ILandowski pivota sur lui-même, façon derviche tourneur. Il inspecta des yeux les alentours d’un regard vif, éveillé, précis. Une attitude somme toute très professionnelle. Il aimait ça, ce rôle de solitaire aux aguets, toujours paré pour l’aventure, prêt aussi à répondre au coup de grisou comme à l’agression. Histoire de se goinfrer d’adrénaline et, une fois l’orage passé, se retrouver entier et vainqueur devant l’adversité terrassée. Rester vivant.
Le divisionnaire se disait parfois qu’un jour, il se sentirait brutalement poussé en avant par une balle à ogive blindée et qu’il n’aurait même pas le temps de voir son agresseur. Quand on s’y prend bien, la victime est morte avant d’atteindre le sol. Des balles, il en avait tiré. Des hommes, il en avait mis à terre. Pour la loi et l’ordre. Pour la République.
Il acceptait l’éventualité de sa propre mort. Cela faisait partie de la vie professionnelle, des risques du métier et de la destinée potentielle de chaque fonctionnaire de police. Heureusement qu’il ne s’agissait pas d’une hécatombe quotidienne mais seulement d’actes isolés. Mais chaque policier à terre, c’était une vie prélevée de trop. D’autres étaient tombés qui n’avaient rien demandé à personne et qui n’avaient pas démérité de la vie. Question de malchance, de destin. La roulette russe.
Ce qu’il souhaitait vraiment c’était d’avoir la possibilité de faire face, de se défendre et, si c’était à son tour de perdre, qu’il puisse vendre chèrement sa peau. Pour partir en beauté, avec panache, comme Pike Bishop dans La Horde Sauvage, un western crépusculaire. Son film fétiche.
Les flics à terre, il y en avait chaque année. Souvent à la suite d’actes gratuits et disproportionnés par rapport aux enjeux. Parce que les petites frappes armées de pistolets plus gros que leur cerveau se reproduisaient au gré de la constitution des b****s et de l’augmentation de la délinquance urbaine. Heureusement, ce n’était pas encore l’hécatombe dans les services actifs, mais chaque décès retentissait avec tristesse dans les tripes des collègues comme un avertissement.
Maigre consolation, il n’avait pas à la maison des enfants jeunes qui pouvaient devenir des orphelins par le simple vouloir d’un fondu de la gâchette. Il n’aurait pas voulu les voir grossir les rangs de l’association Orphéopolis, l’orphelinat mutualiste de la police nationale. Bien sûr, il mettait un point d’honneur à donner son obole chaque année pour aider l’association et, quand il voyait le sourire des enfants dans le bulletin “Serment de Coeur”, il en retirait une réelle satisfaction.
Des enfants, il ne savait pas vraiment s’il en avait. Il lui arrivait parfois de se poser la question. Il était de cette génération où le préservatif n’était qu’un objet de rigolade pour les soirs de fête et où la responsabilité de la maternité était laissée à la partenaire. Depuis, il avait pris conscience du risque et il s’était rangé des voitures comme tout le monde, mais les femmes qu’il avait serrées dans ses bras dans une période antérieure, avaient très bien pu être enceintes de ses œuvres sans qu’il n’en sache rien. Aucune n’était arrivée un matin tenant un enfant par la main. Il le regret-tait parfois.
Il continuait à marcher. Il venait de passer la portion en arc de cercle de l’avenue des Mimosas à HendayePlage. Sur sa gauche s’élevaient hôtels et résidences. À cette heure de la journée, l’endroit était calme. Quelques employés allaient prendre leur service. Deux ou trois personnes promenaient leur chien. Des joggeurs trottinaient le long du quai. L’ambiance habituelle des stations balnéaires avant le déferlement des vacanciers.
Landowski s’arrêta à côté de la passerelle descendant au ponton des navettes maritimes. Il jeta un regard en direction de Hondarribia, la ville espagnole située en face, de l’autre côté de la Bisassoa. C’était là qu’il allait. Il avait rendez-vous avec Jose Ramon Takenea.
Le petit bateau était là. Il dansait au gré du léger clapot. Son timonier s’affairait avec une bouilloire d’eau chaude à la main. Il devait être en train de se préparer un peu de café à consommer entre deux allers-retours.
Le commissaire descendit la rampe de bois munie de tasseaux pour faciliter la marche puis il monta à bord de la navette peinte en bleu et blanc. Dans le petit habitacle, il s’intéressa aux porte-clefs vendus par l’équipage, de la cordelette de nylon tressée en boule, puis il sortit à l’air libre sur la plage arrière.
Il s’assit dos à la mer afin de garder un œil sur le quai et les abords. Il n’avait pas de raison particulière de se méfier mais, pour avoir tant donné dans la coïncidence tirée par les cheveux, il préférait faire preuve de la plus élémentaire des vigilances pour ne pas avoir à le regretter.
De la terrasse d’une des résidences, il était très facile d’observer ses faits et gestes. Un tireur discret pouvait même lui loger une balle dans la tête sans une once de difficulté. Le policier était là incognito, loin de toutes ses bases et, qui plus était, tout seul. Il ne craignait pas vraiment l’élimination à la Kennedy. Un agresseur éventuel attendrait son retour pour agir parce que ce qu’un observateur aurait voulu savoir en ce matin un peu frais c’était la destination précise de Landowski et l’identité de son interlocuteur.
Mais il ne fallait pas flipper. Il était un touriste comme un autre, adepte plutôt de l’intersaison que de la période estivale et il pouvait passer inaperçu sans la moindre difficulté. À part cette grosseur dans son dos au milieu de la ceinture qui indiquait l’arme de poing prête à cracher sa première Valda toujours engagée dans le canon.
Il régla son passage aller-retour et il s’intéressa un peu hypocritement à la ville qu’il allait découvrir en face. Il s’enquit sur le meilleur endroit pour manger des tapas alors qu’il préférait déjà ceux qu’on lui avait servis la veille au soir dans un restaurant de Sokoburu.*
La navette quitta le bord du ponton à l’heure prévue avec le policier pour seul passager. Elle effectua d’abord une longue marche arrière avant de s’engager entre les beaux yachts endormis, pour rejoindre la sortie du port de plaisance. Landowski observa un Dash 8 d’Air Nostrum, la compagnie aérienne en franchise avec Ibéria, qui virait au bout de la piste empiétant sur la Bidassoa avant de prendre son envol plein gaz. Il frissonna. Adrénaline du décollage.
Il y avait un peu de clapot au milieu de la rivière, de quoi créer quelques projections de gouttes salées. Landowski admira un instant le paysage. Les immeubles d’en face étaient teintés d’une superbe couleur ocre. Il profitait d’un court répit avant de redevenir très attentif. Il se situait au milieu du gué, en quelque sorte. Et s’il se passait quelque chose en terre espagnole, il pourrait garder en tête ces images toutes simples d’une courte balade en mer avant de fermer les yeux.
Il n’aimait guère cette inquiétude qui, parfois, le gagnait. Lorraine lui avait conseillé de laisser tomber la chasse aux tueurs avant qu’il ne devienne lui-même un gibier de choix. L’affaire de Noirmoutier* les avait rapprochés plus que jamais et il n’avait pas envie de revenir en arrière.
La croisière ne dura que quelques minutes. Après l’accostage, le pilote du bateau lui lança un “à demain” pour s’amuser alors qu’il venait de lui dire qu’il n’en avait que pour une heure ou deux, le temps de visiter la Casco Viejo, la partie la plus ancienne de la ville. Un beau mensonge.
Landowski longea une enceinte de tôles ceinturant un chantier en arrière du parking payant, puis il tra-versa deux longues avenues et il passa sous une arche, avant de se retrouver dans la rue Santiago, étroite et ventée. Il remonta le col de son blouson et accéléra le pas.
José Ramon Takenea qu’il allait rencontrer dans quelques minutes, était un ancien ministre socialiste du gouvernement autonome basque. Depuis une dizaine d’années, il vivait dans une maison ancienne située dans la vieille ville sous la protection permanente de deux Galiciens taillés à coups de serpe.
Le policier français emprunta la rue pavée très pentue menant à la place Gipuskoa. À la moitié de la montée, un peu avant l’amorce de la rue Bordari, il remarqua un homme assis sur une borne métallique, qui avait un téléphone portable collé à son oreille. Aux pieds de l’inconnu, une valise en aluminium montrait des outils soigneusement rangés.
Landowski ne se pressa pas. Il eut simplement un geste très familier. Il passa la main dans son dos, histoire de caresser la crosse de son Glock 26 calibre 9 mm parabellum, la nouvelle arme de service des fonctionnaires de la DCRI. Arrivé à la hauteur de l’homme, il embrassa la scène d’un seul coup d’œil : tête, téléphone, puis vêtements, chaussures, ensuite valise et outils. Il fit mine de s’intéresser au blason sculpté à gauche sur le mur d’une maison, ce qui lui donna l’occasion de traverser la rue pour mieux l’admirer. Certes, il aimait bien l’histoire des peuples, mais son mouvement d’intérêt visait surtout à épier l’inconnu du coin de l’œil. Ils étaient tous les deux seuls dans la rue. Une équipe décidée pouvait se mettre en embuscade et faire un joli carton. Mais rien ne se passa.
Il continua jusqu’à la place et il longea la limite de l’esplanade réservée aux piétons, matérialisée par des grosses chaînes tirées entre des fûts de canon enfoncés bouche en bas dans le sol. Il enjamba la chaîne et il fit quelques pas en direction du magasin de souvenirs dont la porte d’entrée était largement ouverte. Au fond de la place, à côté de l’escalier de pierre remontant vers la place d’Armes, à deux pas de l’hôtel Palacete, une terrasse était occupée par un trio apparemment désœuvré. En passant, il leur jeta un regard. Deux hommes lui tournaient le dos. Le troisième, vêtu de noir, détourna la tête.
Landowski traversa la place d’Armes, laissant sur sa droite le Parador Turismo, un hôtel de luxe installé dans l’ancien château de Charles Quint et il se planta devant le paysage.
Une rue en pente descendait entre deux groupes de maisons. Plus loin, la Bidassoa et, dans le fond, Hendaye et la presqu’île de Sokoburu. Un spectacle superbe.
Il ne s’attarda pas et il engagea un mouvement tour-nant autour de l’antique bâtisse pour parvenir à la place de l’église située de l’autre côté.
Puis il disparut.
Dix ans plus tôt, José Ramon Takenea rentrait chez lui en voiture, en compagnie de son épouse. Il résidait alors dans une autre ville. La maison entourée d’un grand parc était plutôt isolée. Depuis qu’il avait quitté ses fonctions, il se déplaçait sans protection particulière.
Au moment d’ouvrir la grille, deux hommes armés avaient surgi. Sa femme, comprenant ce qui se tramait, avait bondi hors de la voiture et couru vers lui. Les tueurs avaient tiré sur le mari, sur l’épouse, sur la voiture et s’étaient volatilisés. José s’était retrouvé à terre, grièvement blessé mais vivant. Sa femme, tombée à quelques centimètres de lui, n’avait pas eu cette chance. Une balle lui avait éclaté la tête comme une pastèque trop mûre. Takenea avait regretté que, contrairement à leur pratique, les tueurs l’aient laissé vivant.
Il avait abandonné cette maison pour se réfugier avec son plus jeune fils à Hondarribia, dans une de ces incroyables maisons avec des encorbellements à tous les étages. Une maison si proche de celle d’en face qu’il semblait suffisant d’enjamber le garde-corps pour y entrer.
Il n’avait pas parlé pendant des mois avant de revenir progressivement dans le monde des vivants. La douleur physique et morale avait été longue à diminuer. Elle n’avait pas disparu complètement. Son fils devenu majeur et parti faire sa vie ailleurs, il avait repris le combat. Pour la justice.
Landowski pénétra dans le salon. Le garde du corps s’effaça sur un signe de son patron. La pièce était sombre. La rue étroite ne permettait pas au soleil de remplir complètement sa mission. De plus, la clarté trop vive était une souffrance pour l’ancien ministre. Lors de l’attentat, ses yeux avaient été sérieusement touchés.
— Alors, Commissaire, dit-il d’une voix aussi joviale que rocailleuse, vous voila enfin chez moi !
— J’ai pu faire une jolie balade en ville avant d’arriver jusqu’ici…
Takanea rit aux éclats, un rire un peu forcé. En parfait français, il continua :
— Je n’ai plus le loisir de me promener comme cela…
Il leva le bras comme pour faire taire son visiteur.
— Je sais, je sais ce que vous allez dire ! Je peux aller en ville, boire un verre en terrasse ou parler avec des gens. C’est vrai, mais mon escorte ne me lâche pas à moins de trois mètres cinquante. Je suis en liberté surveillée !
— Dans votre cas, une mesure de protection rapprochée est indispensable. Vous le savez bien.
— Si je vais en France, mon escorte m’abandonne à la frontière. C’est un grand luxe pour moi.
— Donc vous viendrez me rendre visite un jour !
Le visage de l’ex-ministre s’éclaira.
— À Paris ?
— Non, non ! En Bretagne sur la côte. Ma compagne rêve d’y acheter une maison. Je crois qu’elle va arriver à me décider.
Avec un petit sourire, José Ramon Takenea rebondit.
— Le juge Bouchet, hein ? Excellent choix, Commissaire ! Oui, vraiment, excellent !
— Vous dites cela parce qu’elle a en charge les dossiers des derniers etarras arrêtés à Carnac ?
— Pas précisément. Pour son sens de la justice, je dirais plutôt…
Du coin de l’œil, il observa Landowski qui, probablement, découvrait Lorraine sous un autre jour.
Il invita le commissaire à s’asseoir puis il proposa :
— Je vous offre un verre de Xérès ? Ou autre chose ?
Landowski accepta d’emblée :
— Va pour le Xérès !
— C’est mon péché mignon, avoua l’hôte.
— J’avais perçu votre préférence.
— Fin observateur, hum !
— Peut-être pas autant que vous !
— J’ai du temps à perdre ou à gagner. Je ne sais pas bien comment le qualifier. Il ne me sert plus à grand-chose. J’ai une sorte de vie virtuelle qui se tisse de minute en minute. Je ne sais rien de l’heure à venir.
— Vous vous sentez toujours menacé ?
— C’est le jeu !
— Vous parlez d’un jeu quand il s’agit de votre vie ?
— Je préfère m’en amuser pour partir le sourire aux lèvres s’ils arrivent à m’avoir.
— Partez vivre à l’étranger !
— Je n’ai pas un tempérament de fuyard. C’est ma terre ici. Je dois rester. J’ai été, je le reste, un militant.
Ils burent une gorgée de vin presque religieusement puis le Basque reposa son verre sur le plateau d’ar-gent.
— Commissaire Landowski, j’ai accepté de vous recevoir, tout d’abord parce que je connais vos états de service et parce que j’ai applaudi à vos réussites, mais…
Landowski releva la tête.
— Les documents que je souhaite communiquer à la DCRI dont vous dépendez, pouvaient fort bien être transmis d’une autre façon. Il n’était pas indispensable pour vous de faire le déplacement.
— Cette modalité fait partie de mon job, Monsieur le ministre. Vous avez proposé des informations. Sur ordre, je viens les chercher. C’est tout simple.
— Vous êtes cités dans ces pages, savez-vous ? Il montra le fin dossier noir posé dans l’angle de la table basse.
— Parce que je suis et nous sommes dans la procédure, répondit Landowski, fataliste.
— Pas seulement, Commissaire. Pas seulement. Takenea se leva et marcha vers la fenêtre. Il écarta le rideau de quelques centimètres avant de le relâcher et de faire deux pas en arrière aussitôt.
— Je me conforme aux directives des services de sécurité, expliqua-t-il.
Il s’éclaircit la voix.
— Je crois que vous allez devoir faire attention, le juge Bouchet et vous. Dorénavant, vous devriez vous abstenir de traquer et de juger les responsables de la violence politique qu’il y a dans notre pays. Certes, ils commettent des actes répréhensibles sur votre sol et, à ce titre, ils sont justiciables devant vos juridictions, mais ils prendront mal un jour votre assiduité personnelle à leur égard. Alors vous n’aurez plus la paix.
Il soupira avant d’ajouter :
— Je crois même que ce temps est proche… Landowski se leva.
— Vous ne voulez pas un autre verre ? demanda Takenea.
— L’alcool gâte la main !
— Vous avez raison.
Il saisit le dossier et le tapota.
— Il y a là-dedans de quoi éclairer votre lanterne sur les agissements de certains. Ce n’est pas toujours ceux que l’on croit, vous verrez…
Landowski accepta le dossier et le plaça aussitôt entre chemise et peau.
— Il y sera bien au chaud ! dit-il en souriant.
— J’admire votre façon de faire.
— Elle m’a souvent permis de me garder en vie ! L’ex-ministre l’accompagna jusqu’à la porte monumentale.
— Avez-vous visité un peu notre région ?
— Je n’ai eu que le temps de m’empiffrer de tapas ! Le Basque rit aux éclats.
— C’est un bon début, Commissaire ! Puis il redevint sérieux.
— Nous reverrons-nous ? demanda-t-il en tendant la main.
Manifestement, il n’attendait pas de réponse puisqu’il ajouta tout de suite :
— Au revoir, commissaire Landowski. Heureux de vous avoir rencontré.
Le divisionnaire retrouva la rue. Elle était presque plus sombre encore, déserte toujours, malgré l’heure. Il regarda à droite puis à gauche puis encore à droite et il continua son parcours de visite un moment interrompu. Pas question de revenir sur ses pas.
Il suivit un temps les remparts de la vieille ville. Il jeta un regard sur la gauche en direction de l’aéroport où un avion vrombissait en quittant le tarmac, puis il emprunta un petit escalier pour rejoindre la rue Harategi.
Il longea un terrain vague où deux hommes érigeaient un panneau de bois indiquant des travaux à venir. Il les regarda avant de continuer et il embouqua dans la rue. C’est là que la première balle siffla à ses oreilles avant d’écorcher l’angle d’une maison faisant tomber des débris de calcaire.
On avait tiré de derrière lui avec une arme munie d’un silencieux. Il se jeta de côté et fit jaillir son Glock d’un geste maintes et maintes fois répété. Il se retourna. Les ouvriers avaient disparu. Il laissa pendre son bras le long de sa cuisse pour ne pas attirer l’attention sur l’arme et il remonta la rue d’un pas rapide.
Sur Gispukoa Plaza, la porte du magasin de souvenirs était fermée. Le trio n’était plus en terrasse. Landowski ne s’attarda pas. Il tourna à gauche pour ne pas descendre tout droit sur le pseudo employé du téléphone qu’il avait croisé en arrivant. La vieille ville était décidément parfaite pour une souricière ! Il commençait à comprendre les mises en garde de l’ancien ministre qui savait parfaitement de quoi il parlait.
Une fois passé la borne escamotable encastrée dans le sol pavé et destinée à filtrer les véhicules en période de grande affluence, il tourna à droite. Il fit vingt ou trente mètres avant d’entendre le bruit d’une voiture qui remontait vers lui. Il se cacha dans l’entrée d’un immeuble. Il vit le 4x4 passer lentement et il croisa le regard méchant du chauffeur.
L’homme et son passager arrière gauche auraient pu le flinguer sur place sans autre forme de procès avant que le policier ne parvienne à s’échapper. Il commença à penser que c’était davantage une manœuvre d’intimidation qu’un projet d’élimination.
Il n’attendit pas confirmation et il dévala la rue pavée en direction du port en cachant son arme sous son blouson. Une fois rendu à la civilisation matérialisée par un bus et des passants, il souffla. L’alerte était passée.
Il refit le chemin en sens inverse et il contourna le chantier cette fois par la gauche. Il longea le trottoir, jeta un œil à la guérite de contrôle du parking où deux jeunes filles riaient. Plus loin, il s’approcha des tôles. La seconde balle frappa l’une d’elles à un mètre devant lui. Il s’accroupit et se retourna, arme au poing. Difficile de se défendre contre un agresseur invisible. Comme il ne se passait rien de plus, il se hâta vers le quai, non sans avoir vérifié du doigt le trou creusé par la balle dans la palissade. Du 11.43, à son avis.
Il rangea son arme discrètement et il monta à bord de la navette. Décidément, il était encore le seul passager. Le bateau quitta le ponton sans délai. Landowski ne s’assit pas à l’arrière. Il se tint debout pour avoir une vision du port d’Hondarribia qu’il quittait. Et pour ne pas passer pour un couard.
C’est à ce moment qu’un homme en noir, cheveux courts et barbe légère, s’approcha du bord du quai. Landowski crut voir un geste de la main juste esquissé pour lui seul.
En guise d’avertissement.
* Presqu’île de Hendaye-Plage.
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