Chapter 6

2026 Mots
Chapitre 2 Juin ou quand le karma s’en mêle Vendredi 1er juin, en milieu de soiréeNate arrive avec mon verre de vin blanc… enfin c’est ce que je lui ai demandé. Il ne m’a apparemment pas écoutée parce qu’il a deux cocktails en main. Il les pose à notre table avec un large sourire. – Nate, je soupire. – Quoi ? Je sais que tu aimes les Gimlets. Je ne peux m’empêcher de sourire, il est gentil. Il se souvient que j’aime le Gin. Je secoue la tête. – Tu as de la chance que je sois de bonne humeur… parce que ce n’est pas ce que je voulais ! – Pffff, toujours à râler ! Je ris tandis qu’arrive à cet instant Joyce. Et Nate fronce les sourcils. Il la connaît, on s’est suffisamment vu à Yale. Il se tourne vers moi alors que ma meilleure amie blonde s’avance tout sourire vers nous. – Qu’est-ce qu’elle a, Joyce ? J’avais oublié sa perspicacité. J’ouvre de grands yeux puis je jette un coup d’œil à Joyce qui sourit toujours en s’approchant. Elle n’est plus qu’à trois pas. Je me penche rapidement par-dessus la table et lui dit : – Je te raconterai ce soir. Il comprend à mon regard que je ne plaisante pas et il acquiesce gravement au moment où Joyce s’assied avec nous en lançant à la cantonade un joyeux bonsoir. Je finis complètement bourrée comme neuf sorties sur dix avec Nate… et je ne me souviens de rien lorsque je me réveille le lendemain matin, complètement nue, dans un immense lit d’hôtel avec un Nate aussi nu que moi, je ne me souviens de rien. Comme souvent aussi lorsque je finis dans un bar avec Nate. Le problème avec un ami qui se fiche de l’argent et qui dépense ce qu’il veut quand il veut sans scrupules c’est qu’on finit par s’y habituer. Il me paie ce que je veux quand je veux et, si au début j’en étais gênée et offusquée, j’accepte à présent ses cadeaux parce que je me suis rendue compte qu’il ne faisait pas cela avec tout le monde. Encore heureux ! C’est juste parce que je suis moi et qu’il m’aime bien… il a tendance à le faire avec Joyce aussi. En ouvrant les yeux, mes longs cheveux roux/auburn me chatouillent le visage et je plisse le nez avant de les repousser avec ma main. Je remonte ensuite les draps sur moi puis je tourne la tête de l’autre côté du lit pour tenter de rassembler mes souvenirs. Il y a Nate, qui dort du sommeil du juste… je me souviens, le bar, les cocktails, les discussions sur les hommes avec Joyce qui a fini par raconter elle-même son histoire. Un Nate furax car il sait lui aussi à quel point ma meilleure amie est douce et gentille. De l’alcool encore, de la danse… retour en taxi à l’hôtel pendant qu’on abandonnait Joyce dans un autre taxi qui devait la ramener à mon-notre appartement. Haaaa puis la partie la plus intéressante de ma nuit : ma partie de jambes en l’air avec Nate. C’était toujours aussi bon, pas à dire. Je lui jette un dernier coup d’œil avant de décider de me rendormir. Pas envie d’aller travailler. On m’appellera si besoin. Purée, je devrais avoir honte quand même, je suis vraiment une c******e dans mon genre. Et c’est avec un sourire que je me rendors. Dimanche 3 juin, vers midi, chez HaileyJe crois que j’ai un sourire stupide au coin des lèvres parce que ma sœur me regarde avec ironie. Mais je ne peux pas m’en empêcher. J’aime mon neveu et filleul que je tiens dans mes bras. Ce petit bout fête ses un an aujourd’hui en plus. Il a d’ailleurs les yeux bleu-vert d’eau marine de sa mère… en même temps je dis ça mais j’ai les mêmes que ma soeur. Joshua rit dans mes bras pour mon plus grand bonheur alors que je tente de le distraire de toutes les manières possibles. Hihi, il est trop mignon ! – Tu es gaga. Je relève la tête et lui adresse un regard offusqué qui la fait rire. Mais ce n’est pas drôle ! – Quoi ? je marmonne. – Tu me fais rire. – Je vois ça. Je tends Josh à Ryan, mon beau-frère, qui passe par là et je vais à côté de Hailey. Je mets mes mains dans les poches arrière de mon jean. – Veux-tu que je t’aide ? – Tu peux aller chercher maman aussi ? Je suis super en retard… je ne sais pas comment le temps a filé ce matin. – Tu aurais dû me prévenir, je la sermonne. Je vois qu’elle a des cernes… mais j’ai l’étrange impression qu’elle me rend le même regard que celui que je lui adresse. – Où étais-tu ce matin ? Je grimace, comprenant où elle veut en venir. – Chez monsieur Beresford. – Toujours pas succombé à la tentation ? Je souris tant de son changement de sujet que de notre petit rituel. Hailey est persuadée – comme moi plus ou moins d’ailleurs – que je vais coucher un jour ou l’autre avec mon patron. Me connaissant et le connaissant c’est tout à fait du domaine du possible… même s’il m’horripile totalement. Il n’en demeure pas moins charismatique, dragueur… beau à se damner. Mais son arrogance ! Voilà, je recommence. Je passe ma vie entre la vénération de mon boss et la haine. C’est exaspérant. Ho oui, c’est sûr qu’avec de l’alcool dans les veines je serais parfaitement capable de coucher avec mon patron, malgré toutes mes bonnes résolutions. – Non, toujours pas, tu sais parfaitement que sinon je serais au chômage ! Elle me sourit, complice. J’adore ma sœur ! Une bonne heure après, nous sommes tous à table pour déjeuner. Pas trop tôt, j’ai super faim. J’ai mon père à ma droite et ma sœur à ma gauche. Sinon à table il y a aussi le père de Ryan et les deux sœurs cadettes de ce dernier ainsi que le copain de l’une d’elles, il y a aussi ma mère et mon beau-frère. Sans oublier Bailey, la chienne labrador, qui gravite autour de la table. Ha on fait une jolie famille quand même ! L’après-midi traîne rapidement en longueur et j’en ai vite marre de leur conversation. Ça ne m’amuse pas. Alors je me tourne vers Joshua et je m’en occupe, ce qui libère sa mère pour quelques instants. Lorsque le petit se rendort, je me rabats sur l’alcool. Il ne me reste plus que ça. Encore plus tard dans l’après-midi. Je vais finir par mourir d’ennui. J’en suis à compter les poils qui sortent des oreilles du père de Ryan. Beurk. C’est vraiment dégoûtant. Quelques minutes après, Hailey attire mon attention. – Emma, viens avec moi dans la cuisine servir les cafés. Je sens des reproches dans sa voix mais je lui suis bien trop reconnaissante de cette distraction pour m’en préoccuper. Je lui souris et je bondis littéralement de ma chaise. Maman se lève aussi pour aider à débarrasser mais Hailey pose une main sur son épaule. – Non, laisse-nous faire. Elle lève son regard sur moi mais je fais semblant de n’avoir rien vu et je me dépêche de rejoindre la cuisine. – Tu pourrais faire un effort quand même ! lâche finalement ma sœur en entrant dans la cuisine. Elle pose en même temps les assiettes sales un peu rudement et je sursaute. – Mais quoi ? – Emma, soupire-t-elle, je ne sais pas ce que tu as mais il faut que tu te ressaisisses. – Mais je n’ai rien fait ! – Justement ! Tu n’as pratiquement pas décroché un mot de l’après-midi ! Je soupire. Beresford m’a téléphoné à six heures pour que je m’occupe de sa distraction de sa nuit. J’ai peu dormi et, avec Nate qui a passé sa semaine avec moi, j’ai déjà des heures de sommeil à rattraper. Mais était-ce la seule raison ? Non mais je divague ma parole, voilà que je philosophe. – … Brillante argumentation, j’en suis très fière là. Hailey interprète mon silence comme elle l’entend, comme d’habitude. C’est-à-dire n’importe comment. – Trouve-toi un mec, vis une vie normale. Tu vas perdre la tête. Possible. Mais je suis accro à mon job. Vendredi 8, au bureau, scotchée devant mon écran d’ordinateurGestion des stocks, gestion des stocks… je t’en foutrais moi de la gestion des stocks ! C’est de ma faute à moi si on avait prévu l’augmentation du prix des matières premières ? Bah non ! On a fait exprès d’acheter et de stocker ! Non mais ho ! D’autant qu’il y a encore de la place… il faudrait voir pour réinvestir dans les machines d’assemblage… – Emma ? Je sursaute. J’étais tellement concentrée que je n’ai pas entendu Tom entrer. – Pardon, je ne voulais pas vous faire peur. – Ce n’est pas grave. Je peux faire quelque chose pour vous ? – Eh bien en vérité oui… En même temps je m’en doute sinon il ne serait pas là. – Oui ? je l’encourage. Parce que mine de rien je n’ai pas que ça à faire. Je retire mes lunettes, je le vois flou sinon de loin. – Il y a l’assemblée générale ce soir. Comme si je pouvais l’oublier. On me dérange toutes les cinq minutes pour l’organisation à cause de ça. C’est normalement le pôle événement qui s’en charge mais apparemment il faut que je sois au courant dès qu’un actionnaire arrive en ville et qu’un petit-four tombe par terre ! Veulent pas me demander s’ils peuvent aller aux toilettes tant qu’ils y sont ?! – Et alors ? – Il faut absolument que Jonathan vienne. – Je sais. – Il n’était pas présent l’an dernier et en plus d’être l’actionnaire majoritaire, il est le PDG et… – Il sera là. – Déjà que c’est compliqué quand il est présent. Non mais il m’écoute ou pas ? – Ne vous inquiétez pas, il sera présent, je répète. – Vous… êtes sûre ? – Je vous promets qu’il sera présent. Il me lance un regard suspicieux puis quitte la pièce. – Merci. Qu’il arrête de s’inquiéter, je peux être têtue dans mon genre. Quelque chose comme six heures plus tard, je suis à l’entrée de la salle de conférence où l’on fait l’assemblée générale. C’est la pièce la plus grande de l’immeuble, elle fait plus de la moitié d’un étage. Ha non, peut-être que le restaurant cinq étages plus haut est plus vaste… il faudra que je regarde les plans tiens. Bah, on n’est pas à une vache près. Bref, c’est là que l’on fait les dîners officiels, les conférences de presse, les galas et les assemblées générales. En gros. J’accueille tous les actionnaires, un sourire plaqué sur mes lèvres. Je suis toute seule. Tom n’est pas encore arrivé avec son épouse, Veronica, mais il ne devrait plus tarder. Quant à Jonathan, il ne faut quand même pas trop lui en demander. Ce qui est amusant c’est que tout le monde me salue, comme si tout était parfaitement normal. Et ils connaissent mon nom ! Même le vieux Japonais et son fils richissimes de je-ne-sais-plus-où. Ha, mon second patron arrive. – Bonsoir Tom, Veronica. – Bonsoir Emma ! Comment allez-vous ? me sourit Veronica en sautillant presque à la manière de Laura Ingalls. Cette femme est trop enthousiaste, c’est flippant. – Très bien, je vous remercie. – Jonathan est là ? s’inquiète mon second patron. Je lui désigne l’estrade. Jonathan est devant, discutant avec une des serveuses (enfin la draguant outrageusement plus exactement), un verre de vin à la main. – Comment avez-vous fait ? se tourne-t-il vers moi, ébahi. Oui, je sais, je suis très forte ! (petite révérence des plus humbles) Merci, merci ! – Beaucoup de persuasion, les arguments qu’il faut, de l’alcool et une pincée de chantage. Ce qui est, en définitive, une assez bonne recette de ma vie. Lundi 18 juin, au milieu du gigantesque salon de la villa de BeresfordJ’ai mal à la tête. A la télévision que j’ai allumée, j’ai mis la chaîne des informations pour me tenir au courant de la cote de la bourse et surtout des derniers travers de mon patron qui avait eu le bon goût de sortir avec la fille du gouverneur de Californie cette semaine. Et évidemment la rupture s’était mal passée, la petite fille pourrie gâtée en faisait des tonnes et pleurait à la télévision. C’en était carrément pathétique. Mon ordinateur trône sur la table basse et j’ai tellement de pages Internet et autres fichiers et dossiers d’ouverts que je m’étonne encore qu’il n’ait pas planté. – Vous voulez boire quelque chose, Mademoiselle ? Je sursaute et me tourne vers la… euh, comment je peux la qualifier d’ailleurs ? Elle s’occupe de tout ici. En fait, soit c’est elle qui s’occupe de Beresford soit c’est moi. – Ingrid, vous m’avez fait peur. – Je suis désolée. – Arf, ce n’est rien, j’étais trop concentrée sur les informations. Je veux bien une tasse de café s’il vous plaît. – Tout de suite. Ho et madame Thompson doit passer tout à l’heure. Je souris. – Où est Beresford ? – Dans son sous-sol. – Oui, évidemment. Je me lève et je prends trois feuilles posées sur le canapé et un stylo pendant qu’Ingrid va vers la cuisine me servir mon café. Je traverse l’immense salon, je prends un escalier caché puis je descends dans l’immense sous-sol que Beresford a aménagé avec toutes les plus hautes technologies du monde plus quelques conceptions de son cru. C’est là son laboratoire, c’est là qu’il passe la majorité de ses nuits. Ouais, si je suis aussi exécrable au réveil c’est aussi parce qu’il m’empêche de dormir. Beresford ne doit dormir que trois ou quatre heures par nuit, le reste du temps, il travaille, il pense, il conçoit, il crée, il imagine. Bref, je pète un câble avec lui.
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