Novembre 1916Depuis le mois de juillet, nous stagnons dans la Somme. Les combats sont de plus en plus pénibles, ou plutôt de moins en moins supportables pour des hommes de constitution normale. Mais le sommes-nous vraiment ? Nous nous enfonçons dans la boue glacée, jusqu’aux genoux. Les Boches nous bombardent sans le moindre répit. La chute est fatale si, par malheur, on se trouve le nez dans cette gadouille : la mort par étouffement ou noyade, c’est selon, est inévitable. À dix pas de moi, un gars, soufflé par une explosion, est tombé à la renverse. Me dépatouillant dans cette vase gluante, j’ai attrapé sa main qui seule sortait de cette mélasse, j’ai tiré avec tout mon désespoir. J’ai senti cette main se ramollir, il avait cessé de combattre, il était mort. J’ai proféré des jurons contr


