_Tu comme vraiment une tête de déterrer jeune sœur. Clame Khadija en ricanant quand je suis entrée au salon.
Je ne relève pas ses moqueries et me dirige vers mes parents avec une mine sévère. Eux même en voyant mon allure, ont deviné qu'il y avait anguille sous roche.
Avec violence, je dépose ma machine sous leurs yeux et croise mes bras avant de commencer.
_Cela signifie quoi? demandais-je à deux doigts de sangloter.
Papa replaça bien ses lunettes et déposa son journal avant de saisir la machine, et survoler la page. Je regardeais avec intrigue et mesure qu'il lisait, je voyais son visage se décomposer. Et si au fond de moi j'espérais m'être trompé, leurs réactions m'ont témoigné le contraire. Je me suis soudainement sentie assaillir par une haine virulente et mes jambes ne semblaient plus pouvoir me porter.
_Latifah! Cri Khadija en me retenant, m'empêchant de me casser la figure de justesse. Ils se sont tos hâter à mes côtés.
Je n'en revenais pas! Entre les informations que je venais de découvrir sur mes parents et le fait qu'ils m'ont encore une fois menti, je ne savais pas ce qui me faisait le plus mal au cœur. J'avais tellement mal que j'avais du mal à respirer normalement, je voulais juste m'éteindre à tous jamais.
_Respire lentement ma chérie, aller regarde-moi. Me suggéra maman en larme.
_NE ME TOUCHE PAS! Vociférais-je les faisant tous sursauter. Tout en moi n'était que haine et colère et le fait de la voir, surtout en larme ne faisait qu'attiser ma colère.
_Ma chérie écoute moi ok? Tout ce que tu as lu est faux, crois-moi c'est loin d'être la vérité. Bégaya-t-elle en tremblant.
Brusquement, je me suis éloignée d'autres en essayant de me donner de la contenance.
_Et pourquoi est-ce que je te croirais? donne-moi une seule bonne raison de croire en tes paroles maman. Suppliais-je en larme.
_Je sais que c'est dur à encaisser et à croire mais crois-moi, tout ce que j'ai fait je l'ai fait pour te protéger et je suis la seule responsable de tout ça, ne blâme pas les autres.
_C'est tellement logique que tu veuilles me protège! je suis la fille d'un t********t de d****e et d'enfants. Glissais-je; en rigolant alors que j'étais complètement anéantie à l'intérieur.
_T'ES PARENTS ETAIENTS TOUT SAUF CELA. Répliqua papa pour la première fois et avec sérieux.
Je le regardais ne sachant pas quoi dire. Plus rien de ce qu’ils me diront désormais ne pourras me redonner confiance en eux et cela me ronge depuis hier nuit. Je sais d’ores et déjà que je les ai perdus ; je suis complètement et tout à fait seule et sans aucun souvenir.
_Assois-toi ! m’ordonna papa et le ton de sa voix ne tolérais aucune réplique. Par respect je pris place sur l’un des canapés, aussi loin d’eux que possible.
J’entendais Khadija et maman renifler, je gardais donc la tête obstinément baissée pour ne pas croiser leurs regards et ressentir une quelconque émotion.
_Chérie, je pense qu’il est temps de lui dire la vérité, toute la vérité. Dit-il à maman.
Je ne relevais toujours pas la tête, les pensées sombres qui survolaient mon esprit à ce moment-là me faisaient même peur.
_Regarde-moi Latifah. Me supplia-t-elle la voix enrouée.
_C’est Yasmine, Yasmine Assetou Zahra. Rétorquais-je en la défiant du regard. Elle se retenait pour éclater en sanglot et bizarrement cela me laissait de marbre.
Elle n’aurait pas dû, vraiment pas. Elle pouvait toujours me protéger en me disant toute la vérité, je n’étais qu’une enfant et cela m’aurait permis de retrouver mes souvenirs. Mais non ! Elle a décidé que je n’en avais pas besoin, elle a fait table rase de mon passé et sans mon consentement.
_D’accord Yasmine. Fit-elle en se raclant la gorge. Je vais te dire toute la vérité et cela te fera mal, beaucoup même. Mais saches que je ne m’attends pas à ce que tu comprennes les raisons de mes agissements et encore moins à ce que tu me pardonne. Je veux juste que tu saches que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour. Tu es toute ma vie. Ta mère, Jamila n’était pas que ma meilleure amie, elle était cette sœur que le ciel a oublié de me donner et pour elle, je me devais de prendre n’importe quel risque pour te garder saine et sauve.
Je me triturais les doigts, impatiente qu’elle commence même si au fond je dois avouer que ses mots ne me laissent pas aussi indifférente que ça.
Elle commença par me raconter sa rencontre avec ma mère à l’université, leur complicité et amitié réciproque. En l’écoutant parler, je compris à quel point elles étaient proches et le fait que je ne me rappelle absolument de rien me rongeait à petit feu.
Elle me parla de la rencontre de mes deux parents, leur combat pour rester ensemble, leur amour inconditionnel et surtout de leur complicité. Selon elle c’était le couple le plus amoureux l’un de l’autre. Tous leurs projets étaient en commun et selon ses dires on menait vraiment une vie de rêve, que beaucoup enviait. Je fus réellement transportée par son récit même si je ne me retrouvais nulle part.
Pendant un moment elle fut obligée de faire une pause tellement qu’elle pleurait. Je n’ai pas aussi pu me retenir. J’aurais aimé me rappeler même si c’est un seul de ces moments contés. Mais rien, nada.
•Habib ! c’est lui qui l’a trahi. Jamila m’avait prévenue, elle m’avait confié ses doutes quant à la sincérité de ce dernier. Moi, je n’ai jamais eu confiance en lui, je voyais clair dans son jeu. Il les a tous dupé et ils ont compris ses manœuvres trop tard. Ton père le prenait comme un frère, il avait une confiance aveugle en lui et lui il en a profité. Il n’avait pas à fournir beaucoup d’efforts, il était au courant de toutes les activités de ton père. Ce voyage ta mère ne le sentait pas, il y avait trop d’enjeux. J’aurais dû la retenir, j’aurais dû. Mais elle voulait tellement revoir son père, sa famille après toutes ces années que rien ne pouvait la retenir. Elle avait passé toutes ces années à chercher à vous éloigner de sa famille. Ta maman était ouverte d’esprit c’est pour cela que malgré qu’elle soit de sang royal, elle respectait et aimait tout le monde. Elle ne comprenait pas pourquoi sa famille vous méprisait à cause de la couleur de votre peau alors que nous sommes tous africains. Elle vous aimait, plus que tout même.
Ce jour-là, ta mère m’avait appelé et elle avait senti la menace venir. Elle savait que quelque chose de grave allait arriver mais je n’ai pas tout compris à temps. Ton père aussi l’avait compris, il avait anticipé beaucoup de chose même si ce n’est pas la totalité. Sa confiance aveugle en son ami l’avait empêché de voir énormément de choses qui étaient pourtant visible. Habib vous a tout prit, absolument tout même vos vies et il ne s’est pas limité là-bas, il a souillé leurs noms et terni leurs images. C’est un monstre et je n’arrive pas à croire qu’on était ami avec lui, avec ce sans cœur.
Aujourd’hui il mène une vie royale, avec l’argent de ton père et malgré tous les crimes qu’il a commis et qu’il continu à commettre il est intouchable.
Ta maman m'a fait promettre de te garder en vie et de t’éloigner de lui autant que possible et c’est ce que j’ai fait. C’est pour cela que je t’ai menti. Si Habib apprend que tu es en vie il n’hésitera pas à s’en prendre à toi et je ne pourrais pas le supporter.
Elle a continué à parler, me faire des confidences les unes plus douloureuses que les autres et ce, pendant des heures. Et moi tout ce que j’ai compris et retenu, c’est que cet Habib est responsable de tous mes malheurs. Il est la raison pour laquelle je n’ai pas de parents, pas de souvenir et un avenir incertain. Comme dit maman, il ne s’est pas contenté de tuer mes parents et prendre leur bien, non il fallait aussi qu’il souille leur honneur et je crois que c’est ce qui me fait le plus mal. Les infos que j’ai lues hier sur mes parents m’ont brisé à jamais et c’est de sa faute. Plus maman parlait, plus ma haine grandissait et tout en moi réclamait justice.
•J’espère qu’un jour tu trouveras la force de me pardonner. Termine maman, la voix brisée.
Il a fallu que je me racle la gorge pour pouvoir parler.
•Tu resteras à jamais ma mère et je n’oublierais jamais tout ce que tu as fait pour moi, vous tous avez fait pour moi, même si ce sont les onze mois que vous êtes resté à attendre que je me réveil. Dis-je en me levant pour prendre ma machine et me retirer dans ma chambre.
•Je peux d’abord manger avec toi ? me demanda papa avec un ton suppliant et en voyant son regard je n’ai pas pu refuser.
Nous avons mangé ensemble et il n’a pas arrêté de me conseiller, passant par tous les moyens pour me soulager mais je l’écoutais d’une oreille distraite ; trop occupé à réfléchir.
•Mon poussin ? M’interpelle-t-il alors que je m’apprêtais à monter.
•Oui pa.
•Ne prends jamais une décision pendant que tu es fâchée et saches que la vengeance cause plus de préjudice que de justice. Laisse Allah te venger.
J’avais comme l’impression qu’il a lu dans mes pensées, j’en suis restée bouche bée.
Dès que j’ai franchi le seuil de ma porte, je me suis penchée sur ma machine et mon téléphone pour faire des recherches. Effectivement, maman avait raison sur toute la ligne. Ce Habib, ne manquait de rien et était vénéré comme un dieu. Maintenant il est même le propriétaire de l’entreprise de mon père, ‘Minas Tech’ dont il m’avait donné le nom, ce nom a été bien évidemment remplacé, maintenant il s’appelle ‘J &K’. Il a deux enfants, une fille de mon âge et un garçon. Ce dernier sait faire parler de lui, il passe de scandale en scandale. Récemment il était devant le juge pour une affaire de viol mais bien sûr qu’il s’en est sorti sans éraflure.
La fille elle, elle est plus discrète mais ils sentent les gosses de riche à des milliers de kilomètre ; une richesse que leur satané de père a volé. Ils vivent à paris et c’est ce bon à rien qui dirige l’entreprise de mon père. Et pendant ce temps moi je suis là, avec toutes les peines du monde ; qu’elle injustice !
J’avais toujours rêvé de faire la médecine, mais si je veux un jour récupérer les biens de mes parents et laver leurs noms, ce n’est pas de la médecine que je dois faire. Je suis prête à sacrifier mon rêve parce que oui je compte me faire justice, que ce soit aujourd’hui ou dans dix ans, je me vengerais. C’est sur un coup de tête que j’ai cherché la meilleure école en ingénierie informatique sur paris et que j’ai postulé.
•Je peux entrer ? me parvient la voix de Khadija.
•Bien sûr. Répondis-je en fermant ma machine.
•Ça va ? rohh je suis bête comment est-ce que je peux te demander cela ? tout ça c‘est de ma faute, je ne sais vraiment pas ce qui m’avait poussé à dire ce que j’ai dit ce jour-là. Clame-t-elle agitée en tournant en rond.
•Viens t’assoir Dija. Murmurais-je en tapotant la place à côté de moi. Elle s’est exécutée.
•Rien n’est de ta faute ok ? tu m’as même aidé parce que sans toi je n’allais jamais le savoir. Saches juste que malgré tout ce qui s’est passé et ce qui se passera, tu resteras toujours ma sœur, non ma jumelle et rien ne changera mon amour pour toi.
•Pourquoi tu parles comme ça ? comme si tu me faisais des adieux ? qu’est ce qui se passe Latifah ? tu sais que tu peux tout me dire.
•Arrête de faire ta folle. Te faire mes adieux? et pour aller où ? je parle juste comme ça pour te montrer que je ne t’en veux pas.
•Ah ok ! en tout cas je suis et je serais toujours là pour toi.
Des coups sur la porte me sauvèrent de cette situation. Khadija est sortie de la chambre dès qu’elle a vu maman entrée. Elle tenait un coffret dans ses mains et est venue s’assoir à mes côtés. Elle s’est excusée une bonne trentaine de minute en me témoignant à quel point elle m’aimait. Pour cela je sais qu’elle est sincère et j’ai fait autant d’efforts que possible pour rester respectueuse et courtoise. Dieu sait que je l’aime et que je suis très reconnaissante pour tout ce qu’elle a fait pour moi, mais pour le moment je n’arrive pas à lui pardonner, un jour peut-être.
En sortant elle m’a remis le coffret et m’a dit que mes parents l’ont chargé de me le remettre. J’ai tremblé avant de le prendre et j’ai longtemps hésité avant de l’ouvrir quand elle est ressortie.
Il s’y trouvait juste une grosse clé, une lettre et un code bancaire. Je ne savais pas ce que la clé pouvait bien ouvrir et je n’étais pas prête à lire la lettre ; j’ai donc décidé de consulter le compte le lendemain. J’ai passé le reste de la journée et même de la soirée à rassembler le max d’informations sur ce Habib et sa famille et cela ne faisait qu’envenimer mon envie de me venger, c’est vers l’aube que j’ai pu fermer l’œil.
A mon réveil vers midi, j’ai été agréablement surprise en constatant que l’université de paris m’a déjà répondu et que j’étais même bénéficiaire d‘une bourse. Enfin une bonne nouvelle parce que je savais déjà ce qu’il me restait à faire ; la nuit dernière m’a portée conseille reste à savoir si ces conseils sont bons ou mauvais.
La tension était palpable dans la maison mais je faisais mon maximum pour ne rien laisser paraitre, je ficelais mon plan en douce sans semer de soupçon. En consultant le compte bancaire j’ai trouvé une somme qui m’a laissé sans voix ; cet argent pouvait me faire vivre ainsi que toute ma famille et même plus. Cela ne pouvait que m’aider dans mes plans à partir d’ici et au plus vite.
J’étais encore une fois dans ma chambre, penché sur mes recherches lorsque j’ai reçu un appel de Yassine. J’étais vraiment étonnée vu la façon avec laquelle on s’était séparé la dernière fois. Quand j’ai décroché il m’a juste dit qu’il voulait me voir d’un ton suppliant. Je voulais aussi le voir mais ma fierté me bloquait donc j’ai saisi la perche qu’il m’a tendue et je suis partie le voir.
Coup du sort ou le destin ? J’ai croisé Elena à l’entrée de son immeuble et vu la tête qu’elle faisait elle n’avait pas l’air heureuse. Rien à foutre ! Je n’ai même pas réfléchi à deux fois avant de me jeter sur elle et la tabassé comme mon bébé ; elle ne risque pas d’oublier de sitôt c’est quoi une négresse énervée. Il a fallu que Yassine descende pour me tirer de là, je l’ai tabassé comme si c’est Habib qui étais en face de moi ; la pauvre.
•Tu m’explique ce qui t’arrive ? cri Yassine une fois dans son appartement. Il allait continuer à me sermonner avant de remarquer que j’étais en larme. Il s’est vite reprit et a commencé à me bombarder de question et surtout à s’excuser croyant qu’il était la cause de mon mal être.
Ce qu’il ignore, ce que je pleure pour lui et non à cause de lui parce que je me suis rendue compte à quel point je l’aimais mais je ne pouvais pas le lui dire, non pas en sachant que c’est peut-être la dernière fois que je le verrai.
J’ai dû lui raconter les derniers événements et je voyais à quel point il était mal pour moi et qu’il était prêt à tout pour mon bonheur, même mettre de côté ses sentiments. J’avais encore plus mal sachant que je ne pourrais pas vivre cet amour qui m’a pourtant l’air unique et irremplaçable ; mon premier amour. La vie ne m’a vraiment pas fait cadeau.
J’ai passé une journée mémorable à ses côtés et j’ai profité de chaque instant. A mon retour à la maison, j’ai aussi passé un bon moment avec toute ma famille à rigoler et à se taquiner comme au bon vieux temps. En mon fort intérieur je pleurais, oui j’étais anéanti parce que je savais que plus rien ne serait comme avant. J’avais fait un choix et il était irréversible et je savais d’ores et déjà qu’il allait beaucoup me couter. Mes parents étaient ravis de me voir rigoler et discuter avec eux comme à l’accoutumée mais ils ignoraient que je jouais une parfaite comédie, moi-même j’étais étonné de mes talents d’actrice.
Encore une fois j’ai fait une nuit blanche et c’est à l’aube que je suis sortie de la maison laissant derrière moi une autre vie mais cette fois-ci j’avais les souvenirs de toutes ces personnes extraordinaires qui ont partagé ma vie ces dernières années et cela faisait vachement mal.
Une nouvelle aventure m’attendait et je savais d’avance qu’elle allait être mouvementée et pour bien la réussir, il me fallait mettre mon cœur en pause et m’éloigner de toutes les personnes que j’aime et que je pouvais mettre en danger.
Dans cette nouvelle vie, tous les coups étaient permis !
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Queen
10/08/2018
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