Boniface Il s’appelait Boniface. Boniface n’est pas un nom comme un autre ; l’être extraordinaire qui en était affublé le rendait encore plus singulier. On l’avait vu arriver à Meaux-en-Brie une vingtaine d’années auparavant, par le coche (le chemin de fer n’existait pas encore), porteur d’une lettre pour Monseigneur l’évêque. Le prélat avait perdu, quelque temps auparavant, une digne gouvernante, Mlle Rosalie, qui portait des caleçons de flanelle et cuisinait comme Vatel et Carême réunis. Rosalie était passée de vie à trépas, et la perte de ce cordon-bleu émérite avait jeté l’évêque dans un marasme profond. En vain quelques dévotes avaient-elles essayé de pénétrer dans son office, en vain quelques cuisiniers avaient-ils osé porter la main sur ses casseroles… Monseigneur n’avait plus


