Chapter 5

2431 Mots
J’en connais une qui sera ravie et des parents qui le seront nettement moins. Samedi 19 mai, je ne sais même pas quand au milieu de la nuitMon téléphone sonne, encore. Je crois que je vais vraiment finir par l’éteindre la nuit… Avec des gestes brusques parce que je n’ouvre pas les yeux et qu’il fait de toute façon sombre, je tâtonne dans tous les sens pour trouver mon téléphone. – Qui c’est encore ? – Emma. J’ouvre les yeux instantanément. Des larmes dans la voix, de la vraie tristesse, un profond désarroi. Encore une fois, le sommeil me quitte rapidement. – Joyce ? Que se passe-t-il ? – Est-ce que… est-ce que tu pourrais venir me chercher s’il te plaît ? – Où es-tu ? Que se passe-t-il ? – Je… je ne sais pas. Je me suis disputée avec Greg et… il m’a frappée… La fureur s’empare de moi alors que je me lève précipitamment pour m’habiller avec ce qui me tombe sous la main. J’ai toujours détesté ce type. Deux ans qu’elle était avec et, dès notre première rencontre, je l’avais prévenue que ça allait mal se terminer. Mais Joyce étant ce qu’elle est, elle ne m’a pas écoutée. – Calme-toi Joyce, je viens te chercher, regarde autour de toi et trouve le nom de la rue… au pire arrête quelqu’un, il y a toujours du monde dans la rue… Elle sanglote toujours au téléphone mais je sens que ma voix l’apaise. Je manque de me casser la figure en sortant de ma chambre en mettant mon pantalon et je jure comme un charretier – ma mère me tuerait si elle m’entendait ! – quand je me cogne le genou sur la table du salon. – Joyce ? – Oui oui… Finalement, après trois ou quatre minutes de guerre avec moi-même, je sors de mon appartement où je vis depuis trois ans et je raccroche sachant enfin où elle se trouve… enfin, techniquement. Vive les GPS ! Je rentre l’adresse en démarrant rapidement. Heureusement que je conduis bien (merci maman pour les cours de pilotage quand j’avais dix-huit ans !). Je suis vraiment en colère ! On ne touche pas à mes amis ! Encore moins à mon adorable Joyce. Joyce, c’est une Barbie… sans les clichés mais avec la perfection des princesses Disney. Si elle n’était pas mon amie, je la détesterais. C’est d’ailleurs cette pensée qui me traverse malgré mon inquiétude lorsque je la trouve assise sur le banc d’un arrêt de bus et malgré toutes les épreuves qu’elle vient de traverser elle est… parfaite. Elle pleure, c’est indéniable, mais ça ne fait pas comme moi, elle, elle n’a pas les yeux rougis et bouffis ni le nez qui coule. Nan nan, Joyce ressemble à une sirène. La peau pâle et humide à cause des traces de larmes. Elle est assise toute droite, toute fraîche dans sa robe printanière même si elle doit avoir froid. Ses cheveux blonds volumineux, soyeux et ondulés tombent parfaitement dans son dos et sur sa poitrine et ses yeux bleus emplis de larmes ressortent encore plus qu’en temps normal. Elle ferait pâlir de jalousie n’importe quel mannequin du monde. Je m’arrête devant elle et me penche pour lui ouvrir la porte. – Monte, je lui ordonne doucement. Elle a légèrement sursauté en m’entendant et elle relève la tête pour me voir. Joyce se lève après quelques secondes, comme pour reprendre ses esprits puis elle s’installe dans l’habitacle. Je redémarre dès qu’elle a claqué la porte. – Est-ce que ça va ? J’utilise une voix douce. Joyce a cet effet sur moi. Elle me désarme toujours. Je ne peux pas être en colère ni cynique avec elle, elle est trop pure, trop gentille pour cela. Ce serait la trahir en quelque sorte. Joyce se contente de regarder un long moment la route avant de souffler, comprenant que j’attends vraiment une réponse. – Pas vraiment. – On en parle ? – Vu les cernes que tu te trimballes, tu es épuisée, demain… – Joyce, je soupire. Elle est pénible, toujours à s’inquiéter des autres avant elle. – Demain Emma. Je ravale mon agacement. – Dis-moi au moins s’il faut qu’on passe à l’hôpital. Elle tourne rapidement la tête vers moi et je sens qu’elle est choquée. – Pourquoi faire ? – Tu m’as dit qu’il t’avait frappée. – Oui… oui, balbutie-t-elle. Mais il m’a juste mis une grande claque. Je n’ai déjà plus de marque… je suis partie tout de suite avant que… ça dégénère. Je respire profondément. Elle a bien fait. J’ai presque envie de sourire. Je suis fière de mon amie. Comme il n’y a qu’une seule chambre dans mon appartement, la deuxième ayant été transformée en bureau/salle de sport qui ne sert strictement jamais, et qu’il n’est absolument pas question que Joyce dorme dans mon canapé, aussi confortable soit-il, elle dort avec moi dans mon lit. Je m’endors sans vraiment m’en rendre compte, la main de mon amie dans la mienne. C’est vrai que la semaine a été rude… comme toutes les autres en fait. J’ouvre les yeux au moment où je sens une bonne odeur de café me titiller les narines. Haaaaaaaaaaaaaa Joyce le retour ! Nous avons partagé notre chambre pendant nos quatre années à Yale. De simples colocataires, nous sommes devenues inséparables. La naïveté de cette fille, sa gentillesse m’ont émue. Oui, je l’adore comme j’adorerais une petite sœur. D’un pas traînant, je me lève et je vais vers la cuisine. Je m’assois sur un tabouret du bar qui sépare la cuisine du salon et j’appuie mon visage sur mon poing. Une tasse apparaît silencieusement dans mon champ de vision. Mon Dieu, j’avais oublié à quel point elle était attentionnée et adorable. Je me shoote en respirant la bonne odeur de café puis j’en prends une grande gorgée. Voilà, ça va mieux. Je sens le voile se lever doucement de mon esprit et j’ouvre les yeux. Joyce s’est assise en face de moi et elle me sourit. Je lis dans son regard la même nostalgie que la mienne quelques instants auparavant. Je lui souris à mon tour. – Merci. – Je n’ai pas oublié. Je ris. – Ça risque d’être difficile vu comme je t’ai enquiquinée avec ça pendant quatre ans. – Ho même depuis ! Je la fusille du regard. Ce n’est pas drôle… je sais parfaitement que je ne suis pas du matin… ça n’était pas de ma faute s’il ne fallait pas me demander quoi que ce soit avant d’avoir pris mon café ! Et je crois que cette addiction est pire depuis que je suis au service de Beresford. – Tu ne vas pas travailler aujourd’hui ? me demande finalement Joyce. Je hausse les épaules. – Pas besoin. Cela fait des mois que je ne vais plus – ou rarement – au bureau le samedi. Je travaille ici, de toute façon monsieur Beresford n’y va jamais… sinon je vais chez lui si j’ai besoin d’une signature ou autre. – Mmh. – Quoi ? – Votre relation est franchement étrange. J’acquiesce. – Sans doute… même si l’on ne peut pas vraiment parler de relation… ça se dit une « non-relation » ? En plus, je crois qu’il ne connaît même pas mon prénom. Joyce ouvre de grands yeux. – Non ? Tu plaisantes ? Je ris. – Pas du tout. Il m’appelle tout le temps « Adams ». Il faudra que tu viennes un jour au bureau… non en fait non. Pas bonne idée du tout… on va éviter que Beresford la rencontre… il voudrait la mettre dans son lit. Ho non pas ma Joyce. – Pourquoi non ? Je soupire. – Disons… que ce qu’on raconte sur lui et les femmes dans les journaux n’est qu’un pâle reflet de la réalité. – Hoo, comprend-elle en rougissant. Sa réaction me fait sourire. – Bon, maintenant que j’ai bu mon café, tu vas me raconter ce qu’il s’est passé hier soir ? Joyce baisse les yeux, honteuse. Ce qu’elle m’agace par moment ! Mais je ne dis rien encore, j’attends. La brusquer c’est la braquer. Je me lève et lui prépare un thé. Elle a toujours préféré le thé. Lorsque la tasse fumante est devant elle, elle me sourit, reconnaissante, puis elle commence à me raconter l’histoire. Heureusement, ce n’était rien de bien terrible. Bon d’accord, je vais tuer ce type, le faire découper en morceaux puis je ferai nourrir les cochons avec. Les hommes de Beresford pourront m’aider… J’ai plein d’idées de meurtres qui me traversent la tête… j’ai une imagination débordante. – Non Emma, me fait-elle soudain alors qu’elle vient de terminer son récit. Je sens de la lassitude dans sa voix. Je relève la tête et réponds poliment : – Hein ? De quoi elle me parle encore ? Je suis tranquillement dans mes pensées sanglantes et elle… – Non, tu vas le laisser tranquille. – Pff, tu n’es pas drôle. – Je vais le quitter, pas besoin que tu termines en prison… ce n’était qu’une gifle. Cette fille est horripilante quand elle s’y met. – Non mais tu plaisantes ?! Qu’est-ce que tu… Elle me coupe de son sourire indulgent et angélique. Arg ! Elle me désarme quand elle fait ça. J’expire bruyamment pour lui montrer ma désapprobation. Je reprends après quelques secondes de silence. – Bien, alors tu vas venir vivre chez moi. – Ici ? sursaute-t-elle. Je hausse un sourcil. – Parce que tu me connais d’autres « chez moi » ? – Euh… non. Mais… – Pas de mais… je ne peux pas faire sa fête à Greg alors tu vas au moins venir ici pour te ressourcer. Je vais déménager le bureau, tu en feras ta chambre, je bosserai dans le salon au besoin… – Mais… – Mais arrête oui ! Je ne me sers jamais de cette pièce ! Je ne suis même presque jamais ici ! Ho Joyce, laisse-moi t’aider s’il te plaît. Joyce me regarde d’une drôle de façon. – Emma, tu es vraiment étrange. – Pourquoi ? Parce que je veux t’aider ? – Non, parce que tu veux m’héberger. Je lève les yeux au ciel. C’était ça ou soupirer. – J’ai toujours aimé vivre avec toi. Elle rit. – Ça c’est parce que je fais la cuisine et ton café le matin. J’acquiesce avec une grimace. C’est complètement vrai. Dimanche 20 mai, je ne sais pas quand mais définitivement trop tôtMon téléphone sonne. Mais ça n’est pas le réveil. Mais qu’eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeest-ce qu’ils ont tous cette semaine à m’appeler au milieu de la nuit ? J’ai la tête d’une fille nocturne ?! Simple question rhétorique évidemment. Très très agacée, pas réveillée, je prends cet instrument de technologie de torture et décroche. – J’espère qu’il y a au moins un mort… Je crois que je viens de grogner. Je ne sais même pas si c’est compréhensible ce que je viens de dire. Sans doute pas. – Emma ? C’est Nate. J’entends de la surprise dans sa voix. – Est-ce que ça va ? On dirait que tu dors. – Hein… mais… j’ouvre une seconde les yeux, enlève mon téléphone de mon oreille et je… suis choquée. Qu’est-ce qu’il te prend de m’appeler à cinq heures du matin ?! UN DIMANCHE EN PLUS ?! – Oups, pardon, j’avais oublié le décalage horaire. Nate, Nathanaël Hastings, mon Preppy que je rêvais de rencontrer à Yale. Bon, il est devenu mon ami et plus si affinités certains soirs mais ce n’est définitivement pas l’amour de ma vie comme j’en rêvais gamine. Mais j’adore ce mec, il est ce qu’on pourrait qualifier de meilleur ami. Enfin, je l’aime en temps normal. Là, j’ai juste envie de le balancer du haut de son appartement situé au quarante-deuxième étage à Manhattan. Nate est adorable… mais rebelle un peu, dans son genre. Alors qu’il a grandi avec une cuiller en or dans la bouche dans l’Upper East Side, il aime sa vie et son argent mais, par esprit de contradiction, il a refusé la place qui lui était réservée à Harvard depuis sa naissance pour favoriser Yale où nous nous sommes rencontrés. Ralala, cet homme me faisait bien marrer. Bah oui, tout le monde sait que les étudiants de Yale et Harvard se détestent et se font la guerre depuis des siècles. – C’est ça oui… je marmonne. – Non sérieusement, je t’appelle parce que… commence-t-il d’une voix enjouée. – Est-ce que quelqu’un de ta famille est mourant ? Il se tait une seconde, incertain. – Euh… non. – Toi, tu es atteint d’une maladie incurable ? – Non. – Ce que tu as à me dire ne peut pas attendre tout à l’heure que j’ai mon quota de sommeil ? – Je suppose que si mais… – Alors ne me rappelle pas avant six bonnes heures. Et je raccroche. Je crois que je ne repose même pas mon téléphone, je me rendors aussi sec dans un soupir de soulagement et de bien-être. J’aime ma capacité à m’endormir n’importe où et n’importe quand. Je sursaute à moitié quand j’entends mon téléphone tomber. Ha bah oui, je ne l’ai pas posé. Mercredi 30 mai, au milieu de l’après-midiUne voix moqueuse me tire de ma concentration. – Tu as l’air bien sérieux avec ton tailleur et tes lunettes. Je souris en reconnaissant Nate. L’autre nuit, il voulait simplement m’avertir qu’il passait à Los Angeles… le pauvre, je l’avais mal reçu ! Mais il est habitué sans doute maintenant. Je me lève pour l’accueillir et je le prends dans mes bras alors qu’il entre dans la pièce. – Tu m’as manqué aussi. – Tu ne m’avais pas dit que tu viendrais me chercher, je lui reproche en m’écartant. – Ça aurait été moins amusant… je voulais te voir dans ton nouvel environnement. Je fais une grimace et il éclate de rire. C’est vrai que d’habitude, on se voit hors de mes heures de bureau donc je suis habillée normalement. – Tu es trop grande comme ça ! me fait-il en montrant mes talons. Je préfère quand je peux poser mon menton sur ta tête. Et là je suis presque à sa hauteur. Moi ça m’amuse. Mwhahahahahaha. Trop fière. Je sais c’est puéril mais j’en rigole quand même. Je retourne alors à mon bureau et je m’assois pour me concentrer de nouveau sur mon écran d’ordinateur. Nate s’assoit en face de moi et croise les bras. – Bon, on y va ? – Cinq minutes, je termine ça et je suis à toi. Il se tait. Je lève les yeux de mon ordinateur pour plonger dans ses prunelles bleues. Il est étonné, ce qui me fait rire. – Bah quoi ? – Tu… tu vas quitter ton travail maintenant ? Comme ça ? Sans que j’ai besoin de te harceler pendant des heures ? Sans avoir à te pousser à bout ? Je ris vraiment cette fois. – Bah comme tu arrivais aujourd’hui, j’ai pris mes précautions. – Ton gentil patron n’est pas là ? – C’est moi le gentil patron ? fait le concerné en arrivant à ce moment-là dans mon bureau. Je soupire. C’était bien le moment tiens. – Que puis-je pour vous monsieur Beresford ? je fais avec une pointe d’arrogance dans la voix. C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’en empêcher. – Adams, vous ne me présentez pas à votre ami ? – Non monsieur. – Vous êtes sur votre lieu de travail, me rappelle-t-il avec un sourire moqueur. Je vois que Nate suit l’échange, lui aussi amusé. Il se lève et se présente. – Nate Hastings. – Jonathan Beresford. Je les regarde se serrer la main, les yeux plongés dans le regard de l’autre, interloquée avant de secouer la tête. – Okaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaay, alors je vais arrêter tout de suite cette rencontre du troisième type entre deux survivants de l’époque victorienne… Monsieur Beresford, que voulez-vous ? Ils se quittent finalement du regard et se tournent tous les deux vers moi. Malgré leurs profondes différences physiques, ils posent un regard identique sur moi : quelque chose entre l’étonnement et l’interrogation. Mais qu’est-ce qui leur prend ? je fais franchement la grimace là. – BON ! Je reprends après quelques secondes de profond silence qui commence sérieusement à me taper sur les nerfs. Alors on va la jouer comme ça, monsieur Beresford, je vais quitter le bureau d’ici dix minutes alors si vous avez besoin de quelque chose, c’est maintenant. Nate, viens t’asseoir et tais-toi ! Les deux mâles riches à en mourir me regardent toujours avec étonnement. Ils m’énervent. Je croise les bras et je les fusille l’un et l’autre du regard. – Vous allez me dire ce que vous attendez ? Nate et Beresford échangent finalement un dernier regard alors que je les fixe à présent avec surprise. Puis Nate hoche la tête et sort de mon bureau. Non mais qu’est-ce qu’il fait ? Beresford se tourne vers moi : – Je vais boire un café avec votre ami, terminez ce que vous avez à faire… et il faut que vous m’apportiez la prévision de budget qui a été faite pour cette année. Et il sort. Comme ça. C’est moi ou j’ai atterri d’un coup dans un monde parallèle ?
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