Chapitre 18 — La première perte

1044 Mots
Le feu était éteint. Mais l’odeur de fumée restait. Lya se tenait devant l’immeuble noirci, les bras croisés contre elle-même. Les secours avaient quitté les lieux depuis des heures. Les drones d’Helix avaient disparu. Les caméras publiques aussi. Comme si l’attaque n’avait jamais existé. Aïden se tenait à quelques pas derrière elle. Il n’osait pas s’approcher davantage. — Ils sont à l’hôpital, dit-elle enfin. Stables. — Je sais. Il l’avait senti. Leur douleur. Leur peur. Leur soulagement fragile. Il baissa les yeux. — Je suis désolé. Elle se tourna vers lui. — Arrête. Sa voix n’était pas douce. Elle était épuisée. — Si tu recommences à porter tout ça seul, Vorn a déjà gagné. Un silence. Autour d’eux, des habitants observaient à distance. Certains murmuraient. Certains pointaient du doigt. — C’est lui… — Celui des écrans… — Il attire les attaques… Aïden sentit leurs regards comme des aiguilles. — Tu vois ?, murmura-t-il. Il n’a même plus besoin d’exploser quoi que ce soit. Il suffit que je sois là. Lya s’approcha. — Alors ne sois pas seul. Avant qu’il puisse répondre, un message d’urgence vibra sur le communicateur de Kael. Sa voix grésilla : — Aïden. Rentre. Maintenant. — Le QG de la Résistance était en ébullition. Des écrans montraient des flux mondiaux : Berlin. Lagos. São Paulo. Séoul. Même scénario. Coupures. Drones. Messages d’Helix. — Il étend l’opération, dit Selene. Ce n’était pas une vengeance. C’était un test. Aïden s’immobilisa. — Il mesure la réaction mondiale. Kael hocha la tête. — Et il a annoncé quelque chose d’autre. Un écran central s’alluma. Elias Vorn apparut. — Puisque Aïden Kaël a choisi de devenir un symbole public, Helix Corp officialise une prime internationale pour sa capture. Un chiffre apparut. Vertigineux. — Toute organisation, gouvernement ou individu livrant Aïden Kaël bénéficiera d’une protection totale d’Helix et d’un accès prioritaire à nos infrastructures stabilisées. Un silence glacial remplit la pièce. — Il transforme le monde entier en chasseur, murmura Lya. Vorn poursuivit : — Ceci n’est pas une guerre. C’est une correction nécessaire. Puis l’image changea. Une cellule. Un visage familier. — Non…, souffla Lya. C’était Marek. Un membre clé de la Résistance. Celui qui avait aidé à sécuriser la première diffusion d’Aïden. Il était attaché à une chaise, blessé mais conscient. — Capturé lors d’une opération de récupération, dit Vorn calmement. Il sera le premier exemple. Aïden fit un pas en avant. — Arrête ça. Vorn pencha légèrement la tête. — Tu veux sauver tout le monde. Voyons si tu peux sauver un seul homme. La transmission coupa. Un compte à rebours apparut sur les écrans. 02:00:00 — Il diffuse ça partout…, dit Selene. Mondialement. Kael se tourna vers Aïden. — On ne peut pas lancer une extraction. C’est trop exposé. C’est exactement ce qu’il veut. Aïden regardait le décompte. — Où ? Selene hésita. — Installation Helix périphérique. Fortement militarisée. — Je peux entrer, dit Aïden. — C’est un piège, répondit Kael immédiatement. — Oui. Il ne nia pas. — Mais si je ne fais rien, il me brise publiquement. Lya s’approcha. — Et s’il veut justement que tu choisisses ? Aïden la regarda. — Il veut que je comprenne que chaque choix coûtera une vie. Un silence lourd. Le compteur affichait 01:42:17. — On peut couper la diffusion, dit un technicien. — Non, répondit Aïden. Tous se tournèrent vers lui. — Il veut que le monde regarde. Alors le monde regardera. Kael le fixa. — Tu comptes te livrer ? Aïden inspira profondément. — Non. Il leva les yeux vers les écrans. — Je vais intervenir. Mais pas comme il l’attend. — L’installation Helix était massive. Acier. Lumière blanche. Défenses automatisées. Le monde entier regardait. Le flux était relayé sur chaque réseau encore actif. Marek était toujours attaché. Le compteur affichait 00:17:09. Puis les lumières clignotèrent. Un murmure parcourut les spectateurs. Les systèmes internes d’Helix commencèrent à ralentir. Pas brutalement. Progressivement. — Il est là…, murmura Vorn dans sa salle de contrôle. Aïden n’était pas physiquement présent. Il était partout. Il ne coupait rien. Il surchargeait les protocoles de priorité avec des requêtes contradictoires. Les drones hésitaient. Les portes se verrouillaient… puis se déverrouillaient. Marek leva la tête, confus. — Aïden…, murmura-t-il faiblement. Le compteur affichait 00:04:32. Vorn activa un canal direct. — Tu ne peux pas maintenir ça longtemps. — Je n’ai pas besoin de longtemps. Aïden apparut brièvement sur les écrans mondiaux. Son visage était tendu, concentré. — Marek, ferme les yeux, dit-il calmement. Les attaches de la chaise sautèrent. Une porte latérale s’ouvrit. — Couloir B-7. Maintenant. Marek courut. Les défenses tentaient de se recalibrer. Le compteur affichait 00:00:41. Vorn serra les dents. — Tu crois avoir gagné ? Marek atteignit l’extérieur. Le compteur s’arrêta. 00:00:00 Rien n’explosa. Silence mondial. Puis les systèmes Helix se rétablirent brutalement. Aïden vacilla au QG, tombant à genoux. Lya le rattrapa. Du sang coulait légèrement de son nez. — Tu as trop poussé…, dit Selene. Aïden respirait difficilement. — Il… il a verrouillé une partie de moi pendant quelques secondes. Kael observa les écrans. — Marek est vivant. Un souffle collectif parcourut la pièce. Mais Vorn réapparut. Et cette fois, il ne souriait plus. — Tu as sauvé un homme. Il fit un geste. Un autre flux s’ouvrit. Une explosion. Un bâtiment anonyme, dans une ville étrangère. — Et tu en as condamné vingt-sept autres. Le silence fut total. — Je t’avais prévenu, dit Vorn doucement. Chaque action aura un coût. L’image disparut. Lya sentit Aïden se figer. Il venait de sentir les vingt-sept. La vague de panique. La fin brutale. Il ferma les yeux. — Il veut me forcer à choisir l’inaction. Sa voix était brisée. — Ou l’indifférence. Kael posa une main ferme sur son épaule. — Ce n’est pas toi qui as déclenché l’explosion. — Mais c’est moi qu’il vise. Lya le regarda. — Alors on arrête de réagir. Il tourna lentement la tête vers elle. — On attaque. Pour la première fois, son regard n’était plus hésitant. Il était déterminé. — On ne joue plus sur son terrain. Et quelque part, Elias Vorn observait les données, froidement. — Enfin…, murmura-t-il. La douleur forge la décision. La guerre venait de franchir un seuil. Et cette fois… Il y aurait des pertes.
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