Chapter 13

2030 Mots
Je suis une seconde choquée par la proposition de ma mère. Mais finalement j’acquiesce. Très bien. Ma mère est agent de police, elle ne gagne donc pas beaucoup d’argent. Je gagnais plus lorsque que je suis entrée au service de Beresford, même en brut et sans les primes, alors qu’elle au sommet de sa carrière. Quant à mon père, il a ouvert un restaurant et disons que ses paies ne sont pas très régulières même s’il fonctionne plutôt bien. Ho mes parents ne sont pas à plaindre, ils gagnent bien leur vie à tout prendre mais c’est vrai que je vis beaucoup mieux qu’ils ne l’ont jamais fait. Mais c’est un sujet dont on ne parle pas. Je sais qu’ils sont fiers de moi et cela me suffit. Histoire qu’elle ne m’embobine pas, je vais chercher l’argent tout de suite. Il me reste deux cents dollars dans mon portefeuille et je les lui donne. Oui c’est beaucoup plus que la course de taxi mais quand même. D’ailleurs Maman me regarde étrangement. Je hausse les épaules. – Je n’ai pas de monnaie. Elle secoue la tête, nullement dupe, mais me sourit en mettant l’argent dans sa poche. Je sais très bien qu’ils m’achèteront un cadeau avec le reste de l’argent. Du moment que ça couvre la course du taxi, le reste je m’en moque. Hailey arrive quelques minutes plus tard avec son mari et Joshua qui gambade partout. Tout le monde se salue joyeusement et bientôt je me retrouve seule avec ma sœur dans le jardin à mettre la table. Maman est dans la cuisine avec Josh alors qu’elle termine le repas et les hommes sont devant le barbecue une bière à la main. – Ho, mercredi Jenny, Nikki, Joyce et moi allons faire du shopping, tu veux venir ? – Tu as pris une journée pour, toi, aller faire du shopping ?! Merci la confiance ! – Je n’ai pas eu le choix, Veronica ne m’a pas demandé mon avis. Et ma sœur éclate de rire. – Ha oui je me disais aussi. On est un peu serré dans le budget en ce moment avec la maison et la crèche de Joshua. Je grimace. – Bah je pourrais te faire quelques cadeaux… et connaissant Nikki, elle t’en fera aussi. – Je ne veux pas de charité. Je lève les yeux au ciel. – Ce n’est pas une question de charité, range ton orgueil ! Mais tu ne connais pas Veronica… – Pourquoi, je devrais ? – Elle est la femme de Tom Walker, je t’en ai déjà parlé. – Oui, peut-être… – Ne sois pas si suspicieuse. Veronica est particulière mais elle est adorable. – Hin hin. Bon, je laisse tomber, elle est aussi têtue que moi. – Je passe te prendre à midi mercredi. On ira manger ensemble avant de rejoindre les autres au centre commercial. – Ha ? Pas de Rodéo Drive ? se moque-t-elle. Pff, mais c’est qu’elle se moque en plus. Comme si on allait se trimballer la route jusqu’à Beverly Hills. – On n’est pas dans « Pretty Woman » ! Elle s’esclaffe et je la suis. J’avoue que ça serait classe quand même. Julia Roberts et Richard Gere ont fait naître un mythe et un fantasme pour des milliers de générations de femmes dans ce film. Mercredi 11, dans une boutiqueTrois heures qu’on fait toutes les boutiques. Plus de cent quatre-vingts minutes. Je n’en peux plus. La prochaine fois que je me laisse entraîner… … attends, attends, la prochaine fois ? Non mais JAMAIS je ne recommence les séances shopping avec Veronica à plus forte raison si elle est avec Joyce. C’est la fin de mes pieds. Adieu jambes, je vous aimais ! J’ai mon éternel tailleur et des talons – presque – aiguilles alors oui évidemment je n’ai plus de pieds. En plus les filles m’ont confisqué mon téléphone. Ce n’est pas de ma faute s’il sonne tout le temps ! Je suis indispensable ! (Il y a d’ailleurs une magnifique auréole qui brille au-dessus de ma tête). Veronica a répondu au dernier appel de Beresford pour lui dire de me, je cite, « foutre la paix un peu ». Pour les autres, ils laissent des messages. Elles l’ont carrément éteint en remarquant que je pâlissais à chaque fois qu’il sonnait et que je ne pouvais pas répondre. Et depuis une heure je constate tristement que je suis une droguée du téléphone. Je suis en panique non seulement à cause de la quantité astronomique de fringues qu’elles me font essayer mais aussi parce que je pense à tous les mails et coups de téléphone qu’il va falloir que je rattrape. Je suis morte. Heureusement, la séance shopping ne se concentre pas trop sur moi mais surtout sur ma sœur qui a plus besoin que moi de nouvelles tenues. Nikki finit par lasser ma sœur – ce qui est un exploit vu que Hailey est au moins aussi têtue que moi – et elle finit par céder. Je me fais une joie – avec Veronica – de lui payer une nouvelle garde-robe… et les cinq filles que nous sommes ne peuvent s’empêcher d’acheter d’autres vêtements pour enfants pour Héloïse et Joshua. Trop mignoooooooooooooooooooooooons ! À un changement de boutique, Jenny se met à ma hauteur. Hailey, Nikki et Joyce sont devant et elles rient. Je suis contente de voir que toutes mes amies s’entendent bien, oui ma sœur compte comme une amie. Ma sœur et moi, on s’embrouille pour un rien mais on se réconcilie aussi sec. Ma sœur me tape sur les nerfs mais elle est une part de moi. Elle sait tout de moi, je lui raconte tout et je lui demande des conseils. C’est ma sœur quoi. – Comment tu vas ? – Je suis fatiguée et j’ai mal aux pieds, je soupire. Et toi ? Elle hausse les épaules. – Ça va. – Et… je cherche son nom et il ne me revient pas, je grimace. Elle me jette un regard et sourit. – Stephan ? Je claque des doigts. – C’est ça ! Toujours ensemble ? – Oui. Nous allons nous installer ensemble. Je fronce les sourcils. – Mais ça n’est pas déjà fait ? Elle me sourit de nouveau. – Je t’accorde que je passais beaucoup de temps chez lui mais non, ça n’était pas officiel… je te l’aurais dit quand même. – Mouais. Pas convaincue. – Et toi ? – Quoi « et moi » ? – L’amour ? Je hausse un sourcil. – Tu m’as déjà vue amoureuse ? Jennifer plisse son nez, ce qui lui fait une grimace bizarre, entre le comique et le sombre, je ne sais pas bien. – Non. – Quoi ? Derrière ce non, je sens qu’elle me cache un truc. – Rien. – Quoi ? je répète. Elle sait pourtant que je ne vais pas lâcher comme ça alors pourquoi elle ne me le dit pas tout de suite qu’on gagne du temps ? – Rien. – Non mais sérieusement, quoi ? – Mais rien je te dis ! – Non mais Jenny ne te fous pas de moi, je sens bien que… c’est parce que je ne suis pas amoureuse ? Elle inspire profondément. – Il va falloir que tu commences à faire un peu confiance aux gens. – Pff, mais je fais confiance aux gens ! Le regard qu’elle me lance en dit long sur son sentiment. Je détourne le regard. – Non Emma, tu me fais confiance, ainsi qu’à ta famille. A Joyce aussi. Il me semble que pour Nikki c’est bien parti, Nate sans doute aussi mais c’est tout. – Bah c’est déjà pas mal ! Elle lève les yeux au ciel. – Irrécupérable, marmonne-t-elle. – Quoi ? je fais, pas certaine d’avoir bien entendu. – Trouve-toi un copain, un vrai, pas juste un compagnon de plumard. – Bah dis donc, l’internat ne te réussit pas, tu deviens… dominatrice. – Emma, je suis sérieuse. Je me renfrogne. – Je sais. Mais je n’ai pas envie. Aucune envie de me remettre en question ni moi ni ma vie. On verra quand je quitterai Beresford. Houlà, elle est bizarre cette phrase… mais en même temps c’est vrai. C’est lui qui me bouffe la vie. Mais pour être honnête, quelque part, ça m’arrange bien. Mais plutôt mourir que de l’admettre. Après le dîner qu’on prend toutes les cinq dans un petit restaurant, les filles me rendent ENFIN mon téléphone. Et là heureusement qu’il y a un siège derrière moi parce que je tombe littéralement en rallumant l’objet. Mes oreilles bourdonnent et je me mets à trembler alors que je parcours ce que j’ai manqué. Je blêmis et les filles se précipitent vers moi. – Emma ? – Ça va ? Je ne relève même pas la tête, je n’en ai pas le temps. Seigneur, je suis si indispensable que ça ? Rolala, ça sent la nuit blanche encore. J’en suis à combien de café aujourd’hui ? Je compte rapidement… quatre. C’est bon, heureusement que je l’ai joué soft. Je sens le regard des filles sur moi, ça me fait rire. – Douze messages vocaux, quarante-deux appels en absence, ha, que cinq SMS et quatre-vingt-treize mails. Elles se taisent. Je ricane, elles font moins les fières maintenant. – Bien merci pour cette journée maintenant il faut que maman aille travailler ! Jenny, tu veux que je te dépose à l’hôpital ? – Mais… tu ne vas pas aller au bureau maintenant ? s’inquiète Nikki. Je la fusille du regard, je ne suis plus DU TOUT d’humeur. – Eh bien si ! Je ne suis peut-être qu’une assistante mais en attendant si cette entreprise tient c’est grâce à moi donc quand je disparais plusieurs heures comme aujourd’hui c’est la panique ! Merci ! Je sais que ça n’est pas de leur faute mais là il faut que j’évacue ma rage parce que je suis fatiguée, j’ai super mal aux pieds et je sais que je vais passer au moins quatre heures au bureau. Je n’ai même plus la force d’être sarcastique. Ma soirée ne fait que commencer. Jeudi 12 juillet, dans mon bureauUne odeur de café me tire de mon sommeil. J’ouvre difficilement les yeux et je mets quelques secondes à comprendre que je me suis endormie sur mon bureau. Je grimace. J’ai les bras tout engourdis. Pamela est en face de moi et elle me sourit. – Tu passes la nuit au bureau maintenant ? Je fais toujours des grimaces et je me frotte le visage. Je ne réponds pas et je prends le café. Seigneur Dieu, merci ! Je me sens mieux dès la première gorgée avalée. – Il est quelle heure ? Je murmure quelques minutes de silence après. – Neuf heures et quart. Je t’ai laissée dormir le temps de m’installer et d’aller te chercher un café. – Merci… Ha bah cool, du coup j’ai presque eu une nuit normale ! Bon, j’ai mal partout mais au moins j’ai dormi six heures. A cet instant Beresford entre dans la pièce. – Bonjour Adams, Pamela… houlà, Adams, vous avez une sale tête. La délicatesse même ce gars. – On dirait que vous venez de vous réveiller, ajoute-t-il avec un sourire. J’ai envie de lui balancer ma tasse de café dans la figure. Il a vraiment de la chance que je ne sois pas réveillée et que je tienne trop à mon café. – Enfin bref… Pamela, venez dans mon bureau tout à l’heure, j’ai quelque chose à vous demander… La secrétaire sourit, sachant pertinemment ce qu’il va lui demander et moi je lève les yeux au ciel. Et voilà, Pam retourne sous le bureau. Non mais sérieux, elle n’a pas plus d’amour-propre ? Je lui lance un regard entre dégoût et reproche mais elle hausse les épaules et quitte mon bureau. Un jour je lui ai demandé pourquoi est-ce qu’elle acceptait de coucher avec le patron et elle a simplement répondu que c’était le meilleur coup de sa vie et qu’elle n’allait pas cracher dessus sous prétexte que c’était son patron. Alors elle prenait tant que ça venait et voilà. Je n’écoute même pas ce que Beresford me dit. J’acquiesce, il part. Je bois mon café. Mardi 17 juillet, à mon bureau– Où est-il ? interroge Tom en arrivant rapidement, les mâchoires serrées. Je ne sais pas s’il est en colère ou inquiet… sans doute un mélange des deux. Je lève à peine les yeux de mon écran d’ordinateur à son entrée intempestive sans cesser de travailler. Je lui réponds avec calme, sachant pertinemment de qui il parle : – Costa Rica. Il n’est quand même pas obligé de me parler de cette façon. Je n’ai pas de compte à lui rendre et je ne suis pas responsable de ce que fait Beresford. Tom se fige et m’observe de très longues secondes moi, la plus compétente des secrétaires du monde alors que je poursuis toujours ma besogne, mes doigts tapant à un rythme régulier sur le clavier de l’ordinateur. Reprenant finalement ses esprits, il fronce les sourcils. – Mais… il t’a prévenue ? Depuis la soirée chez les Thompson le 4 juillet, depuis qu’il m’a vue bourrée en fait, nous sommes devenus des amis. J’avais en de maintes occasions pu constater ses talents d’homme d’affaires et j’avais pu apprécier ses qualités au travail mais depuis peu j’ai découvert qu’il est aussi une personne extraordinaire avec une sensibilité hors du commun et un calme ahurissant. Cet homme, qui ne me connaissait en définitive que peu, est maintenant capable de lire en moi comme dans un livre ouvert. Pourtant, il affirme que je suis difficilement déchiffrable. Lui, qui est venu me recruter à Yale pour entrer au service de Beresford. C’est marrant parfois la vie. On peut dire de toute façon que nous sommes tous plus ou moins devenus amis. Comme une espèce de groupe.
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