Prologue : Des cendres
⚠️ Avertissement — Dark Romance
Cette histoire contient des thèmes sombres : violence, abus, agressions sexuelles, manipulation et détresse psychologique.
Elle s’adresse à un public adulte et averti.
Si ces sujets sont sensibles pour vous, votre bien-être doit passer avant la lecture.
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Est-ce qu’on peut déjà être brisée… avant même d’avoir vécu ?
Aurora ne savait plus quand elle avait cessé d’espérer. Peut-être cinq ans plus tôt. Peut-être la nuit où sa mère était partie sans se retourner.
Après ça, quelque chose s’était éteint.
La maison n’était plus un foyer.
C’était une cage.
L’air y sentait la bière, la sueur et le sang. Une odeur incrustée partout, impossible à fuir. Même en respirant doucement, elle avait l’impression d’avaler la saleté des autres.
Mais pire que l’odeur… c’était la colère.
Invisible. Permanente. Prête à éclater sans prévenir. Son père n’avait pas besoin de crier pour terroriser la maison. Son silence suffisait.
Ses frères étaient pires. Plus grands. Plus forts. Plus cruels. Ils la regardaient comme une proie déjà condamnée.
La nuit était le seul moment où elle pouvait respirer.
Elle bloquait sa porte avec une chaise — un geste dérisoire, mais vital — puis se recroquevillait sur son matelas posé au sol.
Et elle comptait ses bleus.
Un.
Deux.
Trois.
Ceux qu’elle devrait cacher.
Ceux qui feraient trop mal pour marcher.
Elle ne pleurait plus. Les larmes attiraient l’attention.
Et l’attention… attirait les coups.
Chaque nuit, elle espérait qu’il n’y en aurait pas de nouveaux.
Chaque matin, elle découvrait qu’elle avait eu tort.
Elle quittait la maison avant l’aube, pendant que tout le monde dormait encore, repu d’alcool et de violence. Son ventre vide se tordait de faim, ses doigts engourdis peinaient à se fermer, mais elle marchait quand même.
Le froid lui brûlait les poumons.
Elle préférait ça.
Au moins, dehors, personne ne la touchait.
Elle avançait vite, tête baissée, espérant ne croiser personne. Moins on la voyait, mieux c’était. L’invisibilité était sa seule protection.
Aurora était fragile au point de paraître irréelle. Petite. Fine. Presque transparente. Elle se glissait entre les gens comme une ombre qui n’aurait pas sa place dans le monde des vivants.
Son corps la trahissait constamment.
Elle trébuchait. Lâchait ce qu’elle tenait. Renversait des objets. Ses mains tremblaient sans arrêt, comme si elles avaient oublié comment obéir. Une maladresse chronique qui attirait les soupirs, les regards exaspérés… puis les moqueries.
Les moqueries attiraient autre chose.
Le rejet.
L’humiliation.
La cruauté gratuite.
Elle bredouillait des excuses que personne n’écoutait. Pas qu’elle espère être entendue. Elle voulait seulement qu’on la laisse tranquille.
Ne pas être remarquée.
Ne pas être vue.
Elle gardait les yeux rivés au sol, dissimulant son regard vert terne, vidé de toute lumière. Des yeux trop vieux pour son âge, trop fatigués pour briller encore.
Quand quelqu’un les croisait par accident, il détournait les siens presque aussitôt. Malaise. Dégoût. Peur.
Parfait.
Moins on s’approchait d’elle, moins on pouvait la blesser.
Ses vêtements trop larges, sombres, informes — ces capuches constamment relevées — n’étaient pas un style. C’était une armure. Une tentative désespérée de disparaître sous des couches de tissu.
Personne ne semblait se demander ce qu’elle cachait.
Personne ne voyait les marques gravées dans sa chair.
Personne ne voulait voir.
Un mal-être profond, incrusté jusque dans ses os. La conséquence directe de cinq années de sévices. Cinq années à apprendre que résister ne faisait qu’empirer les choses.
Aurora ne vivait pas.
Elle survivait.
La peur était devenue permanente, presque confortable à force d’habitude. La soumission, son seul bouclier. Ne pas provoquer. Ne pas répondre. Endurer.
Toujours endurer.
Parce que s’effondrer n’était pas une option. S’effondrer signifiait être vue. Et être vue signifiait souffrir.
Alors elle avançait.
Toujours.
Un pas après l’autre.
Respirer.
Ne pas tomber.
Peut-être qu’un jour, quelque chose changerait.
Peut-être qu’un jour, quelqu’un la verrait… sans vouloir la détruire.
Mais pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, elle ignorait encore que la douleur pouvait être pire que tout ce qu’elle avait connu.
Que le véritable cauchemar ne l’attendait pas chez elle…
mais de l’autre côté des portes de son école.
Et que bientôt, tout le monde connaîtrait son nom.
Pas parce qu’elle l’aurait choisi.
Parce qu’un jour, quelqu’un déciderait qu’elle n’avait plus le droit d’être invisible