Les Premiers Signes de
Charnelle
Je ne suis plus sûre de rien. Depuis quelques jours, je me réveille avec ce sentiment étrange, comme si la réalité et l’illusion se confondaient. Je suis perdue entre les attentes de mon travail, mes désirs, et les non-dits qui s’imposent entre lui et moi. Chaque moment que je passe à ses côtés me fait vaciller, m’éloigne un peu plus de ce que je pensais être moi. Pourtant, c’est une douleur douce, une fragilité que je ne veux pas laisser prendre le dessus, mais qui est là, en moi, grandissante.
Ce matin-là, comme d'habitude, il arrive dans le bureau, et comme d'habitude, il prend son temps. Il n'y a plus d'étonnement, plus de surprise. Chaque interaction semble désormais écrite à l'avance. Lui, avec sa présence écrasante, moi, à essayer de masquer ma confusion sous un masque de professionnalisme. Mais ce masque commence à se fissurer. À chaque nouvelle rencontre, je sens de plus en plus difficile de maintenir cet équilibre, de ne pas succomber à ce qui se cache derrière ses yeux.
Ce matin-là, il s’arrête devant mon bureau, me regardant avec une intensité qui me transperce. Je relève les yeux, mais je sais déjà que ce n'est pas un regard ordinaire. C’est un regard qui exige plus. Un regard qui me pousse à le voir, à ressentir ce qu’il ressent, à être vulnérable.
« Alors, qu’est-ce que tu ressens ? » me demande-t-il, sa voix calme mais pénétrante. Je ne suis pas prête pour cette question. Je voudrais fuir, mais je suis comme une proie figée sous le regard du prédateur. Que répondre ? Comment décrire cette confusion qui fait rage en moi ?
Je me contente de baisser les yeux sur mes mains, observant mes doigts trembler légèrement, comme si ils savaient ce que mon esprit refuse d’admettre.
« Je… je ne sais pas. » C’est tout ce que je parviens à dire. La vérité, si brève soit-elle, m’effraie. Je me sens perdue dans cette mer de doutes, où chaque vague me fait m’éloigner de ce que j’étais avant. Ce n’est plus une simple question de respect professionnel, c’est une question de ce que je ressens réellement, de ce que je suis prête à accepter.
Il ne me laisse pas de répit, s’approchant lentement de mon bureau, toujours aussi silencieux, mais dans son regard, je vois la même détermination. « Tu sais très bien ce que tu ressens. Ne me fais pas croire le contraire. » Il pose ses mains sur le dossier, s’inclinant légèrement pour me faire face. Il a raison, bien sûr. Je sais très bien ce que je ressens, mais l’admettre à voix haute me fait peur. Très peur. Que va-t-il se passer ensuite ?
Je détourne la tête, cherchant quelque chose à quoi me raccrocher. Peut-être que si je regarde ailleurs, si je me concentre sur un détail insignifiant, je pourrai échapper à cette pression. Mais il est là, toujours là, sa présence prenant toute la place. Et plus il se rapproche, plus il semble comprendre. Il sait que mes doutes sont là, en moi. Il sait que je lutte contre mes sentiments.
« Il est temps que tu fasses un choix. » Sa voix se fait plus ferme, plus déterminée. Il me scrute, attend. Le simple fait de le regarder me fait me sentir vulnérable, comme si mes pensées les plus profondes étaient à nu.
Je soupire, profondément, comme si l’air me manquait. « Je ne peux pas. » Je parle presque pour moi-même, plus que pour lui. Cette simple phrase résonne dans ma tête comme un aveu. Je ne peux pas, et pourtant, je suis ici, à jouer un jeu dangereux. À me perdre dans une relation où la frontière entre ce que je devrais être et ce que je deviens s’effondre.
Je sens la tension monter, grandir. Il est toujours là, observant, comme un spectateur qui attend que je fasse un pas décisif. Peut-être que lui, il n’a plus de doutes. Peut-être qu’il sait exactement ce qu’il veut. Mais moi… moi je n’en suis pas certaine. Je suis partagée entre le confort d’une vie professionnelle bien rangée et l’appel du désir qui grandit en moi à chaque instant passé à ses côtés.
La pièce devient trop petite, trop chaude. Je me lève brusquement, incapable de rester immobile. Tout en moi me crie de fuir, mais mes jambes ne me suivent pas. Je suis encore là, face à lui, le cœur battant dans ma poitrine. Il attend. Toujours. Il attend ma réaction, mes mots, mon engagement. Mais je ne peux lui donner aucune de ces choses. Pas encore. Je ne suis pas prête. Et je doute que je le sois un jour.
« Tu dois arrêter de fuir, » dit-il finalement, sa voix plus basse, plus intense. « Tout ça n’a plus de sens si tu continues à te cacher derrière tes peurs. »
Je ferme les yeux, laissant ses paroles s’inscrire dans mon esprit. La peur. C’est ça. La peur qui m’empêche d’avancer, de prendre une décision, de me laisser aller. Mais est-ce vraiment de la peur ? Ou est-ce cette sensation de me perdre dans quelque chose qui me dépasse ? Peut-être que je cherche une excuse pour ne pas regarder la réalité en face. Peut-être que je me mens à moi-même.
« Je n’ai pas peur, » je murmure, même si je sais que c’est faux. Je le sais au fond de moi. Chaque geste, chaque mot qu’il me lance me fait m’enfoncer un peu plus dans ce labyrinthe où je ne sais plus comment sortir. J’ai peur, oui, mais c’est aussi plus que ça. C’est la honte, la culpabilité, et quelque part, un désir qui me consume, un désir que je ne sais pas gérer.
Je le sens s’approcher, toujours plus près, et malgré moi, je frémis. « Alors pourquoi tu n’acceptes pas ce qui est en train de se passer entre nous ? » Il me le demande calmement, mais dans son regard, il y a cette lueur de défi, cette promesse de ce qui pourrait se passer si je décide de franchir cette ligne.
Je suis prise dans cette lutte intérieure, tiraillée entre la raison et le désir. Une partie de moi veut tout effacer, tout ignorer, revenir à ma vie d’avant. Mais une autre partie, plus profonde, plus enfouie, me pousse à aller plus loin, à me laisser emporter par ce tourbillon. Je suis à l’aube de quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
Je soupire profondément, m’appuyant contre le bord de mon bureau, cherchant à me stabiliser, à reprendre mon souffle. Il me regarde, attentif, mais il n’ajoute rien. Je sais que tout est dans ma décision. Mais à cet instant, je ne sais pas si je veux encore prendre de décision.
Est-ce que je veux vraiment ça ? Est-ce que je suis prête à tout sacrifier pour cette attraction qui me consume peu à peu ? Est-ce que je peux vraiment lui faire confiance ?
Les questions restent suspendues, dans l’air lourd du bureau, sans réponse. Et je me demande si, finalement, il est trop tard pour revenir en arrière.
---
Ce chapitre est centré sur les premiers signes de doute qui envahissent la secrétaire. Elle commence à se rendre compte de l’ampleur de son engagement émotionnel et des contradictions qui l'habitent. Les interrogations intérieures qu’elle affronte montrent son conflit entre la professionnalisme et ses sentiments croissants pour son patron. Les tensions augmentent alors que le patron continue de pousser, incitant la secrétaire à faire face à sa réalité et à ses désirs, tout en se retrouvant de plus en plus incertaine de ses choix.