Chapitre I-3

2695 Mots
— C’est astucieux, mais les gens qui ont participé à l’enterrement savent que je suis vivant. — C’est vrai, mais qui posera encore la question s’ils ont vu la tombe auparavant ? Et puis poser des questions éveillerait la curiosité. C’est un risque à courir. — Je peux encore te demander quelque chose ? poursuivit Ethan. Est-ce que j’ai un don moi aussi ? — Je ne sais pas Ethan ! répondit Harry. Il se développe, ou pas, vers la fin de l’adolescence. Nous verrons bien. Nous avons le temps d’ici là. — En attendant que se passe-t-il ? — Je vais t’enseigner tout ce que je sais et te donner toutes les chances de survivre. Maintenant, plus de questions, tu manges et tu files te coucher, dit Harry avec un grand sourire. La journée a été suffisamment longue et lourde en émotions, continua-t-il en se dirigeant vers la cuisine. Après le repas, qu’ils prirent en silence, chacun perdu dans ses pensées, trouver le sommeil ne fut pas facile. Dès qu’il fermait les yeux, il revoyait l’image des tombes de sa famille. Ce n’est qu’après avoir tourné et retourné dans son lit pendant un temps qui lui parut durer une éternité qu’il s’endormit. Le lendemain matin, Ethan s’éveilla comme dans un rêve, se demandant si tout cela était bien réel. Encore ensommeillé, il entendit du bruit dans la cour. En regardant par la fenêtre, il vit son oncle Harry qui poussait de petits cris. Ce dernier, revêtu intégralement d’une combinaison couleur sable, le visage couvert par un foulard noir, exécutait toute une série de mouvements prenant de drôles de positions. — Descends de là et viens déjeuner ? lui lança Harry sans même avoir regardé dans sa direction. Surpris d’être ainsi découvert, Ethan en manqua de passer par la fenêtre. Il s’habilla et descendit précipitamment vers la cuisine. Harry l’y attendait déjà. — Ethan, j’ai réfléchi, il faut que nous déménagions commença son oncle. — Mais je croyais que nous étions en sécurité ici, pourquoi partir ? répondit Ethan. — C’est toujours vrai, mais cette maison contient trop de souvenirs pour toi et elle n’est pas adaptée pour ce que j’ai en tête, dit Harry. — Comment cela ?! Qu’est-ce que tu as en tête ? — Ethan, tu vas devoir changer de mode de vie. Il va évidemment te falloir continuer d’aller à l’école, mais je vais aussi devoir t’enseigner des techniques et des matières que tes professeurs n’approuveraient sûrement pas. — Ah oui lesquels ? demanda Ethan, l’air surpris. — L’art de la vitesse, l’endurance, le combat, quelques notions de potion et bien d’autres choses encore. Bref, tout ce qui doit te permettre d’intégrer l’académie si besoin. Tu vas devoir aussi apprendre à te taire, tu ne dois parler à personne de ce dont nous avons discuté, personne ne doit savoir pour la Confrérie ou le reste, c’est une question de survie. C’est bien compris ? — Oui Harry, j’ai compris ! répondit Ethan, conscient que ce que venait de lui demander son oncle était de la plus grande importance. Dans les jours qui suivirent, Ethan put se rendre compte qu’une nouvelle vie avait effectivement commencé pour lui, mais pas seulement pour les raisons que lui avait données son oncle. En effet, il remarqua très vite que plus personne ne le regardait de la même manière. Il sentait dans les yeux des gens une sorte de compassion, comme si, en le voyant, les gens ne pouvaient pas s’empêcher de se dire : « Ah ! C’est lui l’orphelin ! Pauvre petit ! ». Voilà ce qu’il était devenu : un orphelin que tout le monde devait plaindre. Cela le rendait malade, il ne supportait plus cette sorte de malaise qui s’installait dès qu’il se rendait quelque part, ces silences dès qu’il apparaissait et les conversations qui reprenaient dès qu’il avait le dos tourné. Ethan se demandait combien de temps cela allait durer et surtout si un jour cela allait cesser de lui faire du mal. Un soir, alors qu’il lui faisait part de son mal-être, son oncle décida qu’il ne retournerait pas au collège avant le début de l’année suivante afin de lui laisser le temps de se reprendre. Les jours passèrent lentement entre mélancolie et tristesse. Ils en profitèrent pour visiter des maisons puis finirent par en acheter une, se trouvant à 5 kilomètres de celle qu’ils voulaient quitter. Harry d’ailleurs la vendit assez vite, malgré la tragédie qui s’y était déroulée, ne conservant que la propriété du lac et de l’île sur laquelle reposait la famille d’Ethan. Noël arriva bien vite sans même qu’il ne s’en rende compte. Ces dernières semaines avaient été éprouvantes, mais le réconfort de Harry avait été une vraie source de soutien à l’approche de ce moment qu’il redoutait tant. Les fêtes de fin d’année avaient toujours été des instants festifs, joyeux et sans les événements de ces dernières semaines, il les aurait sûrement attendues avec impatience. Sa tristesse augmenta à l’approche du réveillon et ce dernier fut un moment triste, il n’y eut ni sapin, ni repas, ni cadeau, ils se contentèrent de manger puis allèrent se coucher comme un soir normal. Ni l’un ni l’autre n’avaient la tête à une quelconque célébration. Le seul point positif de ces quelques jours fut qu’ils eurent le temps de mieux faire connaissance et de rattraper les années perdues. Ethan en apprit ainsi encore un peu plus sur la famille Dullac, tout un pan de son histoire, alors inconnu, lui était révélé. Il n’était pas près d’oublier le soir où Harry lui raconta l’histoire de ses propres parents. Ils parlaient de la guerre lorsqu’Ethan voulut savoir quelle place occupaient ses parents là-dedans. — Et mon père et ma mère, que viennent-ils faire dans tout cela ? — Ton père était un étudiant en informatique de génie, c’est pourquoi il a rejoint la Fraternité, mais avant cela, je le connaissais déjà très bien puisque nous étions amis. — Ah bon ? — Oui, nous étions amis depuis l’école primaire, et tout naturellement il venait jouer à la maison. Les années passant, Estelle et lui ont fini par tomber amoureux. Ils se sont définitivement rapprochés lorsque j’ai fini par aller à l’académie. — Tu es allé à l’académie ? — Oui, lorsque mon DON est apparu, mes parents m’ont envoyé là-bas afin de me préparer à mon futur rôle. Pendant que j’y étais, Estelle et Henry se sont mariés. Ton père est devenu un ingénieur brillant et nous l’avons recruté. Il dirigeait notre réseau de communication et ta mère défendait nos intérêts. — Et toi ? demanda Ethan, — Moi, tout le temps sur la brèche, en mission pour la Fraternité. — Pourquoi nous ne t’avons jamais rencontré ? — Pour ne pas vous mettre en danger. Pour que personne ne puisse faire le lien : pas de contact. C’est ce qui a été le plus dur et qui t’explique pourquoi nous ne nous sommes jamais rencontrés. — J’avais complètement oublié cette période, dit Ethan — Rien d’étonnant, tu avais 6 ans lorsqu’ils ont tout arrêté, du temps est passé depuis. — Pourquoi mes parents ont-ils tout abandonné pour venir vivre ici ? — Il y a cinq ans, une des meilleures amies de ta maman est morte, cela les a persuadés qu’ils devaient quitter ce monde et essayer de vous préserver. Ils pensaient pouvoir échapper à leur destin, mais c’est impossible ! Harry avait prononcé cette dernière phrase dans un murmure. Il baissa la tête et son regard était vague, perdu dans ses souvenirs. Ethan estima qu’il devait le laisser avec son chagrin. — Bonne nuit, Harry ! Ce dernier ne répondit pas, Ethan n’insista pas et sans dire un mot, il monta se coucher. Les derniers jours précédant la reprise des cours se passèrent plutôt bien. Harry et lui préparèrent les cartons en vue du déménagement qui aurait lieu en février et organisèrent aussi sa future rentrée scolaire. Ils passèrent de bons moments en dépit de l’ambiance pesante de la maison et tous les souvenirs qui y étaient rattachés. Malgré ses inquiétudes par rapport à l’attitude des autres élèves, la rentrée se passa bien. Un événement imprévu en fit même une journée réussie : l’arrivée d’Alex Léopardés. Ce matin-là, Ethan arriva bien évidemment à la dernière minute pour éviter les questions et les regards. Il courait donc dans les couloirs afin d’éviter de se faire coller et au détour de l’un d’entre eux, il percuta un autre élève qui lui aussi courait en sens inverse. Le choc fut très v*****t et l’un comme l’autre se retrouvèrent les quatre fers en l’air. — Ouille ! cria Ethan. — Aïe ! cria l’autre jeune garçon. — Tu ne peux pas faire attention quand tu cours ? demanda Ethan gentiment. — Hé, j’en ai autant à ton service, lui rétorqua l’autre sur le même ton. Ils se remirent debout puis éclatèrent de rire en se voyant. — Si tu voyais ta dégaine. — Tu n’as pas vu la tienne alors, répondit Ethan. Ils étaient complètement débraillés, le contenu de leur sac répandu sur le sol. En l’aidant à ranger ses affaires, Ethan put voir sur un cahier le prénom que portait le jeune garçon. — Je m’appelle Ethan, bienvenu au collège Pergaud, Alex. — Merci ! répondit ce dernier en souriant. — Tu es nouveau ? — Oui, j’arrive de Paris. — De Paris ! Et que viens-tu faire ici, dans ces contrées perdues ? — Mon père a eu une mutation alors il a emmené toute la famille avec lui. — Hum ! Tu courais où comme ça ? — Je cherchais la classe du professeur Divanni, je vais être en retard. Il paraît qu’il n’est pas drôle, voire carrément despote et tortionnaire, si j’en crois ce que l’on m’a raconté. — Je confirme, il n’est pas drôle du tout, mais on arrive à survivre, répondit Ethan avant de poursuivre. Si tu as cours à cette heure-là avec lui, cela veut dire que nous sommes dans la même classe, tu me suis ? — OK, allons-y ! répondit Alex en lui emboîtant le pas. Le reste de la journée, Ethan montra à Alex toutes les subtilités et autres choses à savoir sur les professeurs, le collège ou les élèves. Le courant passait à merveille entre eux. Qu’est-ce qui permit ce petit miracle ? Sûrement le fait qu’Alex ne voyait pas en Ethan un petit orphelin et ce dernier ne voyait pas en Alex juste un drôle de « Parigot ». Les jours suivants, cette amitié naissante se renforça, ils devinrent vite inséparables. Ethan était content de pouvoir de nouveau créer des liens avec quelqu’un, Alex de son côté pouvait parler librement des problèmes qu’il avait avec ses parents sans être jugé. Ces quelques semaines permirent aussi de retisser les liens d’amitié avec ses amis, ceux « d’avant » comme lui disait Louis Legrand, en plaisantant, pour essayer de lui faire comprendre que pour eux rien n’avait changé, il était toujours Ethan Dullac, leur « pote ». Après cette rentrée, les jours le séparant du déménagement fondirent comme neige au soleil. Lorsque fut venu le temps de quitter la maison au bord du lac, le plus difficile fut de dire adieu à sa famille. Les souvenirs l’assaillirent, il ressentit un vide se creuser au niveau du ventre. La douleur était vive, une part de son être avait l’impression qu’il perdait les siens une seconde fois. Les larmes arrivèrent vite, ses jambes se mirent à flageoler de plus belle. Alors qu’il chancelait, Harry survint et le rattrapa par le bras. — Cela va aller Ethan ! Allons-y ! En suivant son oncle vers la voiture, il regarda la maison tristement puis s’engouffra par la portière avant, côté passager, avant de boucler sa ceinture. En s’éloignant par la petite route qui menait vers la sortie de la propriété, il ne put s’empêcher de jeter un dernier regard vers l’île. Lorsqu’elle disparut derrière les sapins qui bordaient la propriété, il appuya la tête contre la fenêtre, laissa échapper un profond soupir puis ferma les yeux. Le trajet se fit dans le silence le plus complet, chacun d’eux complètement immergé dans sa propre tristesse. La nouvelle maison dans laquelle ils arrivèrent rapidement plaisait beaucoup à Ethan, sa chambre était grande, le terrain autour de la maison aussi, ce qui lui permettrait de faire de longues balades pour s’isoler lorsque le « cafard » devenait trop pesant. Elle offrait un autre avantage : tous les pièces et recoins ne le replongeaient pas dans les souvenirs comme l’ancienne, ce qui faciliterait son travail de deuil. Après le déménagement, l’année se poursuivit sans aucune autre attaque. Harry et lui trouvèrent peu à peu leurs repères ainsi que de nouvelles habitudes. À la fin de l’année scolaire, ils ressemblaient à n’importe quelle famille et quiconque ne les aurait pas connus avant n’aurait pu dire qu’ils n’avaient pas toujours été une famille. Fin juin, malgré le malheur qui l’avait fortement perturbé et les mois d’école ratés, Ethan apprit avec plaisir qu’il passait dans la classe suivante ainsi qu’Alex puis ce furent les vacances qui commencèrent. Les premiers jours, Harry en profita pour aménager la maison selon les projets qu’il avait longuement mûris depuis qu’ils s’étaient installés là. C’est ainsi que la grange, qui se trouvait en face de la maison, fût transformée en véritable petit gymnase. L’une des chambres avait été modifiée pour devenir une bibliothèque, dans laquelle étaient venus prendre place des dizaines d’ouvrages en Anglais, Grec, Latin, Mandarin, sans compter tous les livres dont il ne comprenait même pas le titre. L’un des celliers quant à lui, avait été transformé en une cache dissimulée dans laquelle Harry avait installé un arsenal complet. Ce ne furent pas les seules surprises de ce début de vacances : un emploi du temps avait fait son apparition sur la porte du frigo. Harry y avait programmé toute la période estivale. Chaque journée était programmée afin de mêler les activités intellectuelles avec une dose d’entraînement physique. Harry ne voulait pas seulement modeler son corps, il voulait aussi former son esprit. Dans les premiers temps, Ethan n’eut pas beaucoup le temps de faire des exercices physiques, Harry lui ayant concocté un programme très chargé en langues étrangères, informatique et autres matières qui ne sollicitaient pas son corps, mais son intellect. Lorsqu’Ethan montrait de la lassitude ou de l’incompréhension face à tant de travail, Harry lui expliquait invariablement que la force sans la connaissance ne servirait à rien mais que l’intelligence pouvait vous tirer de n’importe quelle galère. Se donnant à fond, il fit des progrès spectaculaires en latin, en chimie, en mathématiques, en économie ou en histoire. C’était en grande partie dû à Harry, qui se montrait un professeur attentif et inventif ; il s’occupait tellement bien de lui qu’il en apprit bien plus en quelques semaines qu’en plusieurs années d’école. Les vacances ne furent pas synonymes que de travail acharné, en effet Ethan fêta ses 14 ans en compagnie de son oncle et d’Alex, que ce dernier avait invité pour l’occasion. Ce fut une belle journée, comme il en avait rarement eu depuis la mort de ses parents. Le plus difficile lorsqu’il était avec son ami, c’était de devoir lui cacher ses secrets, il aurait tant voulu les partager avec quelqu’un, mais il avait fait une promesse et comptait s’y tenir. Ce soir-là, lorsque Alex partit, Ethan quitta la maison, prit son vélo et se rendit pour la première fois depuis des mois sur l’île où était enterrée sa famille. Dans la lumière du crépuscule naissant, le décor avait pris une teinte particulière. Ethan se retrouva là devant les cinq stèles, dont quatre contenaient de vrais corps. Il aurait voulu leur parler, leur dire combien il les aimait, combien ils lui manquaient, mais c’étaient des mots vides qu’ils ne pouvaient plus entendre désormais. Les larmes vinrent avant même qu’il ait pu songer à les arrêter. Et puis les arrêter pour quoi faire ?! se dit-il. Il les laissa alors couler, les lèvres et les poings serrés. Lorsqu’il se décida enfin à quitter les tombes des yeux, son regard se porta vers le lac. Il respira profondément à grandes bouffées l’air de cette fin de journée, essayant de retrouver le contrôle de ses émotions. Il finit par mettre un genou à terre afin de déposer sur la tombe de sa mère et de sa sœur des roses blanches qu’il avait cueillies sur la route. Sur celle de son père et de son frère, il posa la main quelques secondes. Lorsqu’il se releva, ce fut pour s’éloigner précipitamment car il sentait qu’il ne pourrait pas rester une minute de plus sur cette île sans exploser. Il retraversa le lac, enfourcha le vélo qu’il avait posé contre un arbre puis rentra. Harry l’attendait, tournant en rond dans le salon. — Où étais-tu Ethan ? — Parti faire un tour, répondit ce dernier, sans ressentir le besoin de lui dire ce qu’il avait fait. — Et tu rentres aussi tard sans me prévenir ? continua Harry. — Je ne pensais pas à mal, je ne risque rien non ? — Tu me déçois beaucoup Ethan, tu as eu beaucoup de chance qu’il ne te soit rien arrivé. Nous devons toujours rester sur nos gardes. Ne pense jamais que c’est fini ! Va te coucher ! termina froidement son oncle, avant de s’éloigner. Le lendemain matin, Harry passa la tête par la porte de la cuisine alors qu’il prenait son petit déjeuner. — Ethan, tu es en forme ce matin ? — Oui, cela peut aller, répondit-il. — OK, après ton petit déjeuner, tu mets un survêt, on va faire un tour, lui dit Harry comme si la conversation de la veille n’avait jamais eu lieu. C’est ainsi qu’Ethan commença son apprentissage physique. Peu à peu, il s’endurcit et devint même un bon athlète. Harry commença à lui enseigner les règles de base du combat à mains nues. Petit à petit, Ethan s’améliora, et à la fin des vacances, il avait même un niveau jugé acceptable par son oncle.
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