Chapitre 12 : Les Moments d'Intimité

1172 Mots
Charnelle L’air du bureau est lourd ce matin-là, comme une promesse de quelque chose que je ne peux encore appréhender. Je m’assois à mon bureau, les mains un peu tremblantes, bien que je ne puisse expliquer pourquoi. Le silence autour de moi me pèse, mais il est loin d’être apaisant. Il est saturé de tension, une tension que je commence à ressentir au plus profond de moi-même. Je m’efforce de me concentrer sur les dossiers qui s’empilent devant moi, d’ordonner mes pensées, mais une partie de mon esprit erre, captée par l’image de lui. C’est fou, mais depuis qu’il a franchi cette limite entre nous, il occupe chaque recoin de mon esprit. Chaque mouvement, chaque parole qu’il prononce semble désormais résonner plus fort. Plus personnel. Plus envahissant. Je souris un peu, nerveusement. Cela n'a aucun sens, je me dis. Mais la pensée s'évanouit dès qu’il entre dans la pièce. Le bruit de la porte qui s'ouvre me tire brusquement de mes pensées. Il est là. Ce n’est même plus une surprise, et pourtant, chaque fois qu’il entre dans la pièce, il emporte avec lui une charge d’électricité dans l’air. Il ferme la porte derrière lui sans un bruit, comme s’il n’avait jamais voulu que quelqu’un d’autre entre dans cet espace. Il est là, avec sa présence imposante, son regard incisif. Mais ce n’est pas ça qui me fait frissonner. C’est cette manière qu’il a de m’observer, de scruter chaque petit geste que je fais. Comme si mes moindres mouvements, mes respirations étaient calculés. Je relève les yeux de mes dossiers et le rencontre. Cette fois, il n’a pas ce sourire calculé, celui qu’il réserve quand il veut me rendre nerveuse. Non. Il me fixe intensément, mais il n’y a aucune raillerie, juste une froide évaluation. Ses yeux ne quittent pas les miens, et je me sens... observée, analysée. « Comment se passe ta journée ? » Sa voix est calme, sans trop de modulations, mais je sens qu’il attend quelque chose. Je veux paraître calme, indifférente, mais tout en moi est tendu. Ma respiration se fait plus saccadée. « Ça va, » je réponds, mais ma voix trahit ma nervosité. Il le sait. Il doit le savoir. Il voit au-delà des mots. Il perçoit chaque micro mouvement de mon corps, chaque frisson que je n’arrive pas à dissimuler. Je me force à reprendre contenance, à revenir sur un terrain plus sûr, en me concentrant sur le travail. Mais il ne bouge pas. Il reste là, à côté de moi, si proche, mais sans un geste. Simplement là, observant. C’est une étrange forme de domination silencieuse, mais qui s’impose peu à peu. Je fais mine de reprendre mon travail, mes yeux fixés sur l’écran, mais je sais qu’il est toujours là, à proximité. Je le sens. Chaque respiration, chaque mouvement de ma part le fait réagir. Peut-être que je me fais des idées, mais je suis certaine qu'il attend quelque chose de moi. Quelque chose de plus. Puis, il brise le silence d’un ton plus direct : « Tu sais, il y a des moments où il faut savoir se détendre. » Je lève les yeux à nouveau, surprise par ses paroles. Détendre ? De quoi parle-t-il exactement ? L’atmosphère entre nous se tend davantage. Il n’a pas besoin de dire autre chose. Son regard est suffisant. Ses yeux glissent lentement sur mon visage, puis descendent à ma gorge, puis aux mains que je garde serrées sur mon clavier. Tout en moi me crie de fuir, mais je reste là, figée, incapable de bouger. Il s'approche un peu plus, et je le sens. Il y a cette tension entre nous, presque palpable, qui rend chaque respiration plus difficile. Je devrais m'éloigner, je devrais faire quelque chose, mais mes membres semblent cloués au sol. Ses yeux sont rivés sur moi, et je comprends alors qu'il attend une réaction. Mais comment réagir face à cet homme qui semble lire mes pensées, lire ce qui se cache sous ma surface ? « Pourquoi cette tension ? » demande-t-il finalement, d’un ton doux, comme s’il s’agissait d’une question banale, mais il sait que ce n’est pas le cas. Je sens son regard s’intensifier, comme s’il cherchait à déterrer une vérité que je n’ai pas encore osé admettre. Ses mots flottent dans l’air, lourds de sous-entendus, mais j’hésite, mes lèvres scellées par l'incertitude. Je prends une profonde inspiration, mais il n'a pas l'air d'attendre une réponse. Il s'approche encore un peu plus. La proximité de son corps me trouble, bien plus que je ne l’aurais imaginé. Je suis consciente de la chaleur qui émane de lui, de son parfum subtil qui me submerge à chaque mouvement. Et quelque chose en moi commence à céder. Je me perds dans cette sensation, dans la lenteur de ce moment, dans l'intensité de son regard qui semble me pousser à l'inconnu. « Tu n’as pas à te justifier, » dit-il presque comme une caresse. Ses yeux sont rivés sur les miens, sans un seul mouvement. C’est presque hypnotique, cette manière qu’il a de me faire sentir son emprise, mais en même temps de me laisser l’espace pour me perdre dedans. Il se rapproche encore, si près maintenant que je peux sentir son souffle contre ma peau. « Tu n’as pas besoin de parler. » Ses lèvres effleurent mon oreille. « Juste… ressens. » Je n’ai pas le temps de réagir, d’évaluer ce qu’il veut vraiment. Une vague de chaleur m’envahit soudainement, me paralysant, alors que son contact, même si léger, me fait perdre pied. Il attend que je réagisse, et je sais que dans cet instant suspendu, tout ce qui m’entoure disparaît. Il n’y a plus que lui, et cette tension électrique entre nous qui s’intensifie à chaque seconde. Je sens mes mains trembler, mais je ne sais pas si c’est de désir ou de peur. Peu importe. Je suis là, face à lui, incapable de me soustraire à ce qu’il attend. « Je… » je commence, mais mes mots se brisent dans l’air, comme noyés dans l’intensité de l’instant. Il se retire soudainement, rompant brutalement ce moment suspendu. « Ne dis rien, » me dit-il d’un ton presque impératif. Puis, sans que je ne puisse réagir, il tourne les talons et sort du bureau. Je reste là, figée, la chaleur de son regard me brûlant encore. Tout me semble flou autour de moi, comme si le sol s’était dérobé sous mes pieds. Je suis perdue, le cœur battant dans ma poitrine. Je sais que ce que je ressens, ce que j’ai vécu, est bien plus complexe que tout ce que je peux concevoir. Mais une chose est sûre : chaque seconde passée en sa présence devient un pas de plus dans un abîme que je ne suis pas prête à comprendre. Je reste là, à essayer de retrouver mon souffle, de revenir à la réalité. Mais je sais que je suis déjà trop loin. Trop impliquée. Et pourtant, je me demande, au fond, si j’ai encore la force de m’en sortir.
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