– Elle serait super jolie en brune non ?
Et ce que Nikki de dire me ramène sur Terre. Je les regarde à travers le reflet du miroir.
Quoi ? Non mais il n’est pas question qu’on touche à mes cheveux ! Je suis fière d’être rousse ! J’en ai souffert des années au collège puis au lycée mais maintenant j’assume parfaitement… d’autant plus que je n’ai pas de taches de rousseur… sûrement parce que mon roux tire sur le brun. Ma mère dit toujours que mes cheveux sont entre l’auburn et le roux. Bref, don’t touch my hair !
– Elle était blonde, il paraît, au lycée.
Nikki étouffe un rire.
– Sérieux ? Qui te l’a dit ?
– Ho je vais tuer Jenny ! J’interviens.
– Jennifer, répond alors Joyce en me souriant. L’amie d’enfance d’Emma. Mais tu as dû la rencontrer à l’hôpital…
Veronica la regarde avec étonnement et j’interviens.
– Elle était l’interne du service aux urgences lorsque Héloïse y est allée pour sa méningite. Le docteur Thompson doit la connaître également.
Non mais je me rends vraiment compte là que je vis dans un monde minuscule. Mais c’est quoi ce pays où toutes mes connaissances ont des liens entre elles ?!
– Non je ne vois pas…
– Le Docteur Abbot.
– Haaa oui une fille avec une belle peau blanche, des yeux et des cheveux noirs à la Blanche-Neige !
Il n’y a que Veronica pour trouver des comparaisons entre les gens et des personnages Disney.
Je la regarde, front plissé, puis j’éclate de rire.
– Ça ressemble à Jenny… mais les filles… VOUS NE TOUCHEREZ PAS À MES CHEVEUX !
Mais comme si je n’avais rien dit, Joyce penche un peu la tête et attrape une de mes mèches.
– Oui, elle serait jolie en brune… avec une frange… les cheveux lisses également.
Je soupire et je me tais, il ne me reste que ça à faire pendant que les deux folles caquettent et volent autour de moi dans l’optique de me préparer à ce mémorable 4 juillet.
Moi en brune, pffff, et avec une frange. Ha ! Manquerait plus que ça !
Si je ne sors pas d’ici cinq minutes, je vais devenir folle. Mon téléphone sonne, c’est Ingrid. Je décroche sous le regard furieux de Nikki qui termine mon maquillage. Mais je m’en fiche. Si elle veut que Beresford soit là il faut que je gère la logistique.
– Adams.
– Mademoiselle, Monsieur doit mettre quel costume ?
– Je vous ai dit le blanc ou le bleu.
– Oui mais justement, il ne sait pas.
Je ferme les yeux. Il ne peut pas faire un choix non ? Veronica me sourit alors et me murmure, des étoiles dans les yeux :
– Le bleu !
Je ne pose pas de question, je ne veux pas savoir. Je lui fais plaisir et réponds à l’intendante de Beresford :
– Le bleu. Faites-lui mettre le bleu. Attention, l’Armani, pas l’autre. Et cravate, pas de nœud papillon. Quant aux boutons de manchette, prenez ceux en or jaune.
Je vois Veronica me faire de gros yeux et je lui fais signe de se taire.
– Merci Mademoiselle Adams.
– Bonne soirée.
– A vous aussi Mademoiselle.
Je raccroche. Et Joyce ne peut plus retenir Veronica qui se plante devant moi.
– Le nœud papillon lui va très bien ! s’offusque-t-elle.
Je lève les yeux au ciel.
– C’est peut-être toi qui l’aide à acheter ses vêtements mais je connais son dressing par cœur et je sais ce qui lui va ou pas. Et avec son costume bleu, il lui faut la cravate à lavallière avec le nœud géorgien.
Elles me regardent maintenant toutes les deux comme si j’avais deux têtes.
– Quoi ?
Elles échangent un nouveau regard entre elles, se sourient avant de reporter leur attention sur moi. Oulala je n’aime pas leur sourire ni leur regard. Ça fait deux fois en moins de dix minutes et ça ne me dit rien qui vaille.
– Quoi ? je répète un peu plus hystérique d’ailleurs.
– Rien, me fait Joyce.
Alors que je les regarde l’une après l’autre, elles se détournent de moi pour poursuivre et perfectionner mon maquillage et ma coiffure. Je n’ai rien compris à ce qu’il vient de se passer.
Nous descendons trois minutes après, après une dernière retouche de maquillage pour les filles. Les premiers invités arrivent alors que nous avons salué le Docteur Thompson qui est avec son épouse.
Avec son épouse, c’est classe quand même. Ça sonne mieux que « sa femme ». C’est plus distingué disons. Mais je m’égare. J’en reviens au présent et madame Thompson nous demande de l’aider à accueillir les invités. Veronica me sourit.
– Les garçons sont en route !
Il avait été décidé que Tom Walker, Evan Thompson et Jonathan Beresford arriveraient en même temps. En réalité, c’est moi qui ai demandé à Tom d’aller chercher Jonathan puisque sa femme m’a kidnappée pour une séance Emma-est-une-Barbie-géante. Et comme Evan ne voulait pas arriver seul – il avait la trouille de présenter sa copine à ses parents oui ! – il s’est incrusté chez son frère après s’être préparé.
Ha les hommes !
Lorsqu’ils arrivent enfin, j’ai déjà une coupe de Champagne en main. Du vrai vin de Champagne, français et tout, pas une plate copie californienne.
J’adorerais aller en France. Certes je suis déjà allée à Paris avec Beresford pour les affaires mais je n’ai jamais eu l’occasion de visiter. Si je le pouvais, je pense que je ferais comme beaucoup de célébrités et j’achèterais une maison dans le sud de la France. C’est classe quand même !
La plupart des invités sont présents lorsqu’ils passent la porte. Je le sais parce que Veronica nous lâche d’un coup et se précipite dans l’entrée. Nous échangeons un regard amusé avec Joyce avant de la suivre. Je récupère au passage au bar une coupe de Champagne pleine pour Beresford. Je sais qu’il n’aime pas trop ce genre de soirée, surtout chez ses parents, car il veut bien se tenir pour eux et il ne peut pas s’amuser. Pauvre chou !
Lorsque nous arrivons près de Tom et des autres, les propriétaires de la maison sont déjà présents et saluent les fils prodigues. Je souris malgré moi.
Héloïse est dans les bras de son père dans sa jolie robe rouge. Mon regard se pose alors sur mon patron et je remarque qu’il me fixe, complètement ahuri. Finalement, il arbore un sourire arrogant et charmeur alors que je m’approche pour lui donner une coupe de Champagne.
– Adams ! s’exclame-t-il. Pour un peu je ne vous aurais pas reconnue. Vous êtes magnifique.
J’apprécie le compliment et hoche la tête. Oui, Beresford ne sort pas des compliments pour rien aux femmes, il faut le reconnaître. S’il dit que je suis magnifique, je dois l’être. Ou alors il me drague… je scrute un instant son regard mais non, il n’a pas son air de fauve que j’ai appris à discerner. Non, il m’a fait un vrai compliment.
Bah mince alors.
– Vous pouvez remercier Joyce et Nikki. Je viens de passer une journée entre leurs mains. Je n’en peux plus. Elles sont presque pires que vous.
Beresford éclate de rire.
– Tant que c’est « presque ». Merci.
– Et moi alors ? me fait Evan avec une moue d’enfant. Pas de Champagne pour m’accueillir ?
Je lui souris et secoue la tête.
– Débrouille-toi tout seul, je ne suis pas payée pour m’occuper de toi !
Tout le monde éclate de rire sous son air offusqué. Je fais alors les gros yeux à Joyce qui semble soudain paniquée et secoue la tête. Mais Veronica est à côté et elle suit notre échange silencieux. Pour une fois d’accord avec moi, elle pousse sans ménagement Joyce en avant, l’obligeant à traverser le cercle que nous avons naturellement formé. Incertaine, elle lève les yeux et croise le regard d’Evan qui est soudain sérieux.
Ha oui quand même. L’heure est grave. Il tend la main et Joyce le rejoint en quelques pas, les yeux baissés, toute timide. Ils sont mignons.
Beresford me prend par la taille pour attirer mon attention et murmure à mon oreille.
– Qui est cette fille ?
– Attendez deux minutes et vous le saurez.
Il fait une grimace désapprobatrice et soupire en me relâchant. Là où ses doigts se sont posés, je me sens comme marquée au fer rouge et je frissonne à son contact, sans parler de son souffle dans mon oreille qui m’a hérissé les poils.
Traître de corps. Je serre les dents et me concentre sur mon amie.
– Maman, Papa, je voudrais vous présenter Joyce… elle et moi… sortons ensemble.
– Mais… n’êtes-vous pas une amie de mademoiselle Adams ? s’étonne madame Thompson en se tournant rapidement vers moi.
– Si Madame, mais j’ai rencontré votre fils par hasard il y a un mois et…
– Je jure que je n’y suis pour rien ! j’interviens pour détendre l’atmosphère.
Tout le monde se tourne vers moi et je capte le regard reconnaissant de Joyce. Je lui souris et poursuis :
– Je n’ai appris qu’elle sortait avec Evan qu’il y a deux semaines.
– Oui, sourit à son tour Evan en prenant sa petite amie par la taille de manière possessive, Joyce m’avait prévenu que notre histoire ne pourrait être sérieuse qu’après l’aval de sa meilleure amie… je trouvais que c’était un peu exagéré de ne baser notre relation que sur l’avis d’une personne même s’il s’agissait de la meilleure amie de ma chérie mais… quand j’ai vu Adams arriver, j’ai compris…
Tout le monde se tourne de nouveau vers moi et… éclate de rire.
Meuhhhhh, je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me dit que je ne dois pas bien le prendre.
De trèèèèèèèèèèèèèèèèèèès longues heures plus tard, alors que je suis assise sur le bord de la fontaine (si, si, ils ont une fontaine dans leur jardin… tout est normal !), ma coupe de Champagne vide en main, ma tête appuyée sur mon poing, je soupire.
Je ne sens plus mes pieds, je suis épuisée et j’ai sans doute trop bu. Sinon la soirée s’est tout de même très bien passée.
Les Thompson, surtout madame Thompson, m’ont toujours appréciée. Elle a vite accepté Joyce aussi. En même temps, on ne peut pas ne pas aimer Joyce… on peut la jalouser mais c’est tout. D’ailleurs, madame Thompson et ma meilleure amie se ressemblent un peu par leur caractère doux et gentil.
Comme quoi, les chiens ne font pas des chats. Les hommes Thompson sont attirés par le même genre de femmes.
C’est rigolo !
Mon portable sonne. Avec un soupir, je le retire de mon soutien-gorge sans bretelle et je décroche en voyant le nom de ma sœur apparaître.
– Hailey ! Bonsoir, comment tu vas ?
– J’espère que tu as une bonne excuse !
– Euh… pourquoi ?
– PARCE QUE TU N’ÉTAIS PAS LÀ AU REPAS À MIDI À LA MAISON !
J’éloigne le combiné de mon oreille avec une grimace.
– Mais enfin de quoi tu parles ? Je m’agace.
– Emma, tu as bu ?
– Euh… un peu pourquoi ?
– Tu es où ?
– Hey ça va la Sainte Inquisition ? Tu te prends pour Maman à me fliquer ?
– Baisse d’un ton avec moi !
– Je fais ce que je veux !
Purée, j’ai l’impression d’avoir de nouveau dix ans quand je me dispute avec ma sœur.
– Emma !
– Oui c’est moi !
– Tu m’énerves ! Alors tu es où ?
– m***e !
– Emma, tu n’es pas venue au repas aujourd’hui et tu veux que je te laisse tranquille ? Mais tu te fous de qui m***e ?
Deux vulgarités dans une même phrase ? Hum, elle est vraiment fâchée la frangine. Puis je comprends ce qu’elle vient de me dire.
– Hein ? Mais quel repas ?
Elle soupire bruyamment, désappointée.
– Celui que l’on fait tous les ans chez Papa et Maman le midi du 4 juillet.
Et là mon cœur s’arrête. Miiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiince j’ai complètement zappé.
Mais alors complètement.
Donc, avec la plus grande mauvaise foi du monde, comme toute petite sœur qui se respecte, je fais tout retomber sur les épaules de ma sœur.
– Mais tu ne m’as rien dit aussi.
Elle est clairement agacée.
– Non mais… EMMA… tu… HA !
C’est moi ou on ne comprend rien ?
– Vous ne m’avez même pas téléphoné !
Tant qu’à faire, autant pousser le bouchon le plus loin possible.
– Maman voulait te laisser le bénéfice du doute ! Non mais Emma franchement, si tu ne pouvais pas venir, on aurait compris, on aurait râlé d’accord mais tu aurais pu au moins prévenir ! Papa est inquiet maintenant !
– Tu es toujours à la maison ?
Ma sœur semble se calmer. Je la connais tellement bien que je suis certaine que là elle a les yeux fermés et qu’elle se pince l’arête du nez.
– Non, je suis rentrée avec Ryan, Joshua était fatigué.
– Je vais appeler à la maison.
– Bonne idée. Alors tu es où ?
Je ferme une seconde les yeux à mon tour.
– Chez les Thompson.
Je sens qu’elle va me couper alors je prends les devants et je me précipite.
– Non, laisse tomber, je t’appellerai plus tard pour tout te raconter.
– Tu as intérêt.
Ha la voix faussement menaçante de grande sœur. Je souris.
– Bonne nuit Hailey, bisous à mon neveu.
– Bonne fin de soirée Emma et ne fais pas trop de bêtises.
– Oui Maman ! je plaisante.
Et nous raccrochons.
A moitié amusée, je m’apprête à téléphoner à mes parents, ce qui va être nettement moins drôle.