Bénéficiant de ces privilèges, j’adoptais le rôle de l’innocente ignorante, feignant de ne même pas distinguer un kiwi d’une pomme de terre, et je gardais le silence. Dans la cuisine, portée par une euphorie silencieuse, j’étais prête à chanter. À peine avais-je saisi le lait qu’Emmanuel entra, contrarié : « Nadia ! Comment peux-tu partir ainsi avant que notre discussion soit terminée ? » Je lui répondis, rieuse : « Je n’ai rien mangé depuis hier, mon cerveau réclame son énergie. On commence par le repas, puis on discute. » Il proposa, avec cette logique tranquille qui me fascinait : « D’abord sèche tes cheveux, puis prépare le déjeuner après la prière. Pour l’instant, on commande quelque chose et on termine la conversation. » Sa manière de penser et d’agir m’apaisa profondément. Peu d’ho


