Décembre 1920Il y a deux ans et demi que je n’ai pas griffonné dans mon carnet. Et pour cause, je n’ai plus rien en commun avec l’auteur des premières pages. Je suis devenu un monstre, la gueule cassée, éclatée, difforme. La mâchoire plus ou moins reconstituée, la bouche édentée et sans lèvres, le nez réduit à un orifice béant, et comme si ce n’était pas suffisant, borgne ! Les doigts de la main gauche ont été arrachés, il me reste le pouce. Mais reprenons depuis le début. Le lendemain de mes retrouvailles avec Pierre, le blanc-bec de Benoît avait repris le commandement de notre bataillon. Au moment où je passe devant lui, il n’a rien trouvé de mieux que de faire du zèle, m’ordonnant de me présenter et de justifier la présence du chien dans les tranchées. Je m’exécute et, fort de la cita


