Louis et Benoît avant de partir de chez moi m'avaient clairement dit qu'ils reviendraient vers moi lorsqu'ils auraient du nouveau sur cette affaire de meurtre. Cela signifiait juste que je n'étais pas sorti d'affaire. Ils étaient enfin partis et là, je pouvais de nouveau prendre mon souffle et respirer. Je n'avais bien-sûr rien à me reprocher mais il n'était pas à exclure que je devais être prudent. J'avais déjà eu à enquêter sur quelques cas de meurtres depuis le début de ma carrière et je savais bien qu'il n'était pas à exclure que des fois, toutes les preuves pouvaient converger vers une personne innocente. Il y avait des êtres tellement malfaisants sur terre qu'ils étaient capables de commettre un meurtre et de piéger une autre personne par la suite. C'était là, la raison pour laquelle je préférais jouer la carte de la prudence en disant toute la vérité à mes collègues. Loin de là, j'avais beau fouiller dans ma tête mais je ne trouvais aucune personne voulant faire du mal à Jean Claude au point de l'assassiner. Je ne lui connaissais pas d'ennemi et pourtant, nous travaillions ensemble depuis quelques années déjà. J'irai même jusqu'à dire que le seul ennemi qu'il avait était bien moi, Frédéric Cheyrou. J'étais resté assis tout seul dans mon salon à penser à Jean Claude et au sort tragique qu'il avait subis. Je ne savais pourquoi mais son décès m'avait fait tellement de peine que j'en pleurais. Qui aurait pu croire que dans mon cœur, il y avait encore de la compassion pour cet homme! En tout cas pas moi. Même s'il n'avait fait que se moquer de moi, de mon côté, les sentiments étaient tous autres. Je l'avais considéré comme un ami, le seul que je n'avais jamais eu. Je me disais qu'il était temps d'oublier toute la colère que je ressentais afin de lui rendre hommage, ne serait ce que pour les trois années que nous avions passé en tant que coéquipiers. Je pensais même que j'aurais pu aller chez lui et rendre mes hommages à Sarah mais d'un autre côté, je me disais qu'il était plutôt judicieux de ne pas m'en mêler jusqu'à ce que le meurtrier soit retrouvé. Et pendant que j'étais là à réfléchir tout seul, Frédérique me rejoignit dans le salon, elle disait avoir terminé avec son travail en ligne.
- Alors, dis moi tout. Que voulaient tes chers collègues ? me demanda t-elle.
Frédérique ne s'en était pas rendu compte assez tôt mais ma mine n'était plus du tout la même. Mes yeux étaient rouges car j'avais pleurer et j'avais une mine horrible.
- Jean Claude a été retrouvé mort chez lui il y'a deux jours, lui dis je.
Je n'avais pas pris la peine de regarder la mine sur son visage et elle ne m'intéressait pas du tout.
- Mais comment, était il malade?
- Et bien non, il a été assassiné chez lui. Mes collègues disent que son décès date certainement d'il y'a plusieurs jours car son corps dégageait déjà d'horribles odeurs lorsqu'ils l'ont retrouvé.
- Oh chéri, je suis vraiment désolée.
- Tu ne peux même pas imaginer tout ce que je ressens à l'intérieur de moi en ce moment. Je sais bien qu'il m'avait trahi et tout mais ce n'était pas une raison suffisante pour qu'il ait une mort aussi atroce.
Je me sentais tellement mal que j'avais envie d'être seul, seul avec moi même. C'est à ce moment que je me rendis compte que seule la mort était capable de ramener les hommes à de bons sentiments. Si j'avais su que la fin de Jean Claude était proche, j'aurais fermé les yeux sur sa trahison et je me serais concentré sur l'essentiel. Frédérique avait tout de suite compris mes sentiments et avait pris le soin de me laisser seul. Elle était rentrée chez elle. Déjà seul, je ne réfléchissais pas, je ne cessais de penser à ce cher Jean Claude. J'étais même allé jusqu'à regretter le coup que je lui avait donné la dernière fois que nous nous étions vus. J'avais beau être l'homme indifférent que tout le monde voyait mais j'avais du cœur aussi. Je n'avais pas eu la chance d'avoir un frère mais j'avais l'impression d'en avoir perdu un. Jean Claude et moi passions tellement de temps ensemble qu'il était impossible qu'on ne développe pas de sentiments l'un pour l'autre. Je ne savais pas pour lui mais je le considerais vraiment comme un ami, le seul que j'avais. Il me connaissait bien et savais me cerner mieux que personne à la brigade, et c'était de même pour moi. Au départ, je ne l'appréciais pas du tout et je voyais juste un peu de moi en lui mais avec le temps, j'ai appris à le connaître et à l'accepter tel qu'il était. J'étais certain qu'il avait fait pareil pour moi car je reconnais que je n'étais pas une personne très sociable. On avait appris à travailler l'un avec l'autre malgré nos différences. Nous étions même parvenus à nous comprendre et même s'il m'avait trahi et s'était moqué de moi, Jean Claude demeurait l'homme qui m'avait sauvé la vie. Je m'en voulais de ne pas avoir pu sauver la sienne aussi, tout cela à cause de mon égaux surdimensionné. Quand je m'étais rendu chez lui, au lieu de l'agresser comme je l'avais fait, j'aurais dû me calmer et lui laisser le bénéfice du doute, j'aurais dû écouter ses raisons à lui. Et si je m'étais comporté ainsi, peut être aurions nous maintenu notre amitié et peut-être, j'aurais pu le sauver à mon tour. J'avais beau me faire des reproches et culpabiliser mais cela n'aurait jamais pu le ramener. Tout ce qu'il me restait à faire, c'était juste de suivre l'enquête de près afin de découvrir qui était l'ignoble personne qui avait tué Jean Claude. Je lui devais bien ça après qu'il m'ait sauvé la vie. C'était fou ce retournement de situation ! Il y avait quelques instants encore, je le haïssait de tout mon cœur mais il a fallu d'une seule nouvelle pour que changent tous mes sentiments. Sur un coup de tête, je me lévai, pris les clés de ma voiture et direction chez Jean Claude. Je ne savais pas ce qui m'y attendais mais mon instinct me poussait à y aller. Peut-être bien que Jean Claude lui avait parlé des soucis que nous avions eu tous les deux et peut être bien que j'étais la dernière personne que voulait voir Sarah en ce moment. Même si ça avait été le cas, j'étais décidé à y aller et à lui apporter tout mon soutien. J'arrivai et je me précipitai de passer la petite clôture de chez eux. Arrivé devant la porte principale, j'hésitais à sonner mais je le fis ensuite. La porte s'ouvrit et ce n'était pas Sarah qui était derrière.
- Bien le bonsoir, je suis Frédéric, un collègue de Jean Claude, dis je.
C'était une femme d'âge mûr qui m'avait ouvert. Elle était assez petite et avait un teint clair. On aurait dit Sarah avec environ 20 ans de plus. Il n'y avait pas de doute, cette femme était certainement une parente de Sarah. Elle me fit entrer et aussitôt que Sarah me vit, elle couru vers moi et me serra dans ses bras. Je répondis à son câlin et je la serrai plus fort encore. L'aura qu'elle dégageait était très puissante, il était plus qu'évident qu'elle était dévastée. Le geste qu'elle venait de faire à l'égard de ma personne prouvait qu'elle n'était pas au courant des derniers actes de son épou. Ça me faisait énormément de peine de la voir aussi triste et abattue, le pire dans tout cela était que je ne pouvais rien faire du tout pour la soulager car la mort de Jean Claude était irréversible. Je la lâchai et je mis mes deux mains sur ses petites épaules toutes frêles.
- Les mots me manquent Sarah, dis je.
Elle me regardait avec ses yeux plein de larmes et son visage était tout rouge. Son corps était brûlant comme si elle avait de la fièvre. La douleur que ressentait cette femme pouvait se transposer sur n'importe qui. Quiconque l'aurais vu en ce moment là aurait fondu en larmes aussi. Je n'avais pas pu me retire et je me mis à pleurer aussi. Ensuite, je la serrai de nouveau contre moi. On se ressaisit ensuite mais avec beaucoup de peine. Je ne connaissais pas du tout ce côté émotif que j'avais. La dernière fois que je m'étais retrouvé dans cet état était quand je n'étais encore qu'un adolescent, à l'annonce du décès de mon père. Et une fois de plus, à cause d'un décès, je me retrouvais à pleurer comme un enfant. Dans la maison, il y avait juste la maman de Sarah, elle avait fait le déplacement avec sa fille pour lui apporter son soutien. La petite était endormie une fois de plus. C'était drôle car à chaque fois que je venais, la petite dormait. Mais pour une fois, cette petite faisait bien de dormir car ça aurait été gênant qu'un nourrisson voit autant de douleurs dans les yeux d'adultes. Sarah et moi nous assîmes dans un coin de la maison afin de pouvoir converser tranquillement. Sarah avait pris la peine de me présenter à sa maman et celle ci avait pris le soin de nous laisser discuter.
- Je ne sais vraiment pas quoi te dire car je ne sais même pas que dire à moi même, dis je.
- Alors, ne dis rien, rétorqua Sarah.
Mon enquête avait déjà commencé. Je me devais de dire tout ce que je savais et aussi tout ce que je pensais à Sarah car j'avais besoin que nous travaillions ensemble pour découvrir qui était le tueur. Jean Claude était son épou et elle savait sûrement certaines choses qui pouvaient servir pour l'enquête.
- Je sais bien que c'est trop tôt mais je ne compte pas laisser l'assassin de Jean Claude courir. J'ai besoin de ta coopération pour cela et j'espère ne pas trop en demander, dis je.
- Si tu ne l'avais pas dit, ça m'aurait étonné et je te l'aurais proposé. Je suis prête à faire justice à mon mari car je veux plus que tout voir croupir en prison le monstre qui a pu lui faire cela.
- Pour un début, j'aimerais te poser un certain nombre de questions et te mettre au courant d'un certain nombre de choses.
- Je t'écoute, dit Sarah.
- Est ce que Jean Claude t'avait dit qu'il était à l'origine de ma suspension ?
- Tu as été suspendu ! Je n'en savais rien. Mais pour qu'elle raison?
- Jean Claude m'a fait suspendre jusqu'à nouvel ordre par le commissaire car d'après lui, J'avais des soucis mentaux. Il le pensait car je lui ai avoué avoir l'impression d'être la réincarnation dune personne ayant vécu dans le passé.
- J'ai bien peur de ne pas te suivre. J'ai fait à peine quelques jours dans une autre ville et on m'annonce que mon épou a été tué et maintenant tu me racontes ça.
- Je sais mais il se comportait très étrangement ces derniers jours. Quand je lui ai avoué mon secret, il m'a soutenu et disait croire en ce que je disais. Il paraissait très sincère et ensuite, il m'a trahi. Je ne vais pas te mentir en te disant que je n'étais pas remonté contre lui car j'étais même très furieux.
- Ne me dis pas que tu as quelque chose à voir avec son meurtre.
- Où vas tu chercher ce genre d'idée ! Bien-sûr que non.
- Je suis désolée Fred. Je suis tellement bouleversée que je dis n'importe quoi en ce moment.
- Ne t'en fais pas car je peux te comprendre, dis je.
- Mais quand j'ai appris ce qu'il avait fait, j'ai décidé de venir le voir afin qu'on s'explique. Je voulais lui dire tout ce que je pensais de lui. Je n'avais pas prêté attention à ton absence car je me disais que tu étais peut-être dans une des chambres avec la petite. Et pendant notre altercation, je l'ai même frappé, c'était un coup de poing à la joue. Je suis ensuite parti car son attitude m'avait déconcerté et c'était la dernière fois que je l'ai vu. Ça m'a surpris de voir deux de nos collègues chez moi ce matin.