Était-il devin ou quoi ? C’était exactement ce pourquoi j’étais venu le voir. J’avais de la peine pour lui mais ma priorité était de trouver rapidement un nouveau job.
M. Diop fut ému par le fait que je sois la seule employée à compatir à son sort. Il me tendit une feuille de papier et dit :
-M. Diop : Appelez ce numéro. C’est un ami, il recherche une Directrice Marketing et Communication. Que cela reste entre nous bien évidemment.
Venait-il de prononcer le mot « Directrice » ? J’étais Responsable Marketing et Communication depuis cinq ans. J’avais passé mon temps à répéter à notre DRH que j’avais le profil pour être Directrice mais elle n’avait jamais donné suite. J’avais postulé dans de nombreuses autres compagnies mais les avantages et salaires étaient moindres que ceux que j’avais ici raison pour laquelle j’avais choisi de rester :
-Moi : Ne vous inquiétez pas M. Diop. Cela restera entre nous. Je vous remercie.
-M. Diop : Bonne chance. Tenez-moi au courant.
-Moi : Je n’y manquerai pas.
Avoir des problèmes vous change tellement physiquement. M. Diop s’était métamorphosé. J’avais l’impression qu’il était devenu beaucoup plus chauve qu’avant et qu’il avait pris un coup de vieux. Je sais que je suis là pour parler de Jules et moi, mais son histoire m’a beaucoup touchée.
Il était marié depuis une quinzaine d’année avec son amour du lycée. Les tourtereaux filaient le parfait amour mais quelque chose leur manquait : un enfant.
Ils sont allés voir les meilleurs gynécos et il n’y avait aucune anomalie. Amina, sa femme subissait chaque jour la pression de la société. Il n’y a qu’en Afrique où on vous dira :
-Tu prends de l’âge à quand le mariage ?
-Après le mariage : à quand le bébé ?
-Après le premier : à quand le second ? etc.
Bref, Amina subissait chaque jour les humiliations de sa belle-famille. Malgré cela, elle n’avait jamais riposté et ne s’était jamais plainte. La belle-mère décida donc d’arranger une rencontre entre la fille de sa meilleure amie et M. Diop.
Au début, ce dernier avait catégoriquement refusé, mais sa mère avait su être très convaincante. Il rencontra donc Souadou. Leur premier contact se passa très bien. Afin de ne pas se précipiter, il sortit avec elle pendant six mois avant de l’épouser. Ce fut un choc pour sa première femme. Elle savait que tôt ou tard son mari lui aurait trouvé une coépouse, ce n’était pas ça le problème. C’était plutôt le fait qu’il ait choisi d’épouser la femme que lui avait choisi sa mère. Dire qu’elle aurait voulu que ce soit elle que son fils épouse depuis le début. Quelque mois après, Souadou tomba enceinte d’une fille.
M. Diop lui donna le prénom de sa mère.
Le plus drôle dans cette histoire est que tout le monde dit que sa seconde épouse ne lui a pas porté chance vue les circonstances. Comme quoi………
Je sortis rapidement du bureau du bureau de M. Diop puis retourna dans la salle de réunion. Carine, ma collègue à coté de qui j’étais assise me demanda :
-Carine : Où étais-tu ?
-Moi : Ma fille ne se sentait pas bien donc je donnais quelque directive à la nounou.
-Carine : Oh désolée. J’espère que ce n’est rien de grave ?
-Moi : Elle a des allergies. Merci. Dis, ça va prendre combien de temps ?
-Carine : C’est pratiquement fini.
-Moi : Ok.
Dix minutes après c’était fini. J’ignorais totalement ce qui avait été retenu. Je me mis dans un coin assez isolé pour passer un coup de fil rapide :
-Moi : Bonjour, je suis bien avec M. Kébé ?
-M. Kébé : Oui parfaitement.
-Moi : Bonjour M. Kébé, je suis Dieynaba et j’ai été recommandée par M. Gora Diop. Est-ce que le poste de Directrice Marketing et Communication est toujours à pourvoir ?
-M. Kébé : Oui toujours. Nous sommes en train d’éplucher les différents dossiers.
-Moi : Serait-il possible que je passe vous voir pour un entretien ?
-M. Kébé : Etes-vous disponible maintenant ? je ne vous le cache mais nous avons beaucoup d’excellentes candidatures et si j’accepte de vous recevoir expressément, c’est uniquement pour Diop.
-Moi : Très bien, j’arrive.
-M. Kébé : Parfait, je vous attends.
Je me rendis aux toilettes histoire de me repoudrer le nez avant de quitter sans pour autant dire à mes collègues où j’allais. Je fis mine de parler au téléphone en me dirigeant vers la sortie.
Heureusement que l’entreprise de M. Kébé ne se trouvait qu’à une vingtaine de minutes de mon bureau. Une fois dans leurs magnifiques locaux, je fus reçu par le vigile :
-Le vigile : Je peux vous aider ?
-Moi : Oui, j’ai rendez-vous avec M. Kébé.
Le vigile sortit alors une liste avant de me demander mon prénom :
-Le vigile : C’est comment le nom ?
-Moi : Dieynaba DIOP.
-Le vigile : Laissez votre pièce d’identité ici ! C’est au premier étage, le bureau de gauche. Son nom est inscrit sur la porte.
On ne lui avait pas appris les bonnes manières ? SVP, merci ?
Je lui aurai bien fait la remarque mais je ne voulais pas me mettre un ennemi à dos. Tout ce que je voulais, c’était obtenir ce job.
Dès que je frappai la porte de M. Kébé, il vint lui-même ouvrir. Son bureau faisait au moins deux fois celui de M. Diop :
-M. Kébé : Asseyez-vous Dieynaba et merci d’être venue.
Il ne cessait de me regarder. J’étais censée être mal à l’aise mais c’était plutôt plaisant. Cela faisait si longtemps qu’un homme n’avait pas posé les yeux sur moi ainsi. Mon mari ne faisait plus du tout attention à moi. J’avais beau me faire belle, acheter de nouveaux linges de corps, refaire ma garde-robe, tout passait inaperçu. Il ne m’avait pas fait de compliments depuis la fois où nous étions allés dîner ensemble après que j’aie décidé de quitter le domicile conjugal. Je savais que ce n’était pas normal de permettre à un homme qui n’était pas mon mari de me toiser ainsi, mais cela me redonnait confiance en moi. Et puis, je ne voulais rien dire ou faire qui puisse ruiner mes chances d’obtenir le poste !
-M. Kébé : Farba ne m’avait pas dit que vous étiez aussi belle. Excusez mes mauvaises manières. Puis je vous offrir quelque chose à boire ? Du thé, du jus, du café ?
J’avais évité à répondre à son compliment. Je m’étais juste contentée de dire :
-Moi : Un café long svp.
Il prit son téléphone fixe et passa un appel :
-M. Kébé : Apporte-nous un café long et un jus d’orange sans glaçon pour moi stp. Merci.
Il raccrocha ensuite en me fixant à nouveau :
-M. Kébé : Je suis lessivé. J’ai passé la journée à faire des interviews en compagnie de notre DRH, et je ne vous le cache pas mais c’était super ennuyant. Je n’ai aucunement envie de remettre ça. Parlez-moi de vous Dieynaba. Dites-moi quelque chose d’intéressant sur vous :
-Moi : Je suis une personne ambitieuse, dynamique et motivée…
Il ne me laissa même pas terminer ma phrase :
-M. Kébé : Tout cela ne m’intéresse pas. J’ai entendu ça toute la journée. C’est parce que vous êtes ambitieuse et motivée que vous êtes là. Même les oiseaux le savent.
Juste au moment où j’allais répondre, son assistante entra avec un plateau dans les mains. Elle me posa mon café et donna à son boss son verre de jus. Il la remercia et me regarda nouveau comme pour me rappeler qu’il attendait toujours ma réponse. Il fallait que je lui dise quelque chose qui sorte de l’ordinaire :
-Moi : J’ai l’impression que quelque chose cloche chez moi.
-M. Kébé : Continuez, je sens que ça va devenir palpitant.
-Moi : C’est un peu comme si je venais d’une planète autre que la terre. Je me sens trop différente. Je suis parfois obligée de faire semblant d’être d’accord sur une chose au risque de ne pas paraitre bizarre.
-M. Kébé : Avez-vous fait l’étranger ?
-Moi : Non jamais. Mon père n’avait jamais voulu que nous poursuivions nos études à l’étranger. Je pense qu’avec le décès de maman, il ne voulait pas rester seul. Et ça se comprend. Dans tous les cas, je n’ai pas regretté. J’ai de bons diplômes donc voilà.
-M. Kébé : Hum. J’aime bien ce que j’entends. Vous savez être différentes des autres ça du bon. Cela vous rend vraiment spéciale. Ecoutez, je vous engage. J’ai besoin de quelqu’un comme vous ; Je sens que vous saurez apporter une grande touche d’innovation au sein du groupe.
-Moi : Je ne sais quoi dire. Merci M. Kébé. Vous ne le regretterez pas. Et pour le salaire et les avantages ?
Il commença par les avantages avant de me marquer le salaire sur un bout de papier. Non ce n’était pas réel. Il s’était sûrement trompé. C’était énorme. C’était comme un rêve.
-M. Kébé : Vous m’avez l’air étonné par le salaire. Je peux le diminuer si vous voulez.
-Moi : Non c’est parfait. Je commence quand ?
-M. Kébé : Lundi matin à 8 H tapante. La ponctualité est d’ordre ici !
-Moi : Comptez sur moi.