Charnelle
Le matin suivant, une lourdeur persistante règne dans l’air. Je suis là, assise à mon bureau, mais rien ne semble normal. Le poids des événements des jours précédents pèse sur mes épaules. Ce regard, ces gestes... ce silence chargé de sous-entendus. Tout cela tourne en boucle dans ma tête, et l’espace du bureau, autrefois si familier, semble maintenant étranger. Je n’arrive pas à me concentrer sur le travail. Chaque dossier, chaque note semble m’échapper, noyée sous l’onde de ce malaise que je ressens chaque fois que je pense à lui.
Je sais que je devrais être plus professionnelle, rester centrée sur ma tâche, mais cette tension entre nous, palpable et croissante, rend tout plus difficile. L’envie de l’échapper, de l’ignorer, se mêle à une attraction irrésistible qui me paralyse. Est-ce vraiment ce que je veux ? Cette question me hante, mais je n’ai pas de réponse. Chaque fois que je pense avoir trouvé une direction, un chemin, quelque chose me fait douter. Et à chaque instant, son regard m’empêche de faire marche arrière.
Ce matin-là, il entre dans le bureau, mais cette fois-ci, quelque chose a changé. Il semble plus distant, plus calculateur, comme si lui aussi, il ressentait la pression de cette situation étrange entre nous. Il ferme la porte derrière lui d’un coup sec, et sans un mot, il s’approche de mon bureau.
Je lève les yeux, et je vois le même regard qu’hier, intense, perçant. Mais aujourd’hui, il est différent. Il y a une dureté dans ses traits que je n’avais pas remarquée avant. Une sorte de défi dans sa posture. Qu’est-ce qu’il attend de moi ? Cette question ne cesse de tourner dans mon esprit. Est-ce qu’il attend que je réagisse ? Est-ce qu’il veut que je me soumette davantage, ou est-ce que, au contraire, il cherche à me repousser, à tester jusqu’où il peut aller sans franchir la ligne ?
« Comment ça va aujourd’hui ? » Sa voix est plus froide, plus professionnelle que d’habitude. Pourtant, je perçois sous cette façade un intérêt marqué, une curiosité palpable. Il attend, j’en suis sûre. Il attend quelque chose de moi.
Je tente de reprendre le contrôle, de montrer que je suis toujours la même, celle qui sait faire son travail, celle qui sait garder sa place. Mais même cette pensée semble fausse, maintenant. Pourquoi faut-il toujours que je me sente observée ?
« Tout va bien, » je réponds, ma voix un peu trop précipitée. Il me scrute un instant, ses yeux fixés sur moi, puis se détourne légèrement, comme s’il évaluait mes paroles. C’est un jeu que nous jouons, maintenant. Il essaie de lire entre les lignes, de déchiffrer ce que je ne dis pas. Et moi, je me contente de jouer la comédie, à moitié convaincue que je le trompe.
Il s’approche un peu plus, comme pour tester mes limites, ou peut-être simplement pour me mettre mal à l’aise. Son visage est désormais si près que je peux sentir son parfum, ce mélange subtil d’odeur de cuir et de bois, qui me prend au ventre à chaque fois qu’il s’en approche. Je sens mes mains se crisper, et mes pensées se brouiller. Ce n’est plus une question de travail, ce n’est plus une question de professionnel. C’est une question de ce qui se passe entre nous. Et je n’arrive pas à me détacher de cette étrange dynamique.
« Tu ne penses pas qu’il serait temps de parler de tout ça ? » Il me le demande simplement, mais je vois dans ses yeux qu’il n’attend pas de réponse immédiate. Il veut me pousser à réagir. Il veut que je montre quelque chose de plus. “Je sais que tu ressens cette tension, tout comme moi.”
Mon cœur se serre dans ma poitrine. Il a raison. Je ressens cette tension, elle est palpable, elle me coule dans les veines, m’envahit. Que faire de ce désir naissant, de cette attirance que je n’arrive plus à ignorer ?
Je me tourne lentement vers lui, essayant de garder une contenance. “Il n’y a rien à dire,” dis-je, mais ma voix manque de conviction. Tout en moi crie que ce n’est pas vrai, que j’ai tellement de choses à lui dire, à lui demander, mais je me retiens. La peur de ce que cette conversation pourrait déclencher me paralyse. Et en même temps, j’ai l’impression qu’il attend cette faiblesse, qu’il veut voir combien je peux m’effondrer avant de le repousser.
Il me fixe un instant, comme s’il mesurait ma réaction, puis il prend une profonde inspiration et se redresse. “Tu ne peux pas continuer à ignorer ce qui se passe entre nous. Ce n’est pas juste pour toi, ni pour moi.”
Je frémis à ses mots. Ignorer ce qui se passe entre nous. Il a raison. Je ne peux pas l’ignorer. Chaque mot, chaque geste, chaque silence, tout entre nous est devenu lourd de sens. Mais comment continuer à travailler, à être cette secrétaire obéissante, quand chaque fibre de mon corps me dit que quelque chose de plus grand que moi se joue ici ?
“Je suis ton employé,” murmuré-je, comme une tentative désespérée de remettre une distance entre nous. “Et tu es mon patron. Nous devons respecter cette ligne, n’est-ce pas ?”
Il secoue doucement la tête, ses yeux plongeant dans les miens. “Les lignes sont faites pour être franchies, mais à condition de comprendre ce qu’on fait en le faisant.”
Ces mots me figent. Ce n’est plus une question de respect professionnel, mais de quelque chose de plus. Je suis prête à le croire, mais j’ai peur des conséquences. Où allons-nous ? Jusqu’où va-t-il aller avec moi ?
Je suis à la croisée des chemins, un dilemme entre ce que je devrais être et ce que je ressens réellement. Et chaque regard, chaque geste, chaque parole qu’il prononce m’éloigne un peu plus de la route que je pensais avoir choisie. Cette attraction qu’il exerce sur moi, qui semble m’enrouler dans une toile invisible, m’attire autant qu’elle me fait peur.
Il se tourne soudainement, rompt le contact visuel, et je le vois, d’un seul coup, s’éloigner, comme s’il avait eu tout ce qu’il voulait, une réaction, une prise de conscience de ma part. Le silence retombe dans le bureau, mais il est différent cette fois. Il n’est plus vide. Il est lourd, chargé de toutes les implications de ce que nous venons de dire, de ce qui n’a pas été dit, mais que nous savons tous les deux.
Je reste là, figée sur place, incapable de bouger. La question n’est plus : Est-ce que je peux résister ? La question est : Puis-je encore revenir en arrière ? Et quelque part, au fond de moi, je me demande si je veux vraiment revenir en arrière.
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Ce chapitre souligne l’intensification des tensions entre la secrétaire et son patron. Alors que la ligne entre leur relation professionnelle et personnelle devient de plus en plus floue, chaque interaction est un pas de plus vers un terrain inconnu. La secrétaire se trouve déstabilisée par ses sentiments et par les attentes implicites de son patron, tandis que ce dernier semble tester les limites de leur relation, cherchant à voir jusqu’où il peut aller. Les dilemmes moraux et émotionnels s’entrelacent, créant une atmosphère lourde de suspense.