Ils se tournèrent vers moi, figés de peur. Mon entrée, loin d’être théâtrale au départ, avait produit son effet : le visage d’Emmanuel devint livide. Il repoussa Lucie d’un geste maladroit et me regarda, le regard chargé de quelque chose qui me répugnait. Nous n’étions pas un couple tendre, certes, mais il aurait au moins pu reconnaître ma présence dans sa vie. « Comment oses-tu lui parler ainsi ? » s’exclama Lucie, toute forme juridique et indignation simulée. Je répondis, sarcastique : « Ce n’est pas à vous de me dicter la manière d’adresser mon mari. » Je m’approchai d’Emmanuel, la déception serrant la poitrine. Sa chemise était froissée, humide d’émotion — et pourtant son silence me blessait plus que tout. « J’ai déjà souffert de ton mépris autrefois, et maintenant tu as anéanti ce qu


