La note, posée sur le rebord de la fenêtre, semblait vibrer d’une menace silencieuse sous la lumière de la pleine lune. Susan Mayer la fixait, les doigts crispés sur le papier, son cœur battant à un rythme effréné. « Le choix t’appartient, mais le temps presse. » Ces mots, écrits d’une encre noire et d’une main assurée, semblaient lui brûler la peau. Qui laissait ces messages ? Était-ce Mike, Carlos, ou quelqu’un d’autre, tapi dans l’ombre, observant chacun de ses mouvements ? Elle sentit une vague de panique l’envahir, mais aussi une détermination nouvelle. Elle en avait assez des secrets, des avertissements cryptiques, et de cette sensation d’être une marionnette dans un jeu dont elle ignorait les règles.Susan glissa la note dans la poche de son sweat et enfila ses chaussures. Elle ne pouvait pas rester dans sa chambre, à attendre que le destin – ou pire, les chasseurs – vienne frapper à sa porte. Elle devait comprendre, agir, prendre le contrôle. La forêt, malgré la terreur qu’elle lui inspirait, semblait être le seul endroit où les réponses l’attendaient. Elle prit une lampe de poche, enfila une veste, et quitta son dortoir, ignorant la petite voix dans sa tête qui lui criait de faire demi-tour.Le campus de Duke était étrangement silencieux à cette heure de la nuit, les lumières des réverbères vacillant comme des étoiles mourantes. La pleine lune, toujours aussi imposante, illuminait son chemin alors qu’elle s’enfonçait dans la forêt. Chaque craquement de brindille sous ses pas faisait bondir son cœur, mais elle avançait, portée par une force qu’elle ne comprenait pas encore. La marque sur son poignet semblait pulser, comme un guide invisible, l’attirant vers la clairière où tout avait basculé.Lorsqu’elle atteignit l’endroit, l’arbre noueux se dressait devant elle, ses branches tordues semblant tendre vers la lune. Elle s’arrêta, le souffle court, scrutant l’obscurité. Elle n’était pas seule. Une silhouette émergea des ombres, et son cœur fit un bond lorsqu’elle reconnut Mike Delfino. Il portait une chemise déchirée, tachée de sang, et son visage était marqué par une fatigue profonde. Mais ses yeux, toujours aussi perçants, brillaient d’une lueur argentée.— Susan, murmura-t-il, sa voix teintée de reproche et d’inquiétude. Qu’est-ce que tu fais ici ? C’est trop dangereux !— Je ne pouvais pas rester à attendre, répondit-elle, croisant les bras pour masquer son tremblement. J’ai trouvé une autre note, Mike. Quelqu’un joue avec moi, et je veux savoir qui. Et pourquoi.Il s’approcha, son regard glissant vers son poignet.
— Montre-moi.Elle releva sa manche, exposant la marque, qui semblait désormais luire légèrement, comme si elle capturait la lumière de la lune. Mike fronça les sourcils, une ombre de douleur traversant son visage.
— La marque s’éveille, murmura-t-il. Ça veut dire que le rituel approche.— Le rituel ? répéta Susan, sa voix tremblante. Quel rituel ? Mike, je ne veux plus de demi-vérités !Il soupira, s’appuyant contre l’arbre, comme si le poids de ses secrets l’écrasait.
— Le rituel est ancien, Susan. Il lie l’élue – toi – à un clan, ou à aucun. Ton sang peut sceller une alliance entre nos clans, ou… Il s’interrompit, détournant le regard. Susan sentit son estomac se nouer.
— Ou quoi ? demanda-t-elle, redoutant la réponse.— Ou il peut être utilisé pour détruire l’un des clans. Les chasseurs veulent ton sang pour éradiquer les loups-garous, une fois pour toutes. Et certains dans mon clan… ils veulent la même chose, mais pour anéantir celui de Carlos.Susan sentit ses jambes vaciller. Elle s’appuya contre l’arbre, essayant de digérer l’énormité de ce qu’elle venait d’entendre.
— Alors, je suis quoi ? Une arme ? Un sacrifice ?Mike s’approcha, posant une main douce sur son épaule. Son toucher, malgré tout, la fit frissonner.
— Tu es plus que ça, Susan. Tu es… tout. Pour moi.Ces mots, prononcés avec une sincérité désarmante, firent monter les larmes aux yeux de Susan. Elle voulait le croire, se perdre dans la chaleur de son regard, mais la douleur de ses mensonges était encore trop vive.
— Comment puis-je te faire confiance ? murmura-t-elle. Tu savais tout ça depuis le début, et tu ne m’as rien dit.Avant qu’il puisse répondre, un grognement sourd résonna dans la clairière. Carlos Solis apparut, toujours blessé, mais sa démarche était assurée, presque menaçante. Ses yeux dorés fixaient Mike avec une hostilité à peine contenue.
— Tu ne perds pas de temps, Delfino, lança-t-il, sa voix rauque. Tu essaies encore de la manipuler ?Susan se plaça entre eux, exaspérée.
— Ça suffit ! cria-t-elle. Vous vous battez comme des enfants alors que des chasseurs veulent mon sang ! Si vous voulez que je vous fasse confiance, arrêtez de vous déchirer et aidez-moi !Carlos et Mike échangèrent un regard, une trêve fragile s’installant entre eux. Carlos s’adossa à un arbre, grimaçant de douleur à cause de sa blessure.
— Elle a raison, dit-il enfin. Les chasseurs ne s’arrêteront pas. Et ils ne sont pas seuls. Il y a un traître dans mon clan, quelqu’un qui travaille avec eux.Mike fronça les sourcils.
— Un traître ? Tu en es sûr ?Carlos hocha la tête, son regard sombre.
— J’ai senti une odeur étrangère hier soir. Quelqu’un de mon clan était là, avec les chasseurs. Ils savent pour Susan, pour la marque.Susan sentit une vague de terreur l’envahir.
— Alors, quoi ? On fait quoi maintenant ? demanda-t-elle, sa voix tremblante.Mike et Carlos se regardèrent, une communication silencieuse passant entre eux. Finalement, Mike prit la parole.
— Il faut te cacher, Susan. Jusqu’à ce qu’on trouve le traître et qu’on neutralise les chasseurs. Mais ça ne sera pas facile. La pleine lune dure encore deux nuits, et ta marque sera à son apogée demain.— Me cacher ? protesta-t-elle. Je ne vais pas fuir ! Je veux comprendre ce que je suis, ce que cette marque signifie. Et je veux arrêter tout ça.Carlos esquissa un sourire, malgré la douleur.
— Tu as du cran, Mayer. Je commence à comprendre pourquoi le destin t’a choisie.Susan rougit, troublée par son ton. Elle ne pouvait nier l’attraction qu’elle ressentait pour Carlos, cette énergie brute et sauvage qui contrastait avec la douceur protectrice de Mike. Mais chaque regard, chaque mot d’eux deux, la déchirait un peu plus. Comment pouvait-elle aimer deux hommes à la fois, surtout quand ils étaient des loups-garous, liés à une guerre qu’elle ne comprenait pas ?Avant qu’elle puisse répondre, un bruissement dans les buissons les fit sursauter. Mike et Carlos se placèrent instinctivement devant elle, leurs corps tendus. Une silhouette émergea – non pas un chasseur, mais Lynette Scavo, essoufflée, les yeux écarquillés.— Susan ! s’écria-t-elle. Je t’ai cherchée partout ! Qu’est-ce que tu fais ici avec… eux ?Susan sentit son cœur s’arrêter. Lynette, sa meilleure amie, ignorait tout de cette folie. Comment expliquer ce qu’elle venait d’apprendre ?
— Lynette, ce n’est pas ce que tu crois, bafouilla-t-elle.
Mais Lynette, toujours pragmatique, croisa les bras, son regard passant de Susan à Mike et Carlos.
— Vraiment ? Parce que ça ressemble à un mauvais film d’horreur. Et toi, Susan, tu vas me dire ce qui se passe, tout de suite.Susan ouvrit la bouche, mais un hurlement, plus proche cette fois, coupa court à toute explication. Mike attrapa Lynette et Susan, les poussant vers le campus.
— Pas le temps ! Courez !Ils s’élancèrent, Carlos fermant la marche, son regard scrutant l’obscurité. Lorsqu’ils atteignirent les dortoirs, Lynette, hors d’haleine, se tourna vers Susan, furieuse.
— Tu vas m’expliquer, Susan. Tout.Susan hocha la tête, les larmes aux yeux. Elle savait qu’elle ne pouvait plus cacher la vérité à Lynette, mais elle craignait que son amie ne puisse jamais comprendre. Alors que Mike et Carlos montaient la garde à l’extérieur, Susan entraîna Lynette dans sa chambre et lui raconta tout : la marque, les loups-garous, les chasseurs, le rituel. Lynette l’écouta en silence, son expression passant de l’incrédulité à une inquiétude profonde.— Susan… murmura-t-elle enfin. C’est… insensé. Mais je te crois. Et je ne vais pas te laisser affronter ça toute seule.Susan sentit une vague de gratitude l’envahir. Elle serra Lynette dans ses bras, les larmes coulant librement. Mais au fond d’elle, une question brûlait : qui choisirait-elle, Mike ou Carlos ? Et surtout, survivrait-elle à la pleine lune suivante, lorsque son destin serait scellé ?