Chapitre II-1

2008 Mots
Chapitre II L’aveu La rentrée scolaire d’Ethan en 4e fut normale, étrangement normale. Le temps ayant fait son œuvre, les autres élèves avaient cessé de se retourner sur son passage. La seule chose un peu embarrassante pour Ethan vint d’Alex, qui le soumit dès le premier jour à un feu roulant de questions sur plusieurs sujets : ces sorties bien trop rares cet été, son corps qui s’était considérablement musclé et cette nouvelle assurance qui se dégageait maintenant de sa personne. Assurance qui, Alex en rigolait beaucoup, semblait aussi avoir de l’effet sur les filles qui se retournaient sur son passage. — Décidément, tu racontes vraiment n’importe quoi, Alex ! — Ah oui tu crois vraiment ? Tu n’as pas vu comment Amanda te regarde depuis ce matin ? poursuivit Alex. — Amanda Guillard ? Tu plaisantes ? dit Ethan. — Et Sandy alors, je l’ai rêvé le regard et le bisou qu’elle t’a envoyés par la fenêtre ? continua Alex sur le même ton hilare. — Je n’ai rien remarqué, dit Ethan. — OK ! Laisse tomber ! ajouta Alex voyant qu’il n’obtiendrait aucune réponse. Les premières semaines furent sans surprise, Ethan prit rapidement ses marques, alternant les cours du collège, les sorties et les leçons particulières d’Harry. Dans le même temps, la prophétie d’Alex se réalisa, Amanda et lui se voyaient de plus en plus souvent, et ce en dépit du temps qui devenait de plus en plus mauvais. Bientôt, le temps froid de novembre enveloppa de glace la chaîne de Belledonne qui surplombait le village, ce même froid mordant qu’il avait ressenti un an avant lorsqu’il essayait de fuir les Nettoyeurs. À la date anniversaire de la mort de sa famille, Ethan et son oncle se rendirent sur l’île où les tombes de sa famille se trouvaient. Ils redoutaient et appréhendaient tous les deux ce moment. Harry ressentait toujours la blessure d’être arrivé trop tard, et pour Ethan, la perte était toujours immense. Il pensait à cette visite depuis des jours, essayant par tous les moyens d’y échapper, mais une force plus grande encore le poussait à s’y rendre. Arrivé sur place, Ethan ne put ni entrer ni regarder la maison, il avait trop peur que certains souvenirs resurgissent. Il passa à côté en regardant fixement le lac : l’île était toujours là, bien sûr, légèrement décalée par rapport au centre du lac comme il en avait le souvenir. Elle n’avait pas changé depuis sa dernière visite, si ce n’était que les arbres avaient perdu leurs feuillages. La traversée fut rapide et dès qu’il toucha terre, il accrocha la corde du bateau autour d’un des arbres que l’île possédait et qui venaient apporter un peu d’ombre lors des grosses chaleurs d’été. Après s’être approchés des tombes, Harry et lui les contemplèrent sans parler, ils n’en avaient pas besoin, ils se comprenaient. Les poings d’Ethan se contractèrent dans ses poches, la colère le submergeait de nouveau. — Dès que j’en aurai les moyens, je jure de détruire ceux qui vont ont tué, dit Ethan en serrant la mâchoire. — Tu ne peux pas dire cela, lui répondit son oncle. Ethan se tourna vers lui surpris en le foudroyant du regard. — Et pourquoi donc ! demanda-t-il d’une voix glaciale. — Tu dois rejeter l’idée même de tuer ou de vengeance si tu veux rejoindre l’ordre. — Ah oui !? Semblant réfléchir à la meilleure façon de dire les choses sans le froisser, Harry ne répondit pas tout de suite. — L’Ordre du Chaos a choisi comme arme la mort, nous, nous avons choisi la vie. Nous pouvons mettre hors d’état de nuire un ennemi, mais nous ne tuons jamais, finit par répondre Harry en adoptant un ton neutre mais ferme. — Pourtant, il y a un an, je t’ai vu le faire, répondit Ethan agressivement. — Ce n’étaient pas des êtres humains, juste les émanations d’une force maléfique que le Chaos domine, je n’ai tué personne, rajouta Harry. Je ne te dis pas que je n’en ai jamais eu envie, mais c’est la limite qui sépare le bien du mal et nous nous sommes engagés à ne jamais la franchir, tu comprends ? — Oui, mais... dans certaines circonstances, il faut savoir s’adapter et s’affranchir des limites, ajouta Ethan d’une voix dure comme la pierre. — C’est ce que je t’apprends effectivement. Tu as eu un bon professeur, éclata de rire Harry, puis, redevenant sérieux, mais pas celles-ci, termina-t-il. — Et si je les franchis ? demanda Ethan d’un air de défi. — Alors, tu ne vaudras pas mieux qu’Ajax et ses sbires, répondit Harry avant de retomber dans le silence. Ethan était révolté par ces propos. Il voulait se venger, tuer ceux qui avaient commandité le meurtre de sa famille et aucune règle ne viendrait se mettre en travers de sa route. Il n’avait que 14 ans mais tout son temps, chaque minute qui passait lui donnait l’occasion de se préparer, de se renforcer dans cette éventualité. Ne voulant pas relancer la tension, il garda ses réflexions pour lui. Ils restèrent de longues minutes dans le recueillement, puis après avoir déposé des couronnes de fleurs, ils repartirent tristement sans dire un mot. Lorsqu’ils arrivèrent chez eux, une voiture se trouvait dans la cour. Ethan et Harry se regardèrent, c’était imprévu et inquiétant, car ils n’avaient pas l’habitude de recevoir du monde. — On attendait quelqu’un ? demanda Ethan. — Non ! répondit Harry d’un ton sec. Attends-moi là ! poursuivit-il, tout en prenant son drôle de pistolet dans la boîte à gants. Descendant de la voiture, il prit la direction de la maison en avançant prudemment tous ses sens à l’affût en quête de l’intrus. Il venait de disparaître au coin de la maison lorsqu’une voix se fit entendre provenant du côté opposé. — Harry ! C’est toi ? Harry réapparut, le visage détendu. La méfiance qu’on y lisait quelques secondes auparavant, avait complètement déserté son visage, remplacé par l’air renfrogné qu’Ethan lui connaissait bien lorsqu’il était contrarié. Voyant qu’il n’y avait plus de menace, Ethan sortit du véhicule, tout en se demandant ce qui pouvait mettre son oncle Harry dans cet état, et le rejoignit en quelques pas devant l’entrée de la maison. — Shepard ? demanda Harry. — Non, c’est le pape ! Évidement que c’est moi, espèce de crétin ! reprit la voix en explosant de rire. L’homme qui venait de prononcer ces mots apparut alors. De très grande taille, très fin, il était habillé de couleurs chatoyantes et se déplaçait de façon chaloupée. Sa tête était couverte d’un grand chapeau orné d’une grande plume marron sur le côté. Arrivé à leur hauteur, il se planta devant Harry, le toisant de toute sa hauteur. — Je te retrouve enfin, vieille branche ! Où étais-tu depuis tout ce temps ? commença-t-il d’un ton calme. — Que fais-tu ici Shepard ? répondit Harry en occultant complètement les questions de l’homme. Tu es bien loin d’Atlantide ! — Je suis venu pour te ramener par la peau des fesses, là où est ta vraie place. — Qui t’envoie ? — Le grand chef. Tu es une personne importante, tu manques beaucoup là où tu sais. — J’en doute ! De toute façon, je ne peux pas repartir avec toi, je dois m’occuper d’Ethan, répondit Harry. Le dénommé Shepard daigna enfin le regarder en le dévisageant de haut en bas. — Tu parles du moucheron que j’ai en face de moi ? — Quel moucheron ?! C’est de moi dont vous parlez ? demanda Ethan un peu choqué de s’entendre appeler ainsi. — Ben oui, tu vois quelqu’un d’autre ? — Allez Shepard, laisse le tranquille, puis se tournant vers Ethan, je te présente Shepard, professeur à Atlantide, accessoirement mon ancien condisciple et mon meilleur ami. — Bonjour, dit Shepard en lui tendant la main. — Bonjour, répondit Ethan encore un peu vexé de s’être fait traiter de moucheron. — J’ai appris pour ta famille. C’étaient des gens bien, ils ne méritaient pas cela. Je… — Bon Shepard, tu vas pouvoir repartir, dit Harry en le coupant volontairement. — Tu me mettrais dehors sans un bon repas et sans une bonne nuit de sommeil, après tout le chemin que j’ai fait ? Cela ne te ressemble pas, mon vieil ami ! dit-il en se tournant les mains sur les hanches. — OK, tu peux rester ! dit Harry après quelques secondes de réflexion. Tu partiras demain après le petit déjeuner. — C’est trop généreux ! répondit Shepard sans sourire. Et toi Ethan, tu veux bien que je reste ? ajouta-t-il en lui faisant un clin d’œil. J’ai beaucoup de choses à raconter sur ton oncle. — Ouais, pourquoi pas ? répondit Ethan qui, voyant les sourcils d’Harry se hausser, commençait à trouver la situation comique. Le lendemain matin, après une soirée réussie malgré les circonstances, Shepard décida de rester quelques jours de plus. Ethan ne savait pas comment, mais il semblait exercer sur Harry, une certaine « autorité », car ce dernier n’osa pas s’y opposer et jugea même l’idée « intéressante ». Shepard s’avéra un compagnon bien surprenant pour Ethan, par sa stature, son humour et ses conseils. Un soir, alors qu’il rentrait de l’école, Ethan entendit des bruits provenant de la grange. S’approchant tout doucement de la porte, il l’entrouvrit et découvrit Harry complètement écrasé sous un Shepard hilare. Son oncle lui ne souriait pas du tout, et c’était bien la première fois, depuis qu’il le connaissait, qu’Ethan le voyait avoir le dessous dans une situation. Alors qu’il s’apprêtait à refermer la porte pour rentrer à la maison, on s’adressa à lui. — Ethan, tu veux essayer ? — Pardon ? dit-il en s’arrêtant. De quoi vous parlez ? — De quoi je parle ?! demanda Shepard qui venait de se relever pour venir ouvrir la porte en grand. D’un petit combat entre nous, voyons ! Ton oncle t’a bien appris une ou deux petites choses ? — On s’occupe surtout avec les livres même si on a fait des exercices physiques et un peu d’arts martiaux. — Ah l’esprit, quelle belle invention ! Bravo, Harry, je constate que tu ne changes pas. Le professeur Shido t’a bien formé, mais ce petit a aussi besoin d’apprendre quelques notions de combat, non ? dit Shepard. — Je n’ai pas dit le contraire, mais il n’est pas encore prêt, répondit Harry en se relevant. — Pffffff, de toute façon, tu n’y connais rien ! Penses-tu que tu l’étais quand tu es arrivé à Atlantide ? J’ai quelques souvenirs, si tu veux ! dit-il en se tournant vers Harry. Ethan ? Veux-tu apprendre quelques notions de combat pendant que je suis ici ? enchaîna-t-il en se tournant de nouveau vers lui. — Bah ! répondit ce dernier en hésitant tout en regardant Harry afin d’obtenir son autorisation. — OK ! dit Harry, cela ne peut pas te faire de mal dit-il en souriant. Pendant ce temps-là, il laissera le frigo tranquille. — C’est décidé. On commence demain, dit Shepard sans retenir l’allusion moqueuse d’Harry. En parlant de frigo, j’ai un petit creux, on va manger ?! — Tu vois ce que je disais ! dit Harry en souriant à Ethan. Il ne changera jamais. Toute la journée du lendemain, Ethan ne pensa qu’à cette première leçon. Il allait enfin apprendre des choses qui pourraient lui être utiles dans son désir de vengeance. Il allait enfin pouvoir passer à du concret. Cela l’accapara tellement qu’il ne vit pas passer la journée. — Oh, Ethan, tu te réveilles ! On y va ! lui dit Alex lorsque le dernier cours prit fin. — Ouais, ouais, répondit Ethan encore à moitié perdu dans ses pensées. — Bon, tu n’oublies pas, on a prévu une sortie ce soir. Amanda et Sandy nous attendront vers 19 h 30 devant le cinéma, ton oncle est toujours d’accord ? dit Alex. Et zut, j’ai complètement oublié ce cinéma quand j’ai dit OK à Shepard, se maugréa Ethan intérieurement. — Zut ! J’ai oublié de te dire, il y a un vieil ami de mon oncle à la maison et je vais devoir rentrer. — Tu plaisantes, j’espère ! On attend cette sortie depuis longtemps, les filles ne vont pas comprendre, surtout pour un ami de ton oncle ! répondit Alex. — Ouais, je sais, mais Harry tient à ce que je sois là, ajouta Ethan. — Attends, ce n’est pas possible Ethan ! On ne va pas rater la soirée avec les filles. Sandy ne va jamais me le pardonner. Après cela, je n’aurais jamais de nouveau rencard, renchérit Alex un peu énervé. — Vas-y tout seul avec elles ! Ce sera sans moi, je n’ai pas le choix ! — Ethan, tu n’es vraiment pas cool, ton oncle Harry non plus. Tu ne vas quand même pas passer toutes tes soirées avec lui. Allez viens ! insista Alex de plus en plus énervé. — Tu es sourd ou quoi ? Je viens de te dire que je ne venais pas ! hurla Ethan. Les yeux frémissant de colère, Alex recula de trois pas, fixant Ethan. — OK. Va voir ton oncle et son ami, et surtout restes-y, on n’a pas besoin de toi. NI CE SOIR NI JAMAIS ! — T’AS RAISON, JE CROIS QUE TOUT EST DIT répondit Ethan froidement. Sans ajouter un seul mot, Ethan se pencha pour prendre son sac puis partit sans même se retourner. Il enfourcha son vélo et toujours très en colère, en particulier pour les railleries sur ses états d’âme, prit la direction de la maison. Au bout de quelques minutes, il se rendit compte qu’il enrageait surtout de ne pas pouvoir lui dire la vérité et réalisait qu’il venait peut-être de perdre la personne, qui, après son oncle, ressemblait le plus à un membre de sa famille.
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