Prologue

879 Mots
Avertissement important Cette histoire est une dark romance. Elle contient des scènes et des thèmes particulièrement sombres, incluant violence physique et psychologique, agressions sexuelles, abus, manipulation, harcèlement, dépression et idées suicidaires. Certaines situations décrites peuvent être choquantes, dérangeantes ou difficiles à supporter. Ce roman s’adresse exclusivement à un public adulte et averti. Les relations et comportements présentés relèvent de la fiction et ne doivent pas être idéalisés ni reproduits. Si ces sujets sont sensibles pour vous, votre bien-être doit passer avant la lecture. Aucun avertissement supplémentaire ne sera donné au cours de l’histoire. ---------------------------------------------- Est-ce qu’on peut déjà être brisée… avant même d’avoir vécu ? Aurora ne savait plus quand elle avait cessé d’espérer. Le souvenir s’était dissous quelque part entre les cris, les coups et les silences trop lourds. Peut-être cinq ans plus tôt. Peut-être la nuit où sa mère avait quitté la maison en claquant la porte derrière elle, sans un regard en arrière. Après ça, quelque chose s’était éteint. La maison n’était plus un foyer. C’était une cage. Trop grande pour sa solitude. Trop étroite pour contenir la violence. Les murs suintaient la bière éventée, la sueur rance, le sexe et le sang. Une odeur incrustée jusque dans le plâtre, impossible à nettoyer, impossible à oublier. Elle collait à la peau, aux vêtements, aux cheveux. Même en fermant les yeux, Aurora la sentait encore, comme si respirer revenait à avaler la crasse des autres. Mais pire que l’odeur… c’était la colère. Elle vibrait dans l’air, sourde, permanente. Une menace invisible prête à éclater à tout moment. Son père n’avait pas besoin de crier pour terroriser la maison. Son silence suffisait. Un silence épais, chargé d’électricité, qui annonçait presque toujours une explosion. Un orage qui frappait sans prévenir. Ses trois frères étaient pires. Plus grands. Plus forts. Plus cruels. Ils la suivaient du regard comme des prédateurs flairant une proie déjà condamnée. Ils n’avaient pas besoin de raison pour s’acharner. L’ennui suffisait. Le seul moment où Aurora pouvait respirer un peu était la nuit, lorsque la maison sombrait enfin dans un sommeil alcoolisé. Elle poussait sa chaise contre la poignée de sa porte — un geste dérisoire, mais vital — puis se recroquevillait sur son matelas posé directement sur le sol. Là, dans l’obscurité, elle comptait ses bleus. Un. Deux. Trois. Elle mémorisait ceux qu’elle devrait cacher le lendemain. Ceux qui seraient impossibles à dissimuler. Ceux qui feraient trop mal pour marcher normalement. Elle ne pleurait plus. Les larmes attiraient l’attention. Et l’attention… attirait les coups. Chaque nuit, elle espérait qu’il n’y en aurait pas de nouveaux. Chaque matin, elle découvrait qu’elle avait eu tort. Elle quittait la maison avant l’aube, pendant que tout le monde dormait encore, repu d’alcool et de violence. Son ventre vide se tordait de faim, ses doigts engourdis peinaient à se fermer, mais elle marchait quand même. Le froid lui brûlait les poumons. Elle préférait ça. Au moins, dehors, personne ne la touchait. Elle avançait vite, tête baissée, espérant ne croiser personne. Moins on la voyait, mieux c’était. L’invisibilité était sa seule protection. Aurora était fragile au point de paraître irréelle. Petite. Fine. Presque transparente. Elle se glissait entre les gens comme une ombre qui n’aurait pas sa place dans le monde des vivants. Son corps la trahissait constamment. Elle trébuchait. Lâchait ce qu’elle tenait. Renversait des objets. Ses mains tremblaient sans arrêt, comme si elles avaient oublié comment obéir. Une maladresse chronique qui attirait les soupirs, les regards exaspérés… puis les moqueries. Les moqueries attiraient autre chose. Le rejet. L’humiliation. La cruauté gratuite. Elle bredouillait des excuses que personne n’écoutait. Pas qu’elle espère être entendue. Elle voulait seulement qu’on la laisse tranquille. Ne pas être remarquée. Ne pas être vue. Elle gardait les yeux rivés au sol, dissimulant son regard vert terne, vidé de toute lumière. Des yeux trop vieux pour son âge, trop fatigués pour briller encore. Quand quelqu’un les croisait par accident, il détournait les siens presque aussitôt. Malaise. Dégoût. Peur. Parfait. Moins on s’approchait d’elle, moins on pouvait la blesser. Ses vêtements trop larges, sombres, informes — ces capuches constamment relevées — n’étaient pas un style. C’était une armure. Une tentative désespérée de disparaître sous des couches de tissu. Personne ne semblait se demander ce qu’elle cachait. Personne ne voyait les marques gravées dans sa chair. Personne ne voulait voir. Un mal-être profond, incrusté jusque dans ses os. La conséquence directe de cinq années de sévices. Cinq années à apprendre que résister ne faisait qu’empirer les choses. Aurora ne vivait pas. Elle survivait. La peur était devenue permanente, presque confortable à force d’habitude. La soumission, son seul bouclier. Ne pas provoquer. Ne pas répondre. Endurer. Toujours endurer. Parce que s’effondrer n’était pas une option. S’effondrer signifiait être vue. Et être vue signifiait souffrir. Alors elle avançait. Toujours. Un pas après l’autre. Respirer. Ne pas tomber. Peut-être qu’un jour, quelque chose changerait. Peut-être qu’un jour, quelqu’un la verrait… sans vouloir la détruire. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle ignorait encore que la douleur pouvait être pire que tout ce qu’elle avait connu. Que le véritable cauchemar ne l’attendait pas chez elle… mais de l’autre côté des portes de son école. Et que bientôt, tout le monde connaîtrait son nom. Pas parce qu’elle l’aurait choisi. Parce qu’il le lui aurait pris
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