Le message arriva sans avertissement.
Pas de sirènes.
Pas d’attaque visible.
Juste une notification qui s’imposa sur chaque écran encore actif de Néopolis.
TRANSMISSION MONDIALE — PRIORITÉ ABSOLUE
Aïden sentit la tension avant même que l’image n’apparaisse.
— C’est lui…, murmura-t-il.
Elias Vorn apparut, seul, sans décor spectaculaire. Pas de menace directe dans la voix. Juste une gravité calculée.
— Citoyens, dit-il. Aujourd’hui, nous allons répondre à une question simple.
L’écran se divisa en deux.
À gauche : un hôpital central.
À droite : une centrale énergétique secondaire, vieillissante mais vitale.
— Ces deux sites ont été compromis, poursuivit Vorn. Dans exactement six minutes, l’un d’eux subira une défaillance irréversible.
Un frisson parcourut le QG.
— Il ment…, dit Kael.
— Non, répondit Selene. Les données sont cohérentes.
Vorn continua, implacable :
— L’hôpital abrite plus de deux cents patients en soins intensifs.
— La centrale alimente un quart de la ville. Sans elle, pénurie, violences, morts indirectes.
Un compte à rebours apparut.
05:59
— Aïden…, souffla Lya.
Vorn sourit légèrement.
— Tu peux empêcher l’une de ces catastrophes. Pas les deux.
— C’est impossible…, murmura quelqu’un.
— Impossible pour vous, corrigea Vorn. Pas pour lui.
Le regard de Vorn se durcit.
— Voilà la différence entre le pouvoir centralisé… et la liberté que tu prônes.
Aïden sentit le poids s’abattre sur lui.
La peur collective monta d’un coup.
Il ferma les yeux.
Et la ville entra en lui.
Des centaines de voix.
Des milliers de visages.
Des enfants, des médecins, des travailleurs, des vieillards.
— Il veut que tu choisisses, dit Lya, la voix brisée.
— Non…, répondit Aïden doucement. Il veut que le monde me voie choisir.
04:47
Kael s’approcha.
— Si tu sauves l’hôpital, la ville plongera dans le chaos.
— Et si je sauve la centrale…, murmura Aïden.
— Tu condamnes les patients.
Selene serrait les poings.
— Il veut te prouver que décider à la place des gens est inévitable.
Aïden rouvrit les yeux.
— Il veut me transformer en lui.
03:59
Les réseaux sociaux explosaient.
— Sauvez l’hôpital !
— Non, la centrale est prioritaire !
— Qui est-il pour décider ?
— Pourquoi on lui a donné ce pouvoir ?
Aïden sentit son souffle se raccourcir.
— Je ne peux pas…, murmura-t-il.
Lya posa ses deux mains sur son visage.
— Regarde-moi.
Il la fixa.
— Quoi que tu fasses… je sais pourquoi tu le fais.
Il inspira profondément.
Puis, au lieu de se tourner vers l’un des deux sites…
Il fit autre chose.
— Ouvrez-moi le canal global, dit-il calmement.
Kael le fixa.
— Tu veux parler ? Maintenant ?
— Oui.
— Il reste moins de trois minutes !
— Justement.
02:58
L’image d’Aïden remplaça celle de Vorn.
Son visage était fatigué. Humain. Sans posture héroïque.
— Citoyens de Néopolis…, dit-il.
Le bruit diminua.
— On me demande de choisir qui mérite de vivre.
Un silence terrible s’installa.
— Je refuse.
Les réactions explosèrent.
— Quoi ?!
— Il va tous nous tuer !
— C’est un fou !
Aïden continua, la voix tremblante mais ferme.
— Si je choisis, je deviens ce que Helix défend : une autorité qui décide à votre place.
Il inspira.
— Alors je vous rends le choix.
Les écrans changèrent.
Deux options apparurent.
Sauver l’Hôpital
Sauver la Centrale
Un compteur collectif s’activa.
— Vous avez deux minutes, dit Aïden. Ensemble.
Vorn éclata de rire.
— Tu es fou…, murmura-t-il depuis sa tour.
— Peut-être, répondit Aïden. Mais je crois encore en eux.
01:59
Les votes affluaient.
Désorganisés.
Contradictoires.
Violents.
Puis quelque chose changea.
Des messages apparurent :
— Les hôpitaux ont des générateurs…
— Si la centrale tombe, ils tomberont aussi plus tard.
— On peut réduire la charge…
— Et si on évacue certaines zones ?
Des idées circulaient.
Des connexions se formaient.
Selene ouvrit de grands yeux.
— Ils ne votent plus…
— Ils coopèrent, murmura Lya.
00:59
Le système détecta une anomalie.
— Aïden ! cria Selene. Les paramètres changent !
Les deux jauges se stabilisaient.
— Ils répartissent la charge…, dit-elle incrédule.
— Ils réduisent la consommation volontairement…, ajouta Kael.
Dans les rues, les gens éteignaient les lumières.
Les usines stoppaient temporairement.
Les transports ralentissaient.
00:15
Vorn pâlit.
— Impossible…, murmura-t-il.
00:03
Le compte à rebours atteignit zéro.
Rien ne se produisit.
Les deux sites tenaient.
Faiblement.
Mais debout.
Un silence absolu s’abattit sur la ville.
Puis un bruit.
Un souffle collectif.
Des cris. Des pleurs. Des rires nerveux.
Aïden tomba à genoux, vidé.
Lya le rattrapa.
— Tu as réussi…, murmura-t-elle.
Il secoua la tête, épuisé.
— Non.
— Alors quoi ?
Il leva les yeux vers la caméra.
— Ils ont réussi.
L’image de Vorn réapparut.
Son visage était figé.
— Tu viens de commettre une erreur monumentale, Aïden.
— Non, répondit-il doucement. J’ai commis un acte de foi.
Le regard de Vorn se durcit.
— La foi ne sauvera pas le monde.
— Peut-être pas, dit Aïden. Mais le contrôle non plus.
La transmission coupa.
Dans la tour d’Helix, Elias Vorn resta immobile.
Puis il sourit lentement.
— Très bien…, murmura-t-il.
— Alors passons à la phase où la foi saigne.
Au QG, Selene brisa le silence.
— Tu viens de prouver que l’Éveil fonctionne.
— Oui…, répondit Aïden faiblement.
— Mais ?
Il ferma les yeux.
— Maintenant, Vorn va arrêter de tester la ville.
Lya serra sa main.
— Et il va faire quoi ?
Aïden rouvrit les yeux, grave.
— Il va venir pour moi.