Chapitre 12 : La Chambre

1037 Mots
La Chambre Dante me guida sans un mot à travers les couloirs de sa maison, chaque pas résonnant dans le silence de l’imposant manoir. L’air était chargé d’une certaine solennité, comme si chaque tournant nous rapprochait d’un lieu où les règles étaient différentes. Je savais que j’étais sur le point de franchir un autre seuil, un autre espace où je devais accepter un rôle que je n'avais pas choisi. La maison était vaste, presque trop grande pour un endroit aussi silencieux. Les murs étaient ornés de toiles modernes, de sculptures élégantes, mais tout ici semblait avoir été pensé pour imposer une certaine grandeur, une forme de puissance discrète. Tout était à sa place, précis, mesuré. Rien n’était laissé au hasard. Finalement, après avoir traversé un long couloir décoré de grandes fenêtres, Dante s'arrêta devant une porte massive, en bois sombre, décorée de délicates gravures. Il posa une main sur la poignée, mais ne l'ouvrit pas immédiatement. Un moment de silence s’installa entre nous, comme s’il attendait que je le regarde, que je réalise pleinement ce que ce geste impliquait. Je levai les yeux vers lui. Son regard était toujours aussi perçant, mais il y avait un calme dans ses traits, une sorte de sérénité qui m'intriguait. Il ne me parlait pas encore, et pourtant, tout dans cette pièce semblait m'inviter à comprendre le poids de ce moment. "Tu veux voir ma chambre ?" demanda-t-il enfin, sa voix légèrement teintée de curiosité. Il n'y avait pas d'arrogance, pas de défi. Juste un simple constat, comme s'il m’offrait une part de lui-même. Je savais ce que cela signifiait. La chambre, ce lieu intime, représentait un espace où tout prenait forme. Ce n’était pas juste un endroit pour dormir, mais un lieu où les frontières entre nous s’effaceraient encore un peu plus. Où, plus que jamais, je serais confrontée à ma propre décision de rester ou de fuir. Je n’étais pas sûre de savoir comment réagir. Mais il n'y avait plus de place pour les hésitations. Je voulais comprendre. Voir de mes propres yeux. Il tourna doucement la poignée et poussa la porte, l'ouvrant sur un espace vaste et lumineux. À l’intérieur, la pièce était décorée avec une simplicité élégante, mais il y avait une profondeur dans l’atmosphère. Un mélange de confort et de froideur qui semblait lier l’intime à l’industriel. La lumière naturelle, filtrée par des rideaux d’un blanc pur, illuminait les meubles en bois sombre et en métal, créant une ambiance à la fois apaisante et distante. Le lit était imposant, couvert d’une couette en lin délicat, avec des coussins disposés de manière impeccable. Une chaise en cuir sombre se trouvait dans un coin, face à une grande bibliothèque qui remplissait presque tout un mur. Des livres, des objets soigneusement disposés, créaient une atmosphère où chaque détail semblait avoir une signification. Je m’avançai lentement, observant chaque objet, chaque élément de la pièce. Mais tout ce que je voyais me ramenait à lui. Tout semblait le refléter. La simplicité, la précision, le contrôle. Dante se tenait près de la porte, son regard scrutant mes mouvements. "C’est ici que tout se passe," dit-il doucement, comme pour souligner le poids de ses mots. Je me tournai vers lui, le regardant attentivement. "Pourquoi m’amener ici ?" demandai-je, ma voix plus calme que je ne l’aurais voulu. Il haussait les épaules, un léger sourire sur les lèvres. "Je voulais que tu vois. Que tu comprennes que ce n’est pas seulement un lieu. C’est un espace où les décisions sont prises, où les choix sont... concrets." Je savais ce qu’il insinuait, mais entendre ses mots me donnait une autre dimension à cet endroit. Ce n’était pas juste une chambre, mais une métaphore. Chaque coin, chaque objet avait son importance, sa place. Rien n’était là par hasard. Je m’avançai davantage, sans savoir si je devais m’installer ou rester debout. Mais Dante s’approcha alors, sa présence envahissant à nouveau la pièce. Il s'arrêta derrière moi, assez proche pour que je sente son souffle effleurer ma peau, mais pas assez pour me toucher. "Il n'y a rien ici qui ne m’appartienne pas," dit-il d’un ton presque méditatif. "Tout est à sa place, comme dans ce monde. Et toi, Carmen… tu viens de faire partie de cette place." Je ne répondis rien immédiatement. Ses paroles flottaient dans l’air, et je les laissais s’installer en moi. Je n’étais plus une simple spectatrice. À cet instant, je faisais partie de cet univers, de cette réalité. Et peu importe à quel point cela me déstabilisait, il n’y avait plus de retour en arrière. Il se détourna enfin de moi, se dirigeant vers la grande fenêtre, où la lumière du soir projetait des ombres longues sur le sol. "Tout ici, Carmen, est sous contrôle. Chaque espace, chaque moment. C’est ce qui fait la différence." Je le regardai silencieusement. J'avais compris. Cette chambre n’était pas qu’un lieu de repos. C'était un territoire, un domaine où il exerçait une forme de contrôle que je n'avais pas encore pleinement saisie. Il se tourna alors vers moi, son regard plus doux, comme s’il attendait une réaction, une réponse. Mais il n’y avait pas de pression dans son regard. Juste un constat. Une invitation à accepter l’inévitable. "Tu vois, tout ici est à moi. Mais toi, tu as fait le choix de faire partie de cet espace. D’y trouver ta place." Il marqua une pause, ses yeux s’intensifiant légèrement. "Et maintenant, tu dois apprendre ce que cela signifie." Il n’avait pas besoin d’en dire plus. La signification de ses paroles était claire. Cette chambre, ce lieu, était un symbole de ce que j’étais devenue pour lui. Et, d’une manière ou d’une autre, ce qui allait suivre dépendrait de ma capacité à comprendre et à accepter ma place dans son monde. Je me rendis compte, à cet instant précis, que je n’étais pas seulement en train de visiter un espace physique. J'étais en train de découvrir un univers auquel j'avais consciemment décidé d'appartenir. Et même si la réalité de ce choix m’effrayait parfois, je savais au fond de moi que j’étais désormais trop impliquée pour reculer. "Tu peux t’installer si tu veux," dit-il simplement, me brisant mes pensées. Je n'avais pas besoin de plus de mots. J'avais compris.
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