– Votre mère ?
Je sursaute et retiens un cri. Beresford sort de l’ombre pour ainsi dire et s’approche de moi avec deux coupes de Champagne à la main. Je pose une main sur ma poitrine.
– Vous m’avez fait une de ces peurs !
Je sens mon cœur battre super fort et trop vite. Il ne peut pas arriver en faisant du bruit comme tout le monde ?
– Ce n’était nullement mon intention.
Son sourire railleur me prouve qu’il ne s’en veut nullement. Sale type. Mais il me tend une coupe de Champagne alors je lui pardonne. J’adore le Champagne.
En même temps, quelle femme digne de ce nom n’aime pas le Champagne ?
– Merci.
– Hum.
– Que faites-vous ici ?
Il s’assoit à côté de moi et je dois me pousser pour qu’il puisse prendre place. Il lève son regard vers moi et je me noie dans ses yeux tellement bleus. Mon cœur s’accélère sensiblement alors qu’il venait à peine de se calmer mais ce ne sont pas les mêmes palpitations. Ma peau devient soudain plus sensible.
Houlàlà je dois arrêter l’alcool, je fonds là !
Au secours !
Je me secoue finalement et il détourne le regard pour se concentrer sur sa propre coupe.
– Je vous ai vue seule alors je suis venu vous tenir compagnie.
Je lui souris, compréhensive.
– Votre mère ou Nikki ?
Il me sourit à son tour et une étrange lueur traverse son regard.
– Ma mère. Ai-je réussi ma mission ?
J’éclate de rire.
– Vous m’avez apporté du Champagne, alors oui, parfaitement, je vous remercie.
– Mais de rien.
Beresford se lève et s’apprête à partir. Il se retourne finalement pour m’observer minutieusement de la tête aux pieds. Je frissonne tellement son regard est intense. J’ai l’impression qu’il vient de me voir nue. L’effet est saisissant, surtout dans ma culotte.
J’ai honte de moi.
– Vous êtes vraiment magnifique ce soir Adams.
– Merci monsieur.
Il me fait un clin d’œil et ajoute avant de s’éloigner pour de bon :
– C’est la première fois que je vous vois vraiment comme une femme.
Mon cœur cesse de battre une folle seconde avant de repartir à toute vitesse. Je reprends mon souffle et expire profondément.
– C’est justement là qu’est le problème, je me murmure.
Après une conversation au début repentante puis houleuse avec mes parents puis trois voire quatre coupes de Champagne, je me cache plus ou moins dans un coin de la terrasse. Je ne sais pas quelle heure il est et je ne veux pas le savoir. Je ne sais même pas comment je vais rentrer parce qu’il est hors de question que je conduise et de toute façon on est venu avec la voiture de Joyce qui a disparu je ne sais où avec Evan.
Je suis toute seule, en dépression sachant que je vais devoir me lever demain – ou tout à l’heure – que tous les invités sont encore présents donc il n’est pas si tard que ça… et… je ne sais pas en fait.
Tout à coup, la solitude me pèse.
Faut que je me trouve un mec.
Sauf qu’on est chez les Thompson. Mes deux patrons sont présents et les propriétaires m’apprécient. Je ne suis pas certaine que de coucher avec un des spécimens mâles de l’assemblée qui est largement majoritairement marié soit une bonne idée.
Je vais finir ma vie seule.
Ou prostituée pour payer mon loyer.
Je soupire. J’ai vraiment trop bu.
– Emma ?
Je sursaute. Je ne l’ai pas vu arriver.
– Monsieur Walker ?
– Je pense que tu peux m’appeler Tom maintenant, Nikki ne parle plus que de toi et… il s’arrête et fixe mes yeux. Ça va ?
Je grimace.
– Oui, ça va, pourquoi ça n’irait pas ?
– Dis-moi, tu en es à combien de bouteilles de Champagne ? s’enquit-il en croisant les bras, amusé.
Je prends un air offusqué.
– Ça ne se compte pas en bouteilles quand même !
Il hausse un sourcil perplexe, il ne me croit pas du tout.
– Qu’est-ce qu’il se passe ?
Haaaaaaaaaaaaaaa, mais d’où elle sort elle aussi ? La fée de la mode est là maintenant, elle glisse dans les bras de Tom et me regarde bizarrement.
– Rien, lui fait son mari, elle est bourrée.
– Mais non, pas du tout !
Je suis blessée par leur manque de foi envers ma personne.
Face à leur air perplexe, je hoche la tête.
– Bon d’accord, peut-être un petit peu.
Et ils éclatent de rire ces traîtres !
– Pourquoi vous êtes là tous seuls tous les trois ?
Je sursaute, encore, mais cette fois avec un bond de malade et je fais volte face, sans rire j’ai battu Sotomayor. Hey mais ils ont tous développés des pouvoirs de téléportation ou quoi ?
– Emma est bourrée, dit simplement Veronica à Evan.
– Non mais c’est bon, arrêtez ! je m’offense.
Mais ils ne m’écoutent absolument pas et se paient carrément ma tête.
Bon, ils ne sont plus mes amis, c’est officiel.
– A quoi tu penses ? me fait soudain Evan.
– A comment je vais à tous vous faire ravaler vos paroles.
Et ils se marrent de nouveau.
Joyce arrive à cet instant. Je ne sursaute pas vraiment parce que je m’attendais à la voir débouler dès que j’avais vu Evan. Hé hé j’ai bu mais mon cerveau fonctionne un minimum.
– Qu’as-tu encore fait Emma ? s’amuse-t-elle.
– Heeeeeee mais rien du tout, tout le monde est contre moi !
– Ta copine est cuite.
Joyce me regarde dans les yeux une seconde avec le plus grand sérieux. Oui, elle sait si je suis morte ou pas. Elle m’a vue passer par tous les stades d’alcoolémie.
– Six cent vingt-quatre par treize ?
Je fronce les sourcils une seconde. Ho, la Terre tourne !
– Quarante-huit.
Les autres sont ahuris. Je renifle en attrapant une nouvelle coupe de Champagne pendant que Joyce explique calmement aux autres :
– Emma supporte très bien l’alcool, tant qu’elle peut compter, c’est bon. C’est une fois qu’elle n’est plus capable de le faire que c’est inquiétant.
– ET TOC ! je crie en prenant une nouvelle gorgée de Champagne. Champagne qui est excellent soit dit en passant.
Ils me regardent tous maintenant comme si j’avais un troisième œil.
– Non mais… elle fait ça pour tout ? demande finalement Tom.
– Oui, elle est folle avec les chiffres.
– Woua, la classe ! Intervient Evan.
– C’est carrément exceptionnel, murmure Nikki qui pour une fois se tait.
Hihi, rien que pour avoir réussi à faire taire Veronica, je veux bien qu’ils se paient de nouveau ma tête en me prenant pour une pochtronne.
– C’est exceptionnel de savoir compter ? Je ne crois pas non, je ricane.
Puis ils me saoulent alors je m’en vais avec ma coupe.
Faut que je trouve Beresford puis madame Thompson. Je tiens encore sur mes jambes mais pas pour longtemps, il est temps pour moi de tirer ma révérence.
J’ai mal aux pieds, je suis crevée et demain je me lève, je n’ai pas de voiture, je commence à avoir faim (effet retardataire de l’alcool bonjour !) et je m’ennuie.
Bref, je suis bourrée.
Samedi 7, le matin assez tôt encore dans ma chambre après un coup de téléphone de Beresford.CHAUSSUUUUUUUUUUUUUUUUUUURES ! Où est cette p**** de chaussure ! Purée, voilà que je me censure toute seule maintenant. Non mais j’ai vraiment un grain. Je mets un bordel sans nom dans ma chambre tout ça parce que je ne trouve pas ma seconde chaussure.
Je soupire. Elle est peut-être dans le salon. J’ouvre la porte pour continuer mes recherches et tout ça de manière très peu délicate et discrète. De toute façon avec le bazar que je fais, Joyce doit être réveillée depuis une bonne dizaine de minutes.
– Haaaaaaaaaaaaaaaa.
Un cri entre en écho avec le mien et je me retourne pour fixer ma porte. Réaction débile en plus, j’ai déjà tout vu.
Evan.
A poil.
Dans mon salon.
– Emma ? bredouille-t-il.
– Oui ! Je vis ici je te signale !
Puis je me retourne, après tout ce n’est qu’un homme, j’en ai vu d’autres… Il est plutôt pas mal d’ailleurs. Il se cache comme il peut et ça me fait doucement sourire.
Je n’ai aucune pudeur. Hihi. Il rougit. Rooooh c’est mignon.
– Mais qu’est-ce que TOI tu fais dans mon salon à poil à… six heures trente ?
Il rougit de nouveau et je vois qu’il a en main le miel. Et c’est plus fort que moi, j’éclate de rire.
Ha bah lui ne sort pas de « 7 à la maison » en fait. Quoique, à ses rougissements… je me racle la gorge pour étouffer mon rire.
– Et toi ? me fait-il soudain, toujours aussi mal à l’aise.
Je m’étonne et il le lit dans mes yeux car il ajoute :
– Debout à cette heure-ci, un samedi.
Je grimace.
– Beresford a besoin de moi. Je resterai sans doute toute la journée chez lui. Bref ne m’attendez pas.
– Je ne savais pas qu’il te menait autant la vie dure.
Je fais comme s’il n’avait rien dit parce que je ne suis pas certaine qu’il s’adresse vraiment à moi et je regarde ma montre.
– D’ailleurs il faut absolument que j’y aille… il faut que je trouve ma chaussure et… ha elle est là ! (au pied du canapé, bien sûr tout est normal). Du coup, je souris, machiavélique en la mettant, vous pouvez faire tout le bruit que vous voulez, vous serez seuls.
Il rougit de nouveau et détourne le regard. Je quitte l’appartement, toujours morte de rire.
– Ho mais je ne vous conseille pas le miel, ça colle c’est désagréable… le Nutella c’est mieux ! Le Nutella, tu es sûre qu’aucune fille ne le gâchera et qu’elle léchera et sucera jusqu’au bout.
Et là, en fermant la porte, je me rends compte du double sens de ma phrase et mon fou rire reprend.
Le lendemain, chez Papa et MamanJe grimace alors que le verre tombe sur le sol et se brise en mille morceaux dans un bruit de fin du monde.
– QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE BRUIT EMMA ?
– RIEN MAMAN, je hurle comme elle, JUSTE MOI QUI VIENS DE CASSER UN VERRE !
Elle entre à cet instant et soupire.
– Je vais retenir le chien, nettoie-moi ça.
Non pas du tout, je vais tout laisser traîner pour qu’Eos se blesse. Parfois j’ai l’impression que ma mère me prend pour une débile mentale.
En même temps, j’ai réussi à casser un verre en ouvrant simplement un placard. Je suis quand même très forte, il faut le reconnaître. Heureusement que ça n’était qu’un vieux verre tout moisi. Et évidemment, je me coupe en ramassant les plus gros morceaux. Pas beaucoup mais suffisamment pour que je mette du sang partout et que ça me fasse grimacer. J’enroule un morceau d’essuie-tout autour de mon doigt puis je vais chercher l’aspirateur une fois que tous les gros morceaux sont dans la poubelle. Alors que j’ai branché l’appareil, j’entends ma mère crier sur le chien qui se précipite vers la cuisine.
– Non ! Je lui ordonne à mon tour. Pas bouger !
Eos me regarde avec ses grands yeux de Cocker – même si c’est un Golden Retriever – mais je lui montre mon index, menaçante. Il ne bouge pas mais je le sens prêt à faire une connerie.
Je n’ai aucune confiance en ce chien.
– Couché !
Il hésite une seconde puis m’obéit alors que je suis ses mouvements attentivement. Maman arrive alors et soupire en voyant le chien.
Après réflexion, je pense que les soupirs doivent être génétiques. Ma mère aussi passe son temps à soupirer.
Ou alors c’est moi qui la blase…
Mouais sans doute un mélange des deux.
– Ce n’est pas possible, tu es pénible toi !
Pour toute réponse, le chien se lève en remuant la queue puis va se frotter contre Maman qui le caresse. Quelle autorité.
Une fois que j’ai terminé de réparer mes bêtises, je sors enfin les verres et je demande :
– Quand est-ce qu’elle arrive Hailey ?
– Bientôt, elle a téléphoné il y a cinq minutes pour dire qu’ils partaient.
– Vous partez bien demain chez Clara ?
Clara est ma grand-tante du côté de mon père. Nous allions toujours passer une partie de nos étés chez elle à Miami lorsque nous étions enfants avec Hailey. C’était marrant. Souvent ennuyeux mais amusant à tout prendre.
Je n’échangerais mes souvenirs d’enfance pour rien au monde.
– Non, mardi, l’avion est à six heures. Mais ta sœur prend le chien aujourd’hui.
Je grimace.
– Vous voulez que je vous emmène ?
– Non ma chérie, c’est gentil mais nous allons prendre un taxi.
– Maman, les taxis coûtent chers et…
– Emma, tu as assez de travail comme ça, tu ne dors déjà pas assez alors je refuse que tu dormes moins à cause de nous.
Je grimace encore. Ça ne me plaît pas.
– Je vous emmènerai quand même Papa et toi.
Elle soupire, exaspérée. Mais elle sait que je ne céderai pas, elle sait de qui j’ai hérité mon caractère têtu. Hihi !
Je lui fais mon plus beau sourire angélique.
Ma mère pince les lèvres. Elle réfléchit. Ce n’est pas bon pour moi ça, surtout vu la façon dont elle me regarde.
– Très bien, alors puisque c’est l’argent qui t’embête et moi c’est ton sommeil, tu n’as qu’à payer le taxi, comme ça tout le monde est content.