VI Le cri du busardOn arriva en décembre, cette année-là, sans reparler de la route. Les journées devinrent plus froides. Un matin glacial, le temps tourna à la neige. Les bords jaunes de l’air s’évasèrent. Dans le chai, au plus secret de l’ombre où le souquet s’élaborait, les fûts entendaient contre leurs douves battre le cœur du vin. Le froid contenait sa jeune force, l’aiguisait de ses morsures. Pierre attendait que la neige tombât. Elle arriva jusqu’à lui, un matin, dans sa solitaire nudité, fiévreuse sous son manteau d’hermine, façonnée par les fleuves du ciel, glaçant les sèves endormies, corps unique, vierge encore de toute trace. Les ouvriers qui se rendaient au travail emmitouflés, l’apprenti menuisier, le mécanicien exprimaient leur ravissement matinal. Ils tâtonnaient, frileu


