Un petit moment de vérité

1354 Mots
***Point de vue D'Aurora*** Amira fulmine, lui tenir tête ainsi, en silence, l'affecte. Elle fait signe à Jazlyn et soudain un autre ballon me percute, dans le ventre cette fois-ci. Je me plie en deux et je prends appuie sur le sol de la main pour ne pas tomber. Mauvaise idée, car Kara profite de l'occasion pour me piétiner les doigts. J'entends les craquements de brisure au même moment que la douleur me transperce. ~Chut! Ne pleure pas, relève toi.~ L'une d'entre elle m'agrippe les cheveux et me relève, avant que je ne puisse le faire moi-même. J'ai fini par me mordre l'intérieur de la joue pour ne pas crier, lorsqu'elle arrache une mèche entière de ma tête. Tel un trophée, elle se dandine, tenant mes cheveux dans les airs. Mais ce n'est pas assez pour elles, le rituel se poursuit. Un coup derrière la tête. Des rires. Je ferme les yeux. Un ballon me fracasse quelque part. Et ainsi de suite. Mallory décide finalement de me projeter contre le mur sur lequel je m'écrase comme un insecte. Une main claque ma joue, la brûlure pique jusqu'à mon oreille. Ma lèvre se fend, le sang perle sur mon menton. Je ravale un hoquet. ~Pas de bruit Rory, pas de larmes.~ Je regarde Amira et lui sourit de toutes mes dents ensanglantées. Et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à voir la graine de folie dans ses pupilles dilatées. Elle veut me briser, mais elle ne comprend pas pourquoi je tiens encore. Elle recule d'un pas, lève le pied et s'enligne sur ma mauvaise hanche. Elle va frapper, je le sais. Je tiens mes doigts meurtris et gonflés contre ma poitrine, mon sac étant tombé depuis belle lurette. J'essaie d'anticiper sa prochaine attaque, minimiser les dégâts ... comment pourrais-je bien faire ça? ~Bouge pas salope.~ sa voix fulminant de rage. ~AMIRA~ C'est Madame Green, vient-elle m'aider ? Un soulagement éphémère s'installe à mon insu dans mon cœur. Finalement Amira abandonne son plan de me fracasser et laisse retomber sa jambe. Son sac de sport en bandoulière, ses clés cliquetant en marchant, Madame Green s'avance en balayant la scène d'un oeil froid et calculateur. Mais son inquiétude n'est absolument pas diriger vers moi, puisqu'elle ne me regarde même pas. ~Hum, qu'est-ce que vous faites les filles ?~ Sa voix dégouline de lassitude et non d'inquiétude. ~Rien, Madame ... On s'amusait, c'est tout.~ Mallory glousse et Madame Green soupire. Elle daigne finalement me regarder, prenant compte de ma lèvre fendue, mes doigts pétés, mes cheveux qui ne ressemblent plus à rien. Avec un autre soupir, elle s'adresse au quatuor: ~Je vous l'ai déjà dit les filles, pas de marques visuelles, je ne peux pas couvrir ce qui est visible.~ Sa voix est douce, complice et amicale. Les filles hochent la tête, sage comme des images. Quant à moi, je n'ose pas bouger, étampé dans le mur de béton avec du sang qui goutte sur mon t-shirt. ~Ne t'inquiète pas petite p**e, ce n'est pas fini.~ me prévient Amira Madame Green ouvre son carnet et commence à prendre les présences. Rien. Je ne suis rien. Juste une poussière que l'on cache sous un tapis. Le sifflet retentit, trop fort pour mes oreilles bourdonnantes. ~Fin du cours, Aurora, range-moi tout ça.~ Je regarde l'heure, hahaha, encore 10 min avant la cloche. Du coup je m'attèle à la tâche, je ramasse les ballons et je plie les tapis. Je réunis les cordes et les cônes pour tout ranger dans le local. Mes doigts brûlent, ma lèvre a laissé un petit goût de fer au coin de ma langue. Pis mon genou meurt à chaque flexion que je dois faire. Je pousse le dernier ballon dans le panier en filet et enfin, j'ai terminé. Je reprends mon sac et me dirige vers les vestiaires en traînant des pieds. Personne, mon dieu, merci. Je m'asseois sur le banc et fixe le casier en métal, griffoné de noms et de promesses ... surtout sexuelles. ~Je pourrais graver le mien, tiens. Aurora, la s****e boiteuse.~ Ironique, sachant que je suis toujours vierge. Je tire sur la manche de mon t-shirt tâché de sang, je soupire ... je regarde mes bleus, les marques, la grosse morsure violette sur le genou, c'est enflé. Je vois ma lèvre fendue et le trou vide et ridicule où se trouvait ma mèche de cheveux. Je souris, juste pour voir ... ça fait mal et c'est laid. Je suis lâche, je pourrais partir, disparaître. C'est pas comme si j'allais manquer à quelqu'un. ~Tout le monde s'en fout. Pourquoi je reste?~ Partir loin, très loin ... ~ Personne ne viendrait, personne ne viendra.~ Juste ... fermer les yeux et ne plus jamais les rouvrir. Dormir pour toujours. ~Tu es lâche~ Maintenant, je vais à la bibliothèque le midi, pas comme si j'avais le droit d'y manger. De toute façon pour les fois où je mange ... Je me cache tout au fond des rayons, Xander ne viendra pas ici et même le club des b***h n'osera pas. J'ai réussi à me faire une attelle de fortune avec des bouts de crayons et du scotch, pour mes doigts. J'avais art en deuxième période, alors je me suis servie. Mademoiselle Scott ne m'a même pas lancée un regard. Je regarde ma main estropié, on dirait un bricolage d'enfant raté. Ça tire, ça brûle, mais au moins ça tient droit, aussi ridicule que ça puisse paraître. Je ferme les yeux. Juste une minute, ça fait un bien fou. Personne ne me voit, je soupire de contentement. Personne .. ~Aurora?~ Cette voix. Je sursaute et me cogne la tête contre l'étagère. Je relève la tête et il est là. M. Summers dans toute sa splendeur. Toujours trop beau, trop propre, trop hors de ma portée. Il me regarde avec des yeux mi-inquiets, mi-amusés. ~Tu joue à Robinson dans les rayons poussièreux?~ Son ton est calme et un peu railleur. Je baisse les yeux et remarque mon affreux bricolage que j'essaye de cacher rapidement, mais sans succès, il pogne mon poignet. Son toucher me picote la peau, c'est doux, tiède, de grandes mains, trop bien pour toucher une saleté comme moi. ~C'est quoi ça?~ son intonation change, moins joueur, plus grave. Il observe mon raffistolage et un léger rictus se forme sur son visage, même si ça n'atteint pas ses yeux. ~Tu te prends pour un médecin de campagne.~ Je tente de retirer ma main de son emprise, main peine perdue. ~C-ce n'est r-rien, vraiment. J-je ... j-j'avais p-pas de b-bande.~ Il effleure ma pommette violacée du bout des doigts, encore des picotements rassurants. ~Et ça? Rien aussi.~ Je me détourne de son toucher, j'avale ma salive et inspire un bon coup. Son odeur m'envahit, la forêt, un jour de pluie. Propre, rassurant, calme. Ça me donne presque envie de pleurer. Mais non. Pas devant lui, pas devant personne. Il soupire et recule un peu. Ses yeux s'accrochant aux miens. ~Aurora ... Je ne peux pas te laisser comme ça. Laisse-moi t'aider. Je te ramène chez toi, d'accord? Je secoue la tête, trop vite, encore. ~Non ! J-je ne v-veux p-pas. P-as chez moi.~ Il penche la tête sur le côté. ~Alors viens à l'infirmerie. Au moins pour tes doigts et pour ta lèvre. Je m'en fiche de ce que tu dis, je ne vais pas te laisser là, comme une souris blessée.~ Je vois bien qu'il tente de plaisanter, pour apaiser l'atmosphère. Il commence à comprendre, ou du moins à deviner ce que je vis, et ça me fait peur, quelle initiative pourrait-il prendre ... ~Pourquoi Aurora, pourquoi tu me repousse?~ Je regarde un peu partout, nerveuse et là, tout d'un coup, j'ai choisi de ne pas mentir ... ~V-vous et l'inf-l'infirmière ... Vous po-posez trop de ques-questions.~ Peut-être allait-il finir par me laisser, maintenant. ~Trop de questions ... donc si je me tais, tu vas me laisser t'amener chez moi pour te soigner? De la glace ... sur ta bouche et une b***e propre pour tes doigts.~ Il se râcle la gorge et attend mon accord. ~Que vais-je faire?~
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER