Le beau châlier, qui régnait dans le monde des commis, était contraint d’abdiquer chaque fois que paraissait le terrible commis-voyageur, avec son auréole de duelliste. Il y avait des années que ce rôle d’opprimé était devenu son lot ; partout où ils se rencontraient, le commis-voyageur blaguait le châlier. Mais, depuis un quart d’heure, une révolution s’était opérée dans le cœur et l’esprit de l’homme à bonnes fortunes. Il avait vu pâlir le farouche commis-voyageur, il avait remarqué sa voix altérée, il l’avait entendu se débattre pour remettre l’affaire au lendemain, et il avait deviné qu’il avait peur… Dès lors, ce mâle courage qui s’éveille dans le cœur des esclaves, aussitôt que tremblent les tyrans, avait élevé la voix. Le châlier s’était indigné de ses humiliations passées ; il


