme sa secrétaire d'ailleurs. Vous êtes tous pareils ici, que des incapables ! Déclarai-je avec un sarcasme mordant, savourant l'effet de mes paroles cinglantes. Mon ton méprisant et mes propos acerbes eurent l'effet escompté. L'expression de son visage se durcit brusquement, la colère déformant ses traits jusque-là affichant un sourire moqueur. D'un geste vif et emporté, il contourna son bureau et vint m'empoigner fermement le bras, me forçant à me lever de mon fauteuil. Ses mâchoires étaient douloureusement contractées et ses yeux lançaient des éclairs, témoignant de l'intensité de sa rage à peine contenue. —Décidément, tu n'es pas normale, ma parole. Se récria-t-il, la mâchoire crispée par la colère. Osez ainsi te pointer dans mon propre repaire, et y jouer les grandes gueules comme si tu étais chez toi relève d'un grand audace ! Mais tu ne mesures visiblement pas les risques auxquels tu t'exposes. Je soutins son regard, refusant de montrer la moindre trace de peur ou d'intimidation. Mes lèvres s'incurvèrent en un sourire narquois. —Ah oui ? Et qu'est-ce que tu comptes faire ? Me frapper ? Me menacer ? Rétorquai-je avec défi. Tu sais très bien que si tu oses lever la main sur moi, tu seras fichu. Alors lâche-moi tout de suite, avant que je ne décide de te faire avaler tes menaces par la gorge. Mais il n'a pas desserré son étreinte. La distance entre nos deux corps s'est réduite à un mètre à peine. Je pouvais sentir son souffle sur mon visage. J'ai fermé les yeux et détourné la tête, sentant la chaleur me monter aux joues. Ce rapprochement soudain faisait s'accélérer les battements de mon cœur. Alors que je cherchais un moyen de me libérer, quelque chose de doux et de chaud a effleuré mes lèvres. « Non, il n'a quand même pas osé ? J'espère qu'il n'a pas fait ce à quoi je pense ! » me suis-je affolée, partagée entre effroi et confusion. Un mélange de plaisir et de dégoût a commencé à m'envahir. Lorsqu'il a voulu forcer le passage avec sa langue, j'ai repris mes esprits. Dès que j'ai senti qu'il avait relâché sa prise, je l'ai repoussé violemment avant de le gifler. —Que ça soit la première et la dernière fois que tu poses tes sales pattes sur moi, espèce d'imbécile ! M'emportai-je. Contre toute attente, il s'est contenté de me sourire, se massant la joue. Sans plus attendre, j'ai pris mon sac et quitté les lieux en courant presque, me maudissant intérieurement. Une fois dans ma voiture, je me suis mise à me taper la tête en criant. Je regrettais tellement d'avoir apprécié ce b****r, même malgré moi. Il était temps que je reprenne sérieusement mes entraînements. Je devenais bien trop vulnérable. *Ellipse de la journée* ***AMINA SALL*** Après avoir achevé ma dernière tournée de la soirée en tant que serveuse de boissons alcoolisées, je rejoignis les vestiaires pour me changer et enfin rentrer chez moi. Une fois mes affaires rangées dans mon sac, je m'apprêtais à quitter les lieux quand mon patron, Sébastien, fit irruption dans la pièce. —Désolé bella, mais tu ne peux pas encore rentrer, m'annonça-t-il d'un air contrit. Je fronçai les sourcils, surprise par cette demande inattendue. —Pourquoi donc ? L'interrogeai-je, perplexe. —Deux de mes amis viennent d'arriver et j'ai besoin que quelqu'un s'occupe d'eux. Malheureusement, toutes les autres filles sont déjà mobilisées à l'heure actuelle. Il ne reste donc que toi, m'expliqua-t-il, espérant visiblement obtenir mon accord. Je laissai échapper un soupir agacé. —Tu sais pertinemment que je ne fais pas ce genre de service ce soir, rétorquai-je avec fermeté. Sébastien m'adressa un sourire engageant. —Allez, juste pour cette fois-ci, d'accord ? Et si tu veux, tu pourras garder l'argent que tu encaisseras, tenta-t-il de me convaincre. Après quelques secondes d'hésitation, je finis par capituler à contrecœur. —D'accord. J'arrive, cédai-je en levant les yeux au ciel. Il me gratifia d'un sourire satisfait avant de s'éclipser. Je choisis alors une tenue suggestive composée d'une mini-robe bustier bleu électrique moulante, d'escarpins noirs vertigineux et d'une parure de sous-vêtements en dentelle noire et blanche. Quelques touches de maquillage plus tard, j'étais fin prête à remplir ma nouvelle mission. Dès que je rejoignis le carré VIP, je ne tardai pas à repérer mes deux clients, assis seuls dans leur box. Je m'avançai nonchalamment vers eux, les hanches balançant au rythme de mes pas, un sourire charmeur aux lèvres. L'un d'eux m'adressa un signe de la main, m'invitant à les rejoindre. —Salut les beaux gosses, les saluai-je d'une voix suave. —Hey miss, ça va ? Me répondit celui qui m'avait fait signe, tandis que son acolyte se contentait de m'observer en silence, une cigarette à la main. —Oui, ça roule, répondis-je avec désinvolture. —Tu bois quelque chose ? Demandai-je au plus loquace des deux. —Tiens, c'est ce que j'ai commandé, m'indiqua-t-il en me tendant un verre. —Attention, c'est très fort, me prévint-il avec un sourire malicieux. —Tant que ça ne me tue pas, ça me va, rétorquai-je avec un clin d'œil avant d'en prendre une gorgée. —Tu me plais bien, toi, lança-t-il en posant sa main sur ma cuisse. Je jetai un bref coup d'œil à son acolyte, toujours aussi silencieux. —Il est bizarre, ton ami, fis-je remarquer. —Laisse-le, on y va ? M'invita-t-il, visiblement pressé de passer à la suite. —Ouais, allons-y, acquiesçai-je. Il passa son bras autour de mon cou, me pinçant au passage les tétons, ce qui me fit frissonner avec délice. Main dans la main, nous nous dirigeâmes alors vers l'une des chambres du club. Une fois la porte refermée derrière nous, il me plaqua brusquement contre le mur et m'embrassa avec passion. Ses mains glissèrent sous mes cuisses, m'incitant à enrouler mes jambes autour de sa taille. En quelques secondes à peine, nous nous retrouvâmes allongés sur le lit, nos corps étroitement enlacés. Ses baisers, à la fois doux et sauvages, me faisaient perdre pied. Ma robe ne tarda pas à rejoindre le sol, suivie de près par mes sous-vêtements. Il me suçota doucement le lobe de l'oreille, me murmurant des mots tendres et salaces qui me firent sourire béatement. Saisissant l'initiative, je le repoussai alors sur le dos pour prendre les commandes, l'embrassant avec une passion dévorante. Après avoir assouvi nos désirs ardents, il me remit avec délicatesse le montant convenu. Satisfaite, je l'accompagnai jusqu'à la porte de la chambre, prête à le raccompagner jusqu'à la sortie. Cependant, au moment où j'allais refermer la porte derrière lui, son acolyte apparut soudain, bloquant le passage. Je le dévisageai un bref instant, perplexe face à cette intrusion inattendue. Néanmoins, je ne pus m'empêcher d'afficher un sourire espiègle, m'adossant nonchalamment contre l'embrasure de la porte, les bras croisés. —Je croyais que vous n'étiez pas intéressé, lançai-je d'un ton taquin. L'homme me répondit simplement d'un « On peut ? » qui me prit au dépourvu. —Ah, alors vous n'êtes pas muet ?! Répliquai-je avec une pointe d'amusement. Au lieu de me répondre, il choisit simplement de me tourner le dos, s'apprêtant à partir. Mais je le retins fermement par le bras. —Hey, du calme, je blaguais, le rassurai-je avec un sourire. J'ouvris alors grandement la porte pour lui permettre de passer, et une fois qu'il eut franchi le seuil, je la refermai derrière lui. Seule à nouveau, je ne pus retenir un sourire malicieux, sentant monter en moi une délicieuse anticipation, impatiente de vivre la suite des événements. Mais, si seulement j'avais su alors ce qui m'attendait... __________ À suivre.....
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