Août 1915Pour la première fois depuis un an, nous respirons un peu. Les morts par centaines, c’est fini pour le moment. Trêve ? Fin des combats ? Arrangement à l’amiable ? Et si c’était terminé ? On se débarrasserait de notre barda, on courrait à découvert à la rencontre des Boches jetant leur casque à pointe en l’air, on aurait des fous rires, des grandes claques dans le dos, l’amitié reprendrait ses droits, la guerre serait finie, retour à la maison. Je n’effacerai pas ce passage délirant, car lors de mes rêves les plus désespérés, c’est avec ce tableau que je chasse mes cauchemars. Il fait beau temps à moissonner, il me manque ce bruit des cailloux qui croquent sous les bandages métalliques des charrettes, ces claquements de sabots qui rythment en cadence le charroi, les encouragemen


