Ainsi je fus mariée à Emmanuel Fournier, l’homme que tout le pays convoitait. Lui et moi n’éprouvions rien l’un pour l’autre. Mais ma grand-mère savait manier ses sanglots et ses menaces de mourir de chagrin pour m’emprisonner dans ce choix. Emmanuel, quant à lui, accepta par peur du scandale et de perdre son héritage. Il apposa sa signature d’une main crispée, les traits fermés. Ce mariage fut ma plus grande faute. Dans leur demeure fastueuse, je ne fus jamais qu’une intruse. Sa mère ne cessait de rappeler mes origines humbles et m’excluait des salons où elle brillait. Emmanuel, impassible, ne me laissait aucune place : chaque parole de ma part l’exaspérait, il me corrigeait sèchement, indifférent à mes blessures. Peu à peu, la haine prit racine. Le jour où la froideur de cet homme me fi


