8. À la brigade de Saint-Valery Il était 10 heures et le soleil restait prisonnier des nuages. Le Saint-Antoine venait d’accoster. La pêche avait été bonne mais l’équipage était fatigué. Les quatre hommes débarquaient en silence des caisses de soles sur le quai. Un petit Fenwick venait les récupérer pour les charger dans un camion réfrigéré portant sur les flancs le nom de Leleu en capitales bleues. Albert avait les mains rouges et engourdies. Il ne parvenait presque plus à bouger ses doigts. Cette première marée sur le Saint-Antoine avait été éprouvante. Durant ses deux années de détention, le corps d’Albert avait oublié la pluie froide, le sel qui mord et la houle qui cogne. Taper le carton avec Hocine en écoutant la radio lui avait ramolli le cuir. Heureusement, il avait continué à s


