Carmen
Le silence qui s’était installé dans la chambre semblait peser davantage alors que Dante se tenait près de la fenêtre, observant l’extérieur avec une tranquillité qui contrastait fortement avec l’agitation intérieure qui m’envahissait. Il me laissait le temps de m’imprégner de l’atmosphère de la pièce, du lieu. Mais une fois que l’air semblait suffisamment dense, il rompit le silence.
"Je veux que tu te prépares," dit-il d’une voix calme, mais autoritaire. "Va te laver, prends le temps de te faire belle. Habille-toi, puis viens me rejoindre en bas. Nous avons des choses à faire."
Il n’y avait aucune question dans sa voix, aucun doute. Ce n’était pas une suggestion, mais une instruction. Un ordre, pur et simple. J’hésitai une fraction de seconde, mais une partie de moi savait que refuser ou discuter n’avait pas de sens. Cela faisait partie du jeu, de ce nouvel accord entre nous. Je n’étais pas ici pour remettre en question ses désirs, mais pour m'adapter à ce qui m’était demandé.
Lorsque Dante m’amena dans la chambre, un sentiment de vertige m’envahit. Ce n'était pas simplement une chambre ; c’était un lieu où chaque détail semblait peser, où chaque objet avait été choisi avec une précision presque clinique. C’était un univers à part entière, un monde qu’il avait créé, et moi, je n'étais qu'une intruse en son sein.
La porte s'ouvrit sur un espace immense, baigné d'une lumière douce qui filtrait à travers de grandes fenêtres. Le contraste entre l'extérieur et l'intérieur était saisissant. D’un côté, le monde extérieur semblait en constante agitation, avec ses bruits et ses mouvements. Et ici, dans cette chambre, c'était le calme, la tranquillité, une sorte de perfection figée dans le temps. Chaque objet semblait avoir sa place, et cette place était essentielle. Comme si, dans cette pièce, tout avait un but précis, un rôle à jouer.
Le lit, grand et majestueux, était l'élément central de la pièce. La couette d'une soie immaculée, d'une blancheur éclatante, semblait presque irréelle. Les oreillers étaient disposés avec une telle précision que chaque mouvement qu’ils subissaient aurait dévié de l’ordre imposé par le maître de cet espace. Je m'approchai du lit, et en caressant le tissu du bout des doigts, je ressentis une sensation étrange. Ce n’était pas simplement une matière luxueuse, c’était une invitation à la soumission, à l’acceptation d’une règle. Tout ici était fait pour séduire et imposer en même temps.
Je fis quelques pas, laissant mes yeux glisser sur les murs décorés de manière sobre mais élégante. Des peintures modernes ornaient la pièce, mais elles ne cherchaient pas à attirer le regard de manière flagrante. Au contraire, elles étaient là pour compléter l’ensemble, pour ajouter une touche subtile à un décor déjà parfait. Leurs couleurs, nuancées et profondes, s'harmonisaient avec le reste de la pièce d’une façon qui rendait l’ensemble presque irréel.
Une grande bibliothèque trônait contre l'un des murs. Les étagères étaient pleines de livres, d’objets soigneusement disposés, de sculptures minimalistes. C’était comme une extension de la personnalité de Dante. Les livres étaient à la fois une déclaration de savoir et une façon d'ordonner le monde. Chaque ouvrage avait sa place, et chaque objet était un fragment de ce que Dante avait choisi de conserver et d'exposer de sa vie. Il y avait des objets anciens, des souvenirs d’un autre temps, mélangés à des pièces modernes et épurées. Tout était soigné, réfléchi, calculé.
Près de la fenêtre, un petit bureau en bois sombre attirait mon attention. Il était vide, à l'exception d’un carnet en cuir noir, d’un stylo argenté, et d’un petit vase de cristal contenant quelques fleurs fraîches. L’ensemble dégageait une sérénité étrange, mais aussi une forme de solitude. Ce bureau, comme le reste de la chambre, semblait avoir été conçu pour être à la fois fonctionnel et décoratif, un espace où l'on pouvait se perdre dans ses pensées, mais où chaque moment passé était dirigé, contrôlé.
Je continuai à explorer la pièce, mes pas résonnant doucement sur le parquet en bois sombre, poli à la perfection. Chaque détail était une invitation à s’imprégner de cet espace, à en comprendre la logique secrète. Un miroir immense occupait l’un des murs, reflétant la lumière de manière presque magique. Le cadre doré, finement sculpté, ajoutait une touche de luxe et d’histoire, comme si ce miroir avait été là bien avant moi, témoin silencieux d’innombrables réflexions. Je m'approchai, le regardant dans le reflet. Ma silhouette se dessinait là, comme une étrangère dans un monde qui n’était pas le mien. Pourtant, en y réfléchissant, une part de moi avait l’impression que tout ceci était devenu mien, peu à peu. Un monde soigné, ordonné, presque parfait. Une réalité construite autour de lui, autour de lui et de moi.
Je me vis, et en moi naquit une question : qui étais-je, vraiment, dans cet endroit ? Une simple invitée ? Une pièce du puzzle ? Ou quelque chose de plus, quelque chose d’invisible que je n’avais pas encore saisi ? Mon reflet me renvoyait une image que je n’étais pas certaine de comprendre. J'étais là, mais j'avais l'impression de n'être qu'une ombre dans un lieu où l'on attendait de moi plus que ce que j’étais prête à offrir.
Dante n’était pas loin. Je le sentais dans l’air, sa présence qui me surveillait sans être oppressante, juste là, quelque part entre l’ombre et la lumière. Il n’était pas pressé. Il savait que j’étais en train de m’imprégner de l’endroit, de ce monde qui n’était pas le mien, mais qu’il me fallait accepter. Il ne m’avait pas demandé de m'installer ou de faire quoi que ce soit. Il m’avait simplement laissée explorer, m’offrant ainsi un aperçu de son univers, de ce qui, apparemment, faisait partie de lui.
Je m’approchai de la fenêtre, un geste presque instinctif. Le jardin extérieur était d'une beauté paisible, avec ses plantes parfaitement taillées, ses fleurs disposées avec soin, chaque arbre à sa place. Un silence régnait dehors, comme une paix irréelle, presque artificielle. Je pouvais voir des ombres jouer sur l’herbe, sous les arbres, mais tout cela semblait plus un tableau qu’un véritable paysage. Comme si tout était une mise en scène soigneusement orchestrée. C’était un décor parfait, une illusion d’un monde paisible. Et pourtant, au fond de moi, quelque chose me disait que ce calme n’était qu'une façade. Un cadre soigneusement construit pour me faire oublier ce qui se trouvait sous la surface.
Je me tournai à nouveau vers la chambre. Le confort de la pièce, sa beauté même, me semblait en quelque sorte distante. Ce n’était pas un lieu d’accueil chaleureux, mais un endroit où l'on me demandait de m’adapter. Où l'on m'attendait. Cette chambre était comme une métaphore de tout ce qui m’attendait : tout était parfait, mais tout était sous contrôle. Rien n'était laissé au hasard. Et moi, je faisais partie de ce plan, même si je n'avais pas encore toutes les clés pour le comprendre.
Je pris une grande inspiration et me redressai. Ce n'était pas un simple lieu où l'on dormait. C'était une pièce qui me forçait à regarder en moi-même, à examiner ce que j'étais prête à accepter. C'était un reflet du pouvoir de Dante, de son contrôle, de sa capacité à manipuler chaque détail de l’environnement pour me faire sentir à la fois en sécurité et sous pression. Un lieu où je devais, d'une manière ou d'une autre, choisir ma place. Ce qui se passait ici n’était pas seulement une question de confort. C’était une question de pouvoir, d’emprise.
À cet instant, je compris quelque chose d’essentiel : tout ce qui se passait dans cette chambre n’était pas qu’une question d’apparence ou de luxe. C’était une question de soumission, de choix, de pouvoir. Et tout ce qui m’entourait me disait qu’il me faudrait bientôt faire un choix. Mais pour l’instant, je n'avais pas encore de réponse. Tout ce que je savais, c'était que ce monde, cet univers, faisait désormais partie de ma réalité. Et que je n'avais pas le luxe de reculer.
Je me dirigeai vers la salle de bain sans un mot, mais en chemin, mes pensées tournaient dans ma tête à une vitesse vertigineuse. Me préparer pour quoi, exactement ? Qu’attendait-il de moi ce soir ? Ce n’était pas la première fois que je le voyais être aussi direct, aussi déterminé. Mais là, il y avait quelque chose d’encore plus affirmé dans son ton, comme si chaque geste, chaque détail avait son importance. Comme si tout cela faisait partie d’un plan plus grand.
Je me retrouvai enfin face au miroir de la salle de bain. Le silence y était encore plus oppressant, presque irréel. J’observai mon reflet, cherchant à y trouver quelque chose que je n'avais pas encore vu. Une partie de moi était nerveuse, mais une autre semblait étrangement calme. Peut-être que c’était l’habitude qui commençait à prendre le dessus, ou peut-être le fait que je comprenais qu’il ne fallait pas s’attarder sur les questions inutiles. Ce qui comptait, c’était le moment présent. Et il fallait que je sois prête.
Je fis couler l’eau chaude et me laissai envahir par la vapeur, cherchant à effacer en moi toutes les tensions accumulées. C’était presque une tentative de purification, de laisser derrière moi ce qui n’avait plus sa place. Tout ce que j'avais connu avant ce jour semblait s’effacer lentement, comme si ce bain marquait le début d’une transformation. Un retour à zéro. Ou peut-être un nouveau commencement.
Après m’être lavée, je pris le temps de me soigner, de me préparer comme il m’avait demandé. Je n’étais pas du genre à me faire belle pour les autres, mais il y avait quelque chose de différent aujourd’hui. C’était pour lui, pour ce que cette soirée représentait. Je ne savais pas ce qui m’attendait, mais j’étais prête à jouer le jeu. Pour l’instant, c’était tout ce que je pouvais faire.
Je choisis une robe noire, simple mais élégante. Elle épousait parfaitement les courbes de mon corps sans en faire trop, mais elle avait cette aura sophistiquée qui me semblait convenir à l'occasion. Un peu de maquillage pour souligner mes traits, mes yeux en particulier, et mes cheveux étaient soigneusement coiffés. Rien d’extravagant, juste un raffinement discret qui, je l’espérais, correspondait à ses attentes.
Quand je sortis de la salle de bain, je me rendis compte que mes mains tremblaient légèrement. Je ne savais pas si c'était l’excitation de l’inconnu ou la pression des attentes. Mais ce n’était pas le moment de flancher. Je me repris, ajustant ma robe, et me dirigeai vers l’escalier.
Dante était déjà en bas, dans le grand hall, l’attente dans son regard. Il ne sourit pas, mais ses yeux glissèrent sur moi avec une appréciation discrète, comme s’il appréciait l'effort sans en dire un mot. C’était sa manière à lui de me valider, de me dire que je répondais à ses attentes sans qu’il ait besoin de l'exprimer.
"Tu es prête," dit-il, une lueur d'approbation dans la voix. "Nous allons sortir."
Je le suivis sans poser de questions, traversant les pièces avec une certaine lenteur, comme si chaque mouvement était mesuré, calculé. Je ne savais toujours pas ce qu’il attendait de moi ce soir, mais il était clair qu'il avait un plan. Il ne m’avait pas dit où nous allions ni pourquoi, mais tout en lui disait qu’il était prêt à contrôler chaque aspect de cette sortie.
En dehors de la maison, l’air frais du soir me frappa doucement. Dante avait fait en sorte que tout soit sous contrôle, même le moment où nous quittions la maison. Il me fit monter dans une voiture noire, élégante, qui attendait devant la porte. Il monta lui-même à côté de moi, et nous partîmes dans la nuit, sans autre mot.
Le trajet fut silencieux, mais chargé d'une étrange tension, comme si tout ce que nous venions de vivre n’était que l’introduction à quelque chose de plus grand. Plus j’essayais de comprendre, plus l’incertitude grandissait. Mais je savais, au fond de moi, que tout ce qui se passait, même dans ses silences, faisait partie de ce monde qu’il avait construit autour de nous. Et, pour l'instant, je n'avais pas d'autre choix que de suivre.
Finalement, après quelques minutes, nous arrivâmes dans une zone plus animée, un quartier chic de la ville. Dante descendit de la voiture sans un mot, et je le suivis, toujours sous le poids de cette impression étrange d’être une partie d’un jeu dont je ne connaissais pas encore toutes les règles.
"Suivez-moi," dit-il avec un léger sourire, presque énigmatique. Et, à cet instant, je me rendis compte que la soirée ne faisait que commencer.